L’histoire de l’Afrique aux Jeux Olympiques d’hiver

À PyeongChang 2018, huit nations africaines – l'Érythrée, le Ghana, le Kenya, Madagascar, le Maroc, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Togo – ont participé aux Jeux Olympiques d’hiver. Il s’agissait d’un record.

Par Ockert De Villiers

Cela fait désormais six décennies qu’une nation africaine a fait ses premiers pas aux Jeux Olympiques d’hiver.

Si aucune médaille n'a été remportée pour le moment, d’énormes progrès ont été réalisés. Et les Jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang 2018 furent une étape importante dans l’évolution de la participation des pays africains dans cette compétition où le froid, la glace et la neige règnent en maîtres absolus. En effet, huit nations africaines étaient présentes.

Depuis 1960, 15 pays de ce continent ont figuré aux Jeux Olympiques d’hiver.

Bien que cela ne représente que 28 % des 54 pays en Afrique, ce chiffre démontre que la fièvre des sports d’hiver se répand peu à peu à travers un continent davantage connu pour sa chaleur que pour sa neige.

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Le Sud-Africain Alex Heath à Turin 2006
Photo de Clive Mason/Getty Images

Le tout début

Il y a un peu plus de 60 ans, à Squaw Valley 1960, l’Afrique du Sud est devenue la première nation africaine à participer aux Jeux Olympiques d’hiver grâce à ses quatre patineurs artistiques.

Marcelle Matthews, le plus jeune participant présent à Squaw Valley à l’âge de 11 ans, et sa partenaire Gwyn Jones (20 ans) ont terminé à la dernière place de l’épreuve en couples, sur 13 duos. Marion 'Penny' Sage (16 ans) et Patricia Eastwood (12 ans) ont quant à elles participé à l’épreuve femmes.

L’Afrique du Sud n’allait plus participer aux Jeux d’hiver pendant 34 ans en raison de la mise à l’écart des équipes sportives durant l’apartheid.

Ainsi, l’Afrique du Sud n’a pas eu le droit de participer aux JO d’hiver 1964, le Comité National Olympique refusant de condamner l’apartheid. Le CIO a également exclu le comité olympique sud-africain en 1970 en raison des politiques de discrimination raciale du pays. Après 21 ans d’isolement sportif, l’interdiction fut levée et l’Afrique du Sud a pu faire son retour aux Jeux d’été à Barcelone 1992.

Le pays a ensuite retrouvé les Jeux d’hiver à l’occasion de Lillehammer 1994 avec la présence du patineur artistique Dino Quattrocecere et de la patineuse de vitesse sur piste courte (short-track) Cindy Meyer. Le pays a envoyé des délégations lors de tous les Jeux suivants – à l’exception de Sotchi 2014. À Turin 2006, Alex Heath est devenu le premier Africain à disputer les cinq épreuves de ski alpin.

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Le Marocain Adam Lamhamedi après sa victoire aux JOJ d'Innsbruck 2012 
Photo de Shaun Botterill/Getty Images

La première médaille d’hiver de l’Afrique aux JOJ

Le Maroc fut le deuxième pays africain à disputer les Jeux d’hiver. Le pays du Maghreb a envoyé une équipe de cinq skieurs alpins – Said Housni, Hassan Lahmaoui, Mimoun Ouitot et Mohamed Aomar – à Grenoble 1968.

Les trois éditions des JO d’hiver suivantes se sont déroulées sans athlètes du Maroc. Ils ont fait leur retour à l’occasion de Sarajevo 1984. Mais c’est aux Jeux Olympiques d’hiver de la jeunesse d’Innsbruck 2012 qu’ils ont vraiment fait parler la poudre.

Adam Lamhamedi, Marocain né au Canada, est devenu le premier athlète africain de l’histoire à remporter une médaille dans une épreuve olympique d’hiver : l’or au Super-G, en ski alpin.

« Cela montre que dans la vie, on peut tout réaliser, il ne faut jamais rien lâcher », expliquait Lamhamedi à Olympics.com. « On vient d’Afrique et on a gagné le ski alpin, donc tout est possible. Je voulais prouver que les Marocains savent skier et je l’ai prouvé. »

Lamhamedi a également porté les couleurs du Maroc à Sotchi 2014 et à PyeongChang 2018 sans pouvoir réitérer son exploit des premiers JOJ d’hiver.

