Un changement systémique en Ouganda
Dans le sport des (tout) petits, dans les instances exécutives, sur le podium
À l’approche des Jeux de Paris, une édition pour laquelle il y aura pour la première fois autant de femmes que d’hommes sur l’aire de compétition, ce n’est un secret pour personne que le monde olympique s’est efforcé de faire de l’égalité des genres sa figure de proue.
En Ouganda, le changement a été systémique. Délibéré. Tant au plus haut niveau – au sein de l’équipe olympique – qu’à une échelle locale. Dans le secteur olympique comme dans le secteur paralympique. Dans les écoles, sur le lieu de travail et aux postes de direction. Sa portée a été considérable, même si, pour être honnête, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Tout commence par un changement d’état d’esprit fondamental :
« Le genre n’est pas un obstacle », a déclaré Rosette Sayson Meya, présidente de la commission pour l’égalité des genres, l’équité et la diversité du CNO ougandais. « Il ne s’agit que d’un facteur. Un facteur parmi tant d’autres. »
Rosette Sayson Meya est l’avant-dernière d’une famille de sept frères. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’une femme formidable. La recette de son succès n’est pas d’inspirer la peur, loin de là : elle donne « juste » à ceux qui l’entourent l’envie de mener à bien leur mission, pour elle, mais aussi avec elle.
Elijah Njawuzi, le responsable des questions liées à la Solidarité Olympique au CNO, raconte à ce sujet : « Parfois, je m’assois, je la regarde et je me dis : ça va, Maman est aux commandes, tout va bien se passer. »
Dans le contexte ougandais, l’approche est décrite comme suit dans une note de synthèse : « Il est urgent de faire changer radicalement les mentalités à l’égard des femmes et des jeunes filles dirigeantes ». Ce faisant, les femmes peuvent « assumer davantage de fonctions de leadership dans la société civile, les communautés et les espaces politiques », leurs « capacités de dirigeantes évoluant de bénéfices à court terme vers des bénéfices durables à long terme ».
La première valeur fondamentale du CNO est celle de l’« excellence », puis vient l’« inclusivité » directement après, en deuxième position : « Nous adhérons pleinement aux principes d’équité, de diversité, d’intersection des genres, de respect mutuel et de multiplicité des points de vue sur l’identité humaine »
Des déclarations aussi ambitieuses doivent être assorties d’un engagement. Il y a dix ou douze ans, le comité exécutif du CNO a mené une enquête à l’échelle du pays. Des plus hauts niveaux de direction aux entraîneurs, la quasi-totalité des postes était occupée par des hommes. « C’était alarmant », a déclaré Elijah Njawuzi.
Les statuts du CNO comprennent désormais une disposition prônant la parité sur l’aire de compétition et en dehors.
La délégation ougandaise à Tokyo 2020 était composée de 12 hommes et 13 femmes. Peruth Chemutai est devenue la première femme dans l’histoire du pays à remporter une médaille olympique, une médaille d’or qui plus est, lors du 3 000 m steeple féminin.
Les cours d’administration sportive et les cours avancés en management du sport, financés par la Solidarité Olympique, permettent généralement d’accéder directement à des postes de responsables sportifs de haut niveau et favorisent la participation des femmes en proposant des subventions plus élevées lorsqu’un quota minimum de 40 % de femmes est atteint, ce qui n’est pas forcément évident dans un certain nombre de pays.
En Ouganda, la participation moyenne des femmes depuis 2021 aux cours d’administration sportive s’élève à 63 % (100 % en 2023) et à 67 % en ce qui concerne les cours avancés en management du sport. Les trois dernières personnes à avoir obtenu le diplôme de master exécutif en management des organisations sportives (MEMOS) étaient toutes des femmes.
Les présidents des commissions du CNO sont composés de cinq femmes et six hommes. Au niveau communautaire : un atelier organisé en mars 2023, financé par la Solidarité Olympique dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, a rassemblé 60 filles. Invitées à faire part de leurs difficultés (les garçons choisis en premier, le manque d’enseignantes, les problèmes menstruels, la réticence des parents, l’équilibre entre le sport et l’école) les filles ont proposé une solution. Créer des clubs. Donner plus de temps pour tous pour les sports. Reconnaître lorsqu’une fille a un talent particulier pour un sport. Selon leurs propres mots, tout commence par reconnaître que chaque fille a un point de vue. Et qu’elle est en droit de l’exprimer.
« Les garçons sont tout aussi importants », rappelle Rosette Sayson Meya. Il est indispensable qu’ils deviennent de jeunes « ambassadeurs de l’égalité des genres » en grandissant.
Lorsque l’on donne aux jeunes femmes les moyens d’être plus autonomes, elles peuvent grandir en sachant que le genre n’est qu’un facteur, et c’est d’ailleurs ce qu’elles font. Un facteur parmi tant d’autres.