Hannah Mills : naviguer vers un avenir plus durable

24 mars 2021

La championne olympique de voile Hannah Mills, membre de l'ordre de l'Empire britannique, est habituée à surmonter des obstacles. Mais la jeune femme de 32 ans admet que son dernier défi pourrait être le plus difficile à relever. Forte de son succès olympique, Hannah Mills entend sensibiliser la population à l'état de l'environnement de la planète, cause qui lui tient autant à cœur que le sport.

Hannah Mills a remporté une médaille d'argent aux Jeux Olympiques de Londres 2012 et une médaille d'or aux Jeux Olympiques de Rio 2016. Elle est également deux fois championne du monde de la classe 470, avec deux victoires en 2012 et 2019.

"Chaque plage, marina et port où j'ai navigué est jonché de plastique", confie-t-elle.

Et d'ajouter : "Cela m'a poussée à m'intéresser à la durabilité. Je veux utiliser mon expérience sportive, mes réseaux et ma notoriété pour sensibiliser, changer les comportements et influencer les autres sur les questions environnementales."

En 2019, Hannah Mills a lancé la campagne Big Plastic Pledge, laquelle vise à éliminer les plastiques à usage unique du sport. Puis, l'année dernière, elle a été choisie, aux côtés du rameur norvégien Martin Helseth, pour être ambassadrice du Pacte européen pour le climat.

Malgré son emploi du temps chargé pour la préparation des Jeux de Tokyo 2020, Hannah Mills a pris le temps de nous parler de la promotion des valeurs et de l'idéal olympiques pour le bien de la planète.

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Hannah, quel est le lien entre votre passion pour la durabilité et votre passion pour les Jeux Olympiques ?

Je me souviens que, même lorsque j'étais petite, je pensais que les Jeux Olympiques avaient quelque chose d'incroyablement impressionnant. Les Jeux ont ce pouvoir étonnant de donner de l'espoir à des personnes de tous âges dans le monde entier. Aujourd'hui, chaque fois que je me rends dans des écoles et que je parle aux enfants, ils sont toujours complètement époustouflés par les Jeux Olympiques et ce qu'ils représentent. J'ai le sentiment que nous avons l'occasion et la responsabilité de tirer parti de cette admiration et de cet émerveillement.

Le rêve olympique consiste à donner le meilleur de soi-même – et cela ne signifie pas seulement concourir ou gagner des médailles, mais aussi être un bon citoyen du monde. Il existe de nombreuses façons de faire vivre ce rêve et nous pouvons tous y contribuer à notre manière. Le sport inspire, unit, transcende les frontières, aux quatre coins du monde. Si l'ensemble de la communauté sportive mondiale s'unit, y compris sur des questions qui dépassent le cadre du sport lui-même, notre impact peut être énorme. Nous constatons déjà aujourd'hui que cette dynamique prend de l'ampleur, par exemple avec les organisations sportives qui affichent leur ambition de lutter contre le changement climatique. Nous avons donc la possibilité d'avoir un impact plus important.

Les Jeux peuvent-ils inciter le public mondial à davantage préserver la planète ?

Les Jeux Olympiques sont un événement mondial d'une telle envergure qu'ils offrent l'occasion de proposer des solutions et d'inspirer le changement. Il s'agit d'une plateforme extraordinaire : environ la moitié de la population mondiale suit au moins une partie des Jeux à la télévision. Je pense qu'il est de notre responsabilité d'utiliser cette plateforme pour souligner la nécessité pour nous tous de vivre et d'agir de manière plus responsable. C'est là que les athlètes entrent en jeu et c'est pourquoi je pense que les athlètes d'élite peuvent et doivent s'engager en faveur de la durabilité.

Vous avez pratiqué la voile au plus haut niveau possible. Mais pensez-vous que la voile vous donne aussi un aperçu particulier de la crise environnementale ?

J'ai commencé à naviguer à l'âge de huit ans et, comme la plupart des enfants de cet âge, je ne pensais pas vraiment à la durabilité ou à l'environnement. La première fois où j'ai vraiment commencé à me poser des questions – j'avais 10 ou 11 ans – c'est lorsqu'un morceau de plastique s'est coincé sous mon bateau et je me souviens avoir pensé : "Qu'est-ce que ce morceau de plastique peut bien faire à flotter par ici à un kilomètre de la terre ferme ?" C'était différent à l'époque. Ce n'était pas un sujet très important dans les médias, mais j'ai commencé à le remarquer de plus en plus et j'étais consternée par ce que je voyais dans l'eau.

Nick Dempsey
Il y a un grand pas à franchir entre prendre conscience du problème et faire quelque chose pour le résoudre. Qu'est-ce qui vous a poussée à agir ?