À Beijing 2022, Yassine Aouich sera l'unique représentant du Maroc, et participera à l'épreuve de slalom géant.

Et de trois

Jamais le contingent africain n’avait été aussi nombreux qu’aux Jeux Olympique d’hiver de Sarajevo 1984 où le Sénégal, l’Égypte et donc le Maroc étaient présents. Le skieur alpin sénégalais Lamine Gueye est devenu le premier noir africain à figurer aux JO d’hiver. Le fondateur de la Fédération de ski du Sénégal a représenté son pays lors de deux autres éditions.

À chaque édition des Jeux d’hiver, les athlètes venus d’Afrique ont continué à repousser les limites du possible et sont entrés dans l’histoire. Parmi ces pionniers, on retrouve Philip Boit qui pensait pouvoir remporter une médaille en athlétisme aux Jeux d’été, comme son oncle Mike Boit l’avait fait au 800 m à Munich 1972. Mais au lieu de cela, il est devenu le premier olympien kényan aux Jeux d’hiver.

« On me dit : "Tu es un pionnier. Tu nous as permis de penser que si le Kenya pouvait le faire, nous pouvions le faire aussi". »

Boit fait ses débuts olympiques dans le sport du ski de fond à Nagano 1998, deux ans seulement après avoir vu de la neige pour la première fois. Il termine dernier, 20 minutes après le vainqueur Bjorn Daehlie. Le Norvégien est arrivé en retard à la cérémonie de remise des médailles pour féliciter personnellement Boit pour son exploit. Leur embrassade sur la ligne d’arrivée reste l’une des plus belles images des JO.

« Mon coach m’avait parlé de lui et je l’avais vu à la télé. Je n’arrivais pas à croire que le meilleur fondeur du monde était resté pour me féliciter » se souvient Boit dans un entretien avec Olympics.com.

Boit a continué sa belle aventure olympique en participant aussi à Salt Lake City 2002 et Turin 2006, en plus de devenir une véritable inspiration pour d’autres athlètes africains. « Ils disent tous qu’ils s’essaient aux sports d’hiver parce qu’ils m’ont vu en 1998 », raconte Boit. « Ils me disent : "Tu es un pionnier. Tu nous as permis de penser que si le Kenya pouvait le faire, nous pouvions le faire aussi". »

Le Ghanéen Kwame Nkrumah-Acheampong à Vancouver 2010
Photo de Al Bello/Getty Images

Plusieurs Africains dans la même épreuve

Le Ghana, de son côté, a fait ses débuts aux Jeux d’hiver de Vancouver 2010, quand Kwame Nkrumah-Acheampong, né en Écosse, a disputé le slalom hommes.

Nkrumah-Acheampong, surnommé « le léopard de neige », finit 47e, trois places derrière le Sénégalais Samir Azzimani. Le Marocain Leyti Seck, lui, ne termine pas la course.

Huit ans plus tard, l’autre Ghanéen Akwasi Frimpong devient le premier olympien noir à représenter un pays africain en skeleton. Il finit 30e.

De plus en plus nombreux

L’Algérie, Madagascar, l’Afrique du Sud, le Maroc, le Sénégal, le Kenya, le Ghana et le Togo ont figuré à plusieurs Jeux Olympiques d’hiver depuis 1960.

L’Égypte, le Swaziland, le Cameroun, l’Éthiopie et le Zimbabwe ont disputé les Jeux d’hiver une fois, tout comme le Nigeria et l’Érythrée qui ont fait leurs débuts à PyeongChang 2018.

Le Nigeria a envoyé une équipe composée uniquement de femmes à PyeongChang 2018, devenant ainsi le premier pays africain à participer au bob à deux femmes aux JO, avec Seun Adigun, Akuoma Omeoga et Ngozi Onwumere. Simidele Adeagbo, elle, est devenue la première Africaine noire à disputer une épreuve du skeleton.

Adigun, pilote du bob à deux, est devenue la première Africaine à disputer les Jeux d’hiver ET d’été. Elle a en effet représenté le Nigeria au 100 m haies à Londres 2012.

*Les informations de cet article proviennent de Summer Meets Winter: African Nations Participating at the Winter Olympics (Quand l’été rencontre l’hiver : les nations africaines participant aux Jeux Olympiques d’hiver) rédigé par Cobus Rademeyer (2020) pour The International Journal of the History of Sport, 37:13, 1252-1273.

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