Championnats du monde de badminton 2022 : la nouvelle génération française a faim, à deux ans de Paris 2024

Thom Gicquel, Delphine Delrue et les frères Popov, tous les trois âgés de 23 ans et déjà parmi les meilleurs mondiaux, expliquent comment toute une génération s’est permis de rêver, puis de concrétiser.

Par Guillaume Depasse
Photo de BadmintonPhoto

Depuis quelques années, le badminton français s’invite sur les podiums internationaux et enregistre des victoires contre les meilleurs mondiaux. Dernière en date, la victoire de la paire de double mixte Thom Gicquel et Delphine Delrue contre les champions du monde en titre thaïlandais Dechapol Puavaranukroh et Sapsiree Taerattanachai, lors du Masters d’Indonésie en juin dernier.

Gicquel et Delrue ont 23 ans, sont numéro 9 mondiaux et font partie d’une génération dorée de badistes français, avec également Toma Junior Popov, 23 ans également et 27e mondial, son petit frère Christo, 20 ans et double champion de France, ou encore Léonice Huet et Arnaud Merklé, 22 ans et tous deux dans le top 100 mondial.

À moins de deux ans des Jeux Olympiques de Paris 2024, le timing est quasiment parfait.

« C'est super cool parce qu'on sent qu'il se passe quelque chose », expliquait Thom Gicquel à Olympics.com, avant de décrocher l'argent avec Delphine Delrue lors des Championnats d'Europe de Madrid 2022. « On n’est plus tout seul sur les gros tournois. Derrière, ça pousse. Tomi est top 30, mais les autres vont arriver rapidement. »

L’équipe de France dispute les Championnats du monde à Tokyo (22-28 août) avec de l’ambition, mais aussi la volonté de prendre de l’expérience, quelques semaines après un stage dans la Sierra Nevada en Espagne, dirigé par… Fernando Rivas, l’entraîneur espagnol qui s’occupe également de la championne olympique de Rio 2016 Carolina Marin.

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Brice Leverdez qui bat Lee Chong Wei, ça « débloque des choses »

La Fédération a engagé ce coach dont les compétences ne sont plus à prouver afin de superviser l’entraînement des Bleus et apporter ses méthodes à tout le groupe sénior.

Il arrive à un moment opportun, où les badistes français sont aux portes des sommets, grâce notamment au travail effectué plus tôt par les plus expérimentés, comme Brice Leverdez, né en 1986.

« Ça a commencé un peu plus tôt que nous avec la génération de Ronan [Labar], Brice [Leverdez] … Ils ont commencé à titiller le niveau européen. Grâce à eux, on se dit “wow, ils ont fait ça” », raconte Toma Junior Popov, qui a remporté le bronze aux Championnats d’Europe 2022, sa première médaille internationale.

Puis un nouveau monde s’est présenté aux Français lorsque Leverdez a battu une première fois la légende malaisienne Lee Chong Wei, numéro 1 mondial pendant 349 semaines au cours de sa carrière, et réédité l’exploit lors des Championnats du monde 2017.

« Brice qui tape deux fois Lee Chong Wei... Ça débloque beaucoup de choses », poursuit Tomi Popov qui, comme son frère, est entraîné par son père à Fos-sur-Mer.

« Puis quand je vois que moi aussi je commence à titiller Brice à l'entraînement, je me dis “pourquoi pas moi”. »

« Je pense que le plus dur, c’était pour Brice car on a vu que battre Lee Chong Wei n’était pas impossible. Après ça ne m’étonne pas car mentalement, Brice est très, très solide. »

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Le triplé européen de Toma Junior Popov chez les juniors

Une solidité qui a déteint sur toute une génération née à partir de 1998, aux succès dans toutes les catégories de jeunes au niveau européen.

Toma Junior Popov en argent aux Championnats d’Europe U17 2014, Thom Gicquel et Léo Rossi en argent en doubles hommes en 2016 puis Christo Popov et Kenji Lovang en or un an plus tard, dans la même épreuve et même catégorie.

Cette même année, une grande étape est franchie dans la catégorie supérieure, en junior. Engagé dans trois tableaux (simple et double hommes et par équipes), Toma Junior Popov a ramené trois médailles d’or.

« On a tout raflé chez les minimes, cadets, juniors, jusqu'à l'aboutissement en 2017 aux Championnats d'Europe juniors. Je pense que ça a prouvé que la France commençait déjà à battre le Danemark plusieurs fois d'affilée sur toutes les générations », estime l’ainé des Popov, évoquant le pays dominateur au niveau européen, qui compte le champion olympique en titre et numéro 1 mondial Viktor Axelsen.

Christo, le petit frère, sent également que les horizons sont plus ouverts.

« Mon frère et ma génération ont fait des médailles qui n’avaient jamais été remportées auparavant. On a pu casser cette barrière mentale et maintenant les futures générations peuvent suivre le chemin. »

Concrétiser ces bons résultats chez les séniors est l'un des objectifs de Fernando Rivas, et il sait comment y parvenir.

« Un cap a été franchi en terme de niveau, surtout chez les juniors. Le vrai cap à passer désormais est de conserver ce niveau en sénior », confiait Rivas à Olympics.com, après le stage d'entraînement à la Sierra Nevada.

« Il faut utiliser davantage la science pour avoir des entraînements individualisés. Utiliser des données pour mieux connaître l’état de forme de nos joueurs. À l’INSEP, on trouve tout ce qu’il faut pour mener nos joueurs au plus haut niveau. »

Delphine Delrue : « On sait qu’on a nos chances »

Le résultat est limpide.

Dans les grands tournois, affronter un Français n’est plus pareil.

« On commence à avoir un statut de favoris », explique Tomi. « Maintenant, les gens ont peur de jouer contre des Français alors qu'avant, on était les petits Frenchies qu'on affrontait au premier tour. »

« Désormais, on ne nous prend plus de haut », poursuit Thom Gicquel. « Quand on rentre sur le terrain, on le voit dans les yeux des adversaires. Ils nous connaissent et ils n’arrivent plus tranquille. Nous sommes pris au sérieux. »

Un aspect mental qui fait la différence. Dans la tête des adversaires, pour qui la tâche devient beaucoup plus difficile, mais également dans la tête des Français.

« Quand on rentre sur un terrain, on sait qu’on a nos chances », confie Delphine Delrue. « Et ça change tout. »

Les Jeux Olympiques d’été 2024 ont été attribués à la ville de Paris en 2017. À cette époque, le plus âgé de cette nouvelle génération de badistes tricolore avait 19 ans.

Ces JO à la maison ont accéléré tout un mouvement.

« Ça a commencé avant, mais Paris a accentué », raconte Tomi Popov. « Tout le monde s'est dit : mon objectif, c'est ça. Tout le monde s'est mis à travailler encore plus dur. C’était un élément déclencheur. »

Un travail encore plus poussé, une motivation décuplée et une nouvelle structure d'entraînement plus individualisée... La recette du succès ? En tous les cas, pour Fernando Rivas, l'objectif est clair.

« Si on arrive à mettre en place toute la méthodologie de performance, l’objectif est d’avoir des médailles aux Championnats d’Europe, du monde et aux Jeux Olympiques. »

La dernière ligne droite est désormais lancée, et il reste encore deux ans pour concrétiser ce qui a été enclenché.

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