TOYOSHIMA Akira : Je veux donner de l’espoir et du courage à travers nos performances

À l’approche du dixième anniversaire du séisme de 2011, Tokyo 2020 s’est entretenu avec le basketteur en fauteuil roulant TOYOSHIMA Akira sur la tragédie de 2011 et ses réflexions à l'approche de Jeux riches en émotions.

« Je veux obtenir de bons résultats car ces Jeux sont les "Jeux de la reconstruction". Je veux ramener une médaille à Fukushima. »

La passion du joueur de basket en fauteuil, TOYOSHIMA Akira, se ressent dans ses paroles. Il y a dix ans, il travaillait dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Aujourd’hui, il est le capitaine de l’équipe japonaise de basketball en fauteuil roulant et s’apprête à participer à ses troisièmes Jeux Paralympiques. Cette semaine marque le dixième anniversaire de la tragédie qui donne tout son sens à l’appellation « reconstruction » de ces Jeux à venir. Maintenant, Toyoshima veut monter sur le podium de ces Jeux Paralympiques uniques et donner de l'espoir aux habitants de Tohoku et de sa ville natale, Fukushima.

Catastrophe nucléaire, critiques et les Jeux de Londres 2012

Une confusion totale s'est emparée de l'esprit de Toyoshima après que la secousse brutale ne se soit calmée. Que se passe-t-il ? 11 mars 2011, 14h46. En tant que membre de l’équipe de comptabilité, Toyoshima était dans le bâtiment principal de la centrale nucléaire de Fukushima en train de classer des documents. Après une longue secousse, il s’est empressé de quitter son bureau pour rejoindre le bâtiment d’évacuation sismique. Sans connaissance professionnelle, la peur pour sa vie et la crainte de la radioactivité ont commencé à l’envahir. Toyoshima était au beau milieu d’une crise sur laquelle le monde entier se concentrait.

« J'avais prévu de rentrer chez moi le lendemain par la navette, mais je n'ai pas pu quitter le bâtiment à cause de l'explosion. Je n'avais aucune idée de ce qui se passait. La situation dans le bâtiment du réacteur, à quel point c'était dangereux, quand nous pourrions sortir... J'étais dans les locaux mais j'étais aussi déconcerté que les autres à l’extérieur. »

Même après être sorti des bureaux, Toyoshima n’a pas pu retourné dans sa maison à Futuba, car toute la ville avait été évacuée après la catastrophe. Il s'est donc rendu à Iwaki, dans la maison familiale. Cela faisait trois jours que le tremblement de terre avait eu lieu. Depuis le collège, le rêve de Toyoshima était de participer aux Jeux Paralympiques de Londres 2012. Le moment dont il avait tant rêvé était dans un an, jusqu'à ce que la catastrophe ne détruise tous ces plans. Étant lui-même victime de la catastrophe, Toyoshima a commencé à s’interroger.

« Le basketball était toujours présent dans mon coeur, mais j’hésitais à jouer. Il y a tant de gens qui ont perdu la vie, tant de personnes devaient vivre dans des abris d’évacuation… Bien sûr que je voulais jouer aux Jeux Paralympiques, mais je doutais encore que cela soit possible étant donné ma situation et la situation sociale. »

Incapable de s'entraîner, Toyoshima est resté dans le doute, jusqu'à ce qu'il ne voit la basketteuse SAMESHIMA Aya jouer lors de la Coupe du monde féminine de la FIFA qui se tenait entre juin et juillet de cette même année. Son ancienne collègue de la centrale nucléaire de Fukushima, a mené l'équipe japonaise au titre.

« En voyant ma collègue jouer, j’ai découvert une toute autre manière d’aborder ma vie sportive : jouer le mieux possible pour rendre ce que vous avez reçu de votre communauté et de votre ville natale. Cela a été une grande révélation pour moi. C’était de "l’espoir". Quand j’ai réalisé cela, j’ai laissé tous mes doutes derrière moi. »

Un capitaine d'équipe hésitant pour Tokyo 2020

Avant le tremblement de terre, Toyoshima était habitué a conduire deux heures et demi, de Fukushima à Sendai, pour retrouver ses coéquipiers de basket-fauteuil. En avril 2011, il a été transféré dans la ville de Mito qui se trouve encore plus loin de Sendai. Avec la catastrophe et sa relocalisation, il devenait difficile pour Toyoshima de continuer à se rendre à Sendai pour jouer avec son équipe. Il a donc décidé de quitter son travail pour se concentrer pleinement sur le basket. Après un bref passage dans sa maison familiale, il a emménagé à Sendai pour se rapprocher de son équipe.

L’équipe japonaise a terminé neuvième des Jeux Paralympiques de Londres 2012. Tokyo a été désignée ville hôte des Jeux de 2020 l’année suivante. Pourtant, Toyoshima, qui aura 31 ans en 2021, n’était pas très intéressé à l’idée de jouer les Jeux de Tokyo. Pour lui, l’idée de prendre part aux Jeux Paralympiques de 2020 était irréaliste.

« Je n'avais pas vraiment de doutes sur mes capacité en tant que joueur, mais ce n'est pas facile d'être sélectionné en équipe nationale. Je ne m'imaginais pas pouvoir participer aux Jeux paralympiques de Tokyo en 2020, alors je n'en ai pas fait un objectif particulier. »

Contrairement à ce qu’il pensait, l’équipe japonaise a eu besoin de lui. Après avoir terminé une nouvelle fois neuvième aux Jeux de Rio 2016, Toyoshima a été nommé capitaine de l'équipe 2020. Il est le capitaine d'une équipe qui a remporté 11 titres nationaux, mais aussi le principal meneur de jeu de sa formation. Il est reconnu pour ses incroyables capacités d’agilité et de vitesse. Mais malgré ces qualités, il a été surpris par cette nomination.

« Pour être honnête, quand j'ai entendu parler de cette nomination pour la première fois, j'ai douté d’en être vraiment capable. Mais l’équipe avait besoin de moi, je voulais le faire pour l’équipe. Quand nous avons terminé neuvième aux Jeux de Rio, je me suis dit que nous devions faire plus pour obtenir de meilleurs résultats à Tokyo. »

Menée par Toyoshima, l’équipe a fait de grands progrès. Lors des Championnats du monde de 2018, ils ont encore une fois terminé neuvièmes mais en battant l’équipe championne d’Europe, la Turquie. Les victoires en compétitions internationales se sont enchainées. Le meilleur résultat obtenu par l’équipe à ce jour, est une septième place aux Jeux Paralympiques de Pékin 2008, mais elle commence à voir des possibilités de viser plus haut et de monter sur le podium.

« L’équipe ne devient pas meilleure parce que je suis le capitaine. Au contraire, l'équipe a maintenant un style de jeu fort et consistant, grâce aux améliorations de tous les joueurs. Je dis toujours à mes coéquipiers que "ce n'est pas moi qui dirige, mais chacun d'entre vous". Si tout le monde prend du plaisir à jouer et apporte ses forces à l'équipe, cette alchimie améliore notre manière de jouer et nos matchs. »

L’hommage des dix ans : Une médaille aux "Jeux Paralympiques de la reconstruction"

À l’approche de Tokyo 2020, Toyoshima a de plus en plus pris conscience du positionnement de ces Jeux Olympiques et Paralympiques en tant que Jeux de la reconstruction. Le fait que dix ans se soient écoulés depuis la catastrophe ne fait qu’amplifier ce sentiment. Pour les premiers Jeux Paralympiques à Tokyo depuis 57 ans, Toyoshima sera le capitaine de l’équipe du sport le plus populaire des Jeux Paralympiques, le basketball en fauteuil roulant.

« Je pensais que les Jeux Paralympiques ne seraient qu’une compétition réunissant les meilleurs sportifs. Mais les Jeux de 2020 sont plus que cela, ils sont les "Jeux de la reconstruction" et c’est pour cela que je veux que nous fassions un bon résultat. Je veux ramener une bonne nouvelle à la maison. Je veux une médaille. Avec toute l’équipe, nous voulons une médaille. Et si nous jouons à notre manière, je pense que cela ne sera pas qu’un rêve. »

Pour Toyoshima, les Jeux de Tokyo 2020 ont changé la vision du basket-ball en fauteuil et du handisport en général. Le nombre de personnes qui s’intéressent à ce sport est de plus en plus important et les matchs attirent plus de spectateurs qui partagent leur ferveur pour la discipline. Bien que la pandémie de COVID-19 limite le nombre de spectateurs autorisés à entrer dans les stades, Toyoshima espère que les gens continueront à s’intéresser au basket en fauteuil.

« Il y a de l’intensité, il y a de la vitesse. C’est comme dans un match de basket normal, les règles ne sont pas très différentes. Je veux que les spectateurs regardent ce sport comme une vrai et sérieuse discipline, par comme un sport d’handicapés. Je pense que c'est ce qui est fascinant dans le basketball en fauteuil roulant. Je serais plus qu'heureux si je pouvais montrer le charme et l'excitation de ce sport au peuple japonais et aux gens du monde entier. Je veux aussi leur montrer le chemin que nous avons parcouru pour nous remettre de la catastrophe. »

Dix ans après s’être retrouvé au milieu de la catastrophe inoubliable de Fukushima, Toyoshima se tiendra au centre des terrains de basket aux Jeux Paralympiques avec tous les regards tournés vers lui et ses coéquipiers. Le chemin parcouru pour en arriver là a été si difficile qu’il espère que le résultat sera à la hauteur. Sa plus grande motivation est de pouvoir ramener une médaille à tous ceux qui l’ont soutenu dans cette aventure.

« Les personnes qui me connaissent depuis la catastrophe savent combien il a été difficile de continuer à jouer après 2011 et encore plus de pouvoir jouer aux Jeux de Tokyo 2020. Je veux que plus de gens connaissent mon passé et mon parcours jusqu'aux Jeux Paralympiques et que cela leur donne de l'espoir. Je veux être ce genre de personne. Les Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 sont spéciaux parce qu'ils sont surnommés les "Jeux de la reconstruction". Ce serait mon plus grand souhait que mon style jeu donne aux gens du courage et de l'espoir pour l'avenir. C'est pourquoi je veux de bons résultats. Je veux offrir cette médaille à mon peuple. »

Comme l'équipe "Nadeshiko Japan" qui l'a motivé à jouer à nouveau, Toyoshima compte bien apporter le bonheur et un message d'espoir dans les régions sinistrées du Japon et de chez lui, à Fukushima.