Rania Rahardja : l'escrime en faveur de l'inclusion

Rania Rahardja, jeune leader du CIO 2018-2020, originaire de Singapour, a lancé l'escrime en fauteuil roulant dans son pays. Elle espère maintenant emmener ses athlètes aux Jeux Paralympiques de Paris 2024.

Parlez-nous de votre parcours et de votre expérience.

Je m'appelle Rania et je suis originaire de Singapour. J'ai participé aux Jeux Olympiques de la Jeunesse de Singapour 2010, en escrime.

Et je suis fière d'être membre du programme des jeunes leaders du CIO 2018-2020.

J'ai commencé l'escrime en 2008, j'ai intégré l'équipe nationale en 2009 et j'ai remporté la première médaille d'or de Singapour au championnat asiatique des cadets la même année. Cela m'a permis de me qualifier pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ). Participer à une si grande compétition internationale, et chez moi en plus, était inattendu et spécial. J'ai pu rencontrer pour la première fois de nombreuses personnes de cultures différentes.

Revenir aux JOJ, à Buenos Aires 2018, cette fois dans une autre fonction, m'a permis d'apprécier les efforts déployés pour organiser les Jeux et de comprendre encore mieux les valeurs olympiques. J'ai servi de mentor aux athlètes et les ai aidés à tirer le meilleur parti de l'expérience des Jeux, en leur faisant comprendre que les JOJ ne se résument pas à la compétition, mais qu'il s'agit aussi d'incarner les valeurs d'amitié et de respect.

Que vous a apporté le sport ?

Le sport m'a permis d'en apprendre davantage sur moi-même, sur les autres et sur ce que signifie l'appartenance à une communauté. En tant qu'athlète, j'ai développé la persévérance, la discipline et la gestion du temps. J'ai également compris ce que signifiait le travail d'équipe, le fait de devoir travailler avec mon entraîneur, mes coéquipiers et l'ensemble du personnel d'encadrement. 

Que signifie pour vous le programme des jeunes leaders du CIO, et qu'en avez-vous retiré ?

Lorsque je suis devenue jeune leader du CIO, j'ai compris que le sport représentait bien plus que de simples bienfaits sur le plan individuel. Le sport est une plateforme qui peut permettre le changement social et favoriser le développement dans et entre les pays.

J'ai également compris le pouvoir du réseau et de la communauté, et le soutien que nous pouvons nous apporter les uns aux autres.

J'ai représenté le programme des jeunes leaders du CIO en tant qu'intervenante au Sommet Global Social Business, organisé par le professeur Muhammad Yunus, et au Forum Peace and Sport parrainé par S.A.S. le Prince Albert II.

Ces sommets m'ont encore plus intéressée aux thèmes du sport et du développement social, ce qui m'a conduite à suivre, à temps partiel, un master de deux ans en innovation sociale.

Quelle est l'histoire et l'objectif de votre projet de jeune leader du CIO ?

Dans le cadre de mon projet social lié au sport, j'ai décidé d'introduire l'escrime en fauteuil roulant à Singapour. J'ai été inspirée par mon séjour au Royaume-Uni, où les escrimeurs en fauteuil roulant s'entraînaient avec les escrimeurs valides et étaient pleinement intégrés à notre programme d'entraînement, créant ainsi un environnement inclusif.

Inspirée par cette expérience, j'ai pensé que Singapour devait également donner aux personnes atteintes d'un handicap la possibilité d'essayer l'escrime en fauteuil roulant. J'ai également découvert qu'il y avait déjà eu des efforts pour introduire cette initiative, mais qu'ils ne s'étaient jamais concrétisés.

J'ai continué à travailler avec les parties prenantes locales, y compris la fédération d'escrime nationale et le Singapore Disability Sports Council, pour que l'escrime en fauteuil roulant soit présentée lors de plusieurs journées sportives, ce qui a finalement permis d'atteindre plus de cent participants.

La fédération d'escrime de Singapour est devenue une fédération inclusive en 2020 et gère désormais officiellement ce programme.

Ma vision à long terme est que Singapour soit représentée en escrime en fauteuil roulant aux Jeux Paralympiques de Paris 2024, mais notre objectif premier reste d'assurer la pérennité de ce sport.

Nous sommes confrontés à certains défis avec le COVID-19 en raison de la capacité réduite des salles d'escrime et de la possibilité restreinte pour les participants de voyager, mais je crois en la durabilité à long terme de l'escrime en fauteuil roulant, étant donné qu'elle est entre les mains d'organisations locales qui sont les mieux placées pour assurer son succès.

Comment le CIO et Panasonic ont-ils soutenu votre projet ?

Le programme des jeunes leaders du CIO et Panasonic ont investi en moi pour lancer un projet social lié au sport.

Grâce à leur soutien, j'ai reçu un montant total de 8 000 CHF sur deux ans, que j'ai utilisé pour acheter des fauteuils roulants pour mon programme d'escrime.

Panasonic m'a également invitée trois fois au Japon, deux fois à Tokyo et une fois à Osaka. Lors de ma première visite, je me suis rendue dans une école locale, j'ai présenté mon projet à des enfants en situation de handicap, et nous avons également réalisé un court-métrage ensemble.

Les deux autres fois, c'était pour le Sommet de la jeunesse du CIO à Tokyo et le programme Kids Witness News à Osaka.

J'ai également eu la chance de visiter le siège de Panasonic et son musée. J'ai été particulièrement touchée par la philosophie de Panasonic, "le chemin", qui explique que chacun d'entre nous a une voie qui lui est propre et qu'il est le seul à suivre, ce qui m'a vraiment interpellée.

Quels sont vos espoirs et vos rêves pour l'avenir ?

J'espère voir la pérennité de l'escrime en fauteuil roulant et continuer à participer activement au programme des jeunes leaders du CIO. J'aimerais également me concentrer sur l'achèvement de mon master et appliquer les leçons que j'ai apprises dans mon travail quotidien.

Aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin d'acteurs du changement et de personnes porteuses d'espoir. Beaucoup de gens commencent avec de grandes idées et beaucoup d'énergie, mais l'enthousiasme peut s'estomper facilement lorsque vous faites face à des défis sur le chemin. Il est important de se rappeler pourquoi vous avez décidé de faire ce que vous voulez faire et d'être réaliste en adaptant, le cas échéant, vos attentes en cours de route.

Il est également important de ne pas avoir peur de demander de l'aide, et c'est pourquoi une communauté et un réseau de soutien solide sont essentiels.

back to top