J'ai compris que je ne connaissais pas grand-chose à la pollution plastique ou au changement climatique. Ce n'est pas vraiment un sujet que j'ai appris à l'école. Je n'ai probablement pas assez lu parce que j'étais trop occupée à naviguer ! Mais il y a six ou sept ans, j'ai commencé à faire mes propres recherches. Plus je lisais et plus je me posais de questions, plus la situation devenait alarmante, et j'ai commencé à comprendre beaucoup mieux les défis auxquels nous sommes confrontés. Après les Jeux Olympiques de Rio 2016, j'ai été confrontée à un choix important : est-ce que je continue jusqu'à Tokyo ou est-ce que je m'investis davantage pour aider à relever ces défis ? Puis j'ai pensé : "Je peux faire les deux, je peux continuer à pratiquer ce sport extraordinaire et espérer concourir et gagner une autre médaille d'or, mais en même temps je peux sensibiliser l'opinion publique et parler de ces autres questions qui me passionnent tout autant." C'est donc ce que je fais, et même lorsque j'arrêterai la compétition, je poursuivrai ce travail.

Hannah, parlez-nous du Big Plastic Pledge, projet que vous avez lancé en 2019 avec le soutien du CIO. Qu'est-ce qui vous a fait choisir cette question en particulier ?

Le problème avec le plastique, c'est qu'une fois qu'on commence à le remarquer, on le voit partout. Il est très présent et très visible – aussi devrait-il être plus facile de le combattre. Les déchets plastiques sont donc quelque chose contre lequel nous pouvons tous lutter – concurrents, spectateurs et organisateurs. C'est une évidence.

Vous avez déjà accompli tant de choses, notamment en matière de sensibilisation. Comment voyez-vous cette campagne évoluer ?

Je pense que pour moi, et probablement pour de nombreuses autres personnes, le plastique est une sorte de passerelle vers le sujet plus large de la durabilité. Plus j'étudie et j'apprends, mieux je comprends le changement climatique et la nécessité de réduire les émissions de carbone. C'est assez accablant. Vous vous rendez compte que tout est lié et que tout doit être abordé. J'ai donc commencé à réfléchir à la façon dont nous pouvons intégrer certains des autres défis de la durabilité dans ce que nous faisons dans le cadre du Big Plastic Pledge. À l'avenir, je me vois donc m'engager en faveur d'une cause plus grande. Je ne ferai pas toujours de la compétition, mais j'utiliserai toujours cette plateforme qui m'a été donnée pour sensibiliser le public aux questions d'environnement et de durabilité au sens large. C'est le plan.

La communauté sportive a également une empreinte que nous nous efforçons de réduire. Mais que pensez-vous de la vôtre ? Est-il possible d'être à la fois passionnée par le sport et par l'environnement ?

Oui, bien sûr ! Vous ne pouvez pas y échapper : comme toute autre industrie, le sport a une empreinte, et bien sûr, cela me préoccupe énormément. Parce qu'évidemment, il y a parfois la crainte d'être taxée d'hypocrisie. Ce que je dirais cependant, c'est que les possibilités d'insuffler le changement l'emportent largement sur les aspects négatifs. Nous pouvons sensibiliser le public et accroître la visibilité, créer une plateforme pour quelque chose de positif.

Le sport fait-il partie du problème ou de la solution ?

Les deux ! Mais en tant qu'athlète soucieuse de l'environnement, je veux faire partie de la solution. Le fait d'être des personnalités publiques et de participer à des compétitions nous permet d'en parler, de proposer des solutions, de sensibiliser les autres et de nous assurer que nous faisons notre part. Je peux faire une plus grande différence en étant sous les feux des projecteurs et en en parlant. Par exemple, à mon retour des Jeux de Rio, j'ai donné de nombreuses conférences dans les écoles et chacune d'entre elles portait pour moitié sur les Jeux Olympiques et pour moitié sur divers sujets liés à la durabilité, comme la pollution plastique. Cela me semble être le bon équilibre, parler du caractère inspirant des Jeux Olympiques et faire le lien avec certains des problèmes auxquels nous sommes tous confrontés. Le sport en lui-même peut inciter la population à adopter un mode de vie plus sain, mais aussi à s'engager en faveur de causes plus importantes comme le changement climatique et l'environnement.

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La vie d'un athlète est tellement chargée. Entraînement, compétitions, préparation. Encourageriez-vous d'autres athlètes à compléter ce programme très chargé par un investissement et un engagement plus importants en faveur des grandes causes mondiales ?

Il y a un moment dans la vie d'un athlète où il ne s'agit plus que de sport et de compétition, et c'est normal, car l'entraînement est très difficile et très exigeant. Mais avec le succès vient la responsabilité. Je pense donc qu'à un certain moment de votre carrière, il est nécessaire d'utiliser ce succès pour une cause plus grande. Cela me tient énormément à cœur. 

En quoi la pandémie de COVID-19 a-t-elle influencé votre réflexion sur l'état du monde ?

La pandémie a sensibilisé davantage de personnes à l'impact de l'homme sur la planète.

La pandémie a également modifié l'importance des Jeux de Tokyo. La population a désespérément besoin d'espoir et d'inspiration et les Jeux ont le potentiel de raviver l'inspiration des citoyens pour réaliser des choses incroyables. Le timing est crucial – la COVID-19 sera clairement avec nous pour un long moment, mais nous espérons avoir traversé le pire.

Êtes-vous optimiste quant à l'avenir ?

J'espère que les Jeux auront un impact qui ira au-delà du sport. Mon rêve est d'unir tous les athlètes olympiques et professionnels du monde entier et d'opérer les changements nécessaires. Je suis foncièrement optimiste.

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