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Edgar Boulet : « J'ai cru que la gym me rendait malheureux »

Edgar Boulet a été sélectionné dans l’équipe de France qui participera aux Internationaux de France de gymnastique à Paris du 24 au 25 septembre. Le Français savoure cette opportunité de concourir à domicile après être revenu de loin. En 2020, victime d’une dépression, il avait annoncé sa retraite sportive. 

6 min Par Nicolas Kohlhuber | Created 21 September
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(Photo de 2018 Getty Images)

Edgar Boulet est de retour aux Internationaux de France de gymnastique, les 24 et 25 septembre. Après 2017 et 2018, il va retrouver le public français dans ce qu’il considère comme « la plus belle compétition du circuit ».

Cette sélection est particulière pour lui. Comme toutes celles qu’il a eu depuis le début de l’année 2022, d'ailleurs, lorsqu'il a été réintégré à l’équipe de France de gymnastique.

« À chaque fois, j'ai l'impression que c'est la première fois que je suis sélectionné en équipe de France, alors que pas du tout. Chaque sélection a une place très importante parce que c'est aussi le résultat d'un gros parcours que j'ai traversé », a avoué Edgar Boulet à Olympics.com.

Sa trajectoire est unique. Après avoir été médaillé de bronze par équipes aux Championnats d’Europe 2018 et avoir participé à deux finales en Coupe du monde, il a annoncé sa retraite sportive au printemps 2020, à seulement 24 ans. Au moment où le monde se confinait à cause du Covid-19, le natif de Bergerac était victime d’une dépression.

« Il y a eu énormément de choses qui se sont passées. L'équipe de France ne s'était pas qualifiée pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 et je pense que ça a été l'un des facteurs déclencheurs. De voir toutes ces heures, ces mois et ces années de travail et se dire que finalement, on ne va pas faire les Jeux, c’est une situation qui est très difficile. Je me suis posé beaucoup de questions, à savoir ce que je devais faire, ce que j'allais faire. Je n'ai pas eu réellement de réponse à ce moment-là. Je pense qu'il y a eu une part de moi qui a été un petit peu dégoûtée. Des problèmes internes et personnels ont aussi pesé dans la balance. À un moment donné, je me suis dit en fait, j'ai plus envie, je veux plus faire. J'étais vraiment malheureux et je pensais réellement que c'était la gym qui m'avait rendu malheureux. »

Trois mois d'entraînement pour perdre ses 13 kilos en trop

Edgar Boulet s’est retrouvé isolé avec ses questions à cause du contexte sanitaire. Cette situation l’a enfermé dans ses pensées négatives et a multiplié ses interrogations. Il a d’abord trouvé l’alcool comme solution.

« J'ai commencé à boire pour pouvoir dormir le soir. Je buvais pour arrêter de penser. »

La gymnastique ne lui manquait pas. Le Français continuait de regarder certaines épreuves, mais pas au point d’imaginer un retour à l’entraînement. Son esprit était passé à autre chose. Son corps aussi. Il avait pris une dizaine de kilos.

Edgar Boulet pensait que la gymnastique était la source de ses problèmes. Mais il se trompait. Il a compris que sa reconstruction passait par un retour au gymnase.

« Je me suis rendu compte que c’est la gymnastique qui me rendait heureux. J’ai fait beaucoup de travail sur moi-même. Après avoir annoncé la fin de ma carrière, je me suis dit que ce n’était pas possible. »

Le gymnaste d’Orléans a accepté une aide extérieure pour se faire accompagner. Grâce au soutien et à la bienveillance de ses proches, mais aussi de son club de toujours et notamment de son entraîneur Thomas Bouhail, médaillé d’argent en saut de cheval aux Jeux de Pékin 2008, il a décidé d’aller de l’avant.

Son club lui a offert les moyens de pouvoir reprendre l’entraînement de manière sereine. Edgar Boulet avait la sensation de repartir de zéro après six mois sans pratiquer la gymnastique. Malgré son expérience, son corps devait se réhabituer aux contraintes de la gymnastique. Il avait notamment 13 kilos en trop à perdre. Une mission qu’il a remplie en passant son quotidien à l’entraînement.

« À partir du moment où j'ai décidé de revenir dans le gymnase et de recommencer à m'entraîner, je me suis entraîné sept jours sur sept pendant trois mois. Je vivais littéralement dans le gymnase. J'aimais être dans le gymnase, j'avais besoin de faire de la gym, j'avais besoin de toucher les agrès, de sentir la magnésie et de sentir l'odeur du gymnase. C'est ce qui m'a permis aussi de faire les choses différemment et surtout de me rendre compte de l'importance de prendre son temps. »

Ce rythme ne lui a pas fait oublier les raisons de sa pratique de la gymnastique : il aime ce sport et est heureux quand il le pratique.

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Les épreuves ont décuplé la passion d'Edgar Boulet pour la gymnastique

Ce retour aux sources s’est aussi manifesté avec du temps passé avec les enfants de son club. Partager son expérience avec les plus jeunes l’a aidé dans sa reconstruction.

« Partager notre expérience et être bienveillant avec les jeunes permet à nous, les athlètes plus âgés, de se rappeler des bases, de ce que c’est le haut-niveau, le sport et la vie aussi en général, parce que le sport, c’est une école de la vie. Ça permet de se rappeler de ces bases-là et d’avancer sereinement. »

La difficulté des épreuves traversées a forcément eu un impact sur la relation d’Edgar Boulet avec la gymnastique. Un impact positif. Sa passion de la gymnastique a été « décuplée ». Aujourd’hui, Edgar Boulet est motivé par le processus à suivre pour atteindre ses objectifs. Il est également animé par « le fait d'être dans un gymnase, de faire de la gym, de pouvoir courir partout, sauter partout, faire des saltos, être sur les agrès. »

Son amour retrouvé pour la gymnastique l’a même incité à reprendre la compétition. Il reconnaît qu’il s’agit du moment le plus marquant de sa reconstruction.

« Retrouver l’envie de faire de la gym de haut-niveau a été une prise de conscience marquante. Elle m’a permis de passer un cap dans ma tête. »

Aujourd’hui, le médaillé européen par équipes en 2018 recommence à rêver des sommets de la gymnastique planétaire.

Et il peut compter sur son parcours unique, fait de nombreuses heures à s’entraîner seul, sans coach ni partenaire, pour tirer une force supplémentaire.

Paris 2024 est devenu l'un de ses objectifs principaux. Mais avant de pouvoir de le remplir, Edgar Boulet va pouvoir concourir devant le public parisien dans le cadre des Internationaux de France.

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