Samuel Ikpefan, des Alpes à Beijing 2022 pour le Nigeria

Grâce à Samuel Ikpefan, le Nigeria participe aux Jeux Olympiques d'hiver pour la deuxième fois d'affilée. Le fondeur va une nouvelle fois marquer l'histoire du ski nigérian à Beijing 2022, et essayer d'inspirer la nouvelle génération à suivre sa voie.

Par Nicolas Kohlhuber

Samuel Ikpefan est un pionnier.

À Beijing 2022, il sera le premier skieur nigérian à participer aux Jeux Olympiques d'hiver. Avant de se préparer à son voyage pour Pékin, le natif d'Annemasse avait déjà étonné en représentant le pays de son père aux Championnats du monde de ski de fond et en Coupe du monde.

Avec sa trajectoire unique qui a même été remarquée par ses adversaires les plus réputés, l'athlète de 30 ans compte inciter les jeunes Nigérians à chausser les skis.

Le Nigeria commence à devenir un habitué des Jeux Olympiques d'hiver. Quatre ans après une première participation à PyeongChang 2018 en skeleton et en bobsleigh, le pays le plus peuplé d'Afrique compte désormais un skieur à Beijing 2022. Samuel Ikpefan s'est qualifié pour les épreuves de ski de fond. Comme en Coupe du monde et aux Championnats du monde, le fondeur est le premier skieur à porter la combinaison verte du Nigeria aux JO d'hiver.

« Je suis hyper fier de représenter le Nigeria » a-t-il confié à Olympics.com dans un entretien réalisé en décembre dernier.

Pour connaître cette gloire et avoir l'opportunité de marquer l'histoire, le natif d'Annemasse a dû attendre 2018. C'est cette année-là que l'ancien champion de France jeune de sprint a obtenu son passeport nigérian. Ce précieux sésame lui a permis de représenter le pays de son père et de renouer avec cet héritage qui l'a accompagné durant toute sa vie dans les Alpes. « Avec les plats ou la musique, j'ai toujours baigné dans cette culture. »

Ce choix lui a aussi permis de relancer sa carrière de fondeur pour atteindre le niveau international. Après avoir fait toutes ses classes dans les structures hexagonales, le skieur du Pays Rochois avait décidé de mettre sa carrière sportive entre parenthèses quand les portes de l'équipe de France se sont fermées devant lui en 2011. À son retour sur les skis cinq ans plus tard, Samuel Ikpefan a pris conscience que sa double-nationalité lui permettait de prétendre au passeport nigérian et à un visa pour le haut niveau. Le début d'une incroyable aventure humaine...

Une démonstration de rollerski à la télévision nigériane

Ses recherches lui ont permis de découvrir l'existence d'une fédération de ski au Nigeria.« Je ne savais pas. J'ai halluciné », se rappelle-t-il avec le sourire. Le premier contact avec elle a ressemblé à une mise au défi. Son vice-président a voulu tester la motivation de l'athlète en lui demandant de venir au Nigeria pour une démonstration de rollerski. Challenge accepté. Samuel Ikpefan a fait le voyage qui lui a permis de marcher sur la terre de ses ancêtres pour la première fois de sa vie.

« C'était énorme. Ça m'a touché. J'y ai revu mon père qui s'y était installé un an avant pour sa retraite. Quand j'ai mis les pieds sur le sol nigérian, j'ai commencé à avoir les émotions qui remontaient et j'ai versé quelques larmes. »

Durant cette découverte du pays dont il est originaire, le fondeur a eu le droit à un bain de foule inattendu. Quand l'heure de la présentation de son projet sportif est arrivée, les journalistes étaient là pour couvrir l'événement. La démonstration réalisée au stade d'Abuja, une enceinte de plus de 60 000 places qui accueille l'équipe nationale de football, a même été retransmise à la télévision.

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Convaincant, le fondeur a obtenu le droit de représenter le Nigeria au niveau international. Au niveau FIS ou en Alpen Cup, des catégories inférieures aux Coupes du monde, il a suscité la curiosité, mais ça ne l'a pas empêché de gravir les échelons jusqu'à atteindre l'élite du ski de fond mondial.

En janvier 2021, il a participé à la première Coupe du monde de sa carrière. C'était à Falun en Suède. Le skieur de 30 ans y a rencontré les meilleurs fondeurs de la planète, et Alexander Bolshunov, quadruple médaillé à PyeongChang 2018 et fraîchement médaillé d'or de skiathlon à Beijing 2022, est même venu prendre de ses nouvelles après la course.

Impliqué pour trouver la relève qui l'accompagnera à Milano Cortina 2026

Quelques semaines plus tard, il était un des deux seuls représentants africains sur la ligne de départ des Championnats du monde. Un motif de fierté pour celui qui n'a rien lâché malgré les difficultés et les sacrifices.

« Je suis fier d'avoir la chance de représenter une nation africaine aux Jeux Olympiques », explique l'athlète qui a grandi dans une famille de sportifs. Son frère Daniel est rugbyman et joue en Top 14.

Désormais, le skieur de 30 ans espère que son parcours pourra en inspirer d'autres. S'il est le premier skieur nigérian à participer aux JO, Samuel Ikpefan s'implique déjà pour que d'autres y arrivent dès 2026 et les Jeux Olympiques d'hiver de Milano Cortina.

« Pour Milano Cortina 2026, j'ai été nommé capitaine d'une équipe composée de trois jeunes skieurs originaires du Nigeria qui habitent à l'étranger pour leur expliquer les démarches et échanger avec eux. »

En parallèle, le Franco-nigérian souhaite surfer sur l'engouement de sa participation aux JO d'hiver pour démocratiser le rollerski au Nigeria. « Comme il n'y a pas de neige là-bas, j'ai envie de faire connaître ce sport, notamment chez ceux qui pratiquent le roller. Et pourquoi pas par la suite envoyer une délégation aux Championnats du monde d'été de roller ski et participer à des compétitions internationales... »

Avec près de 210 millions d'habitants, une population jeune et ce genre d'initiatives, le Nigeria a des atouts pour espérer participer aux Jeux Olympiques d'hiver de manière régulière.

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