Mike Trauner : en mission à Tokyo

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Le para-canoéiste canadien Mike Trauner a été déclaré cliniquement mort deux fois, après une explosion lorsqu'il était soldat en Afghanistan. Aujourd'hui, il se bat pour la qualification olympique pour Tokyo 2020.

Note de la rédaction : ce récit raconte des faits de guerre et peut choquer, prudence.

Le Canadien Mike Trauner n’a jamais participé aux Jeux Paralympiques, mais il a déjà remporté une médaille que peu de personnes peuvent se vanter d’avoir. En 2019, le gouvernement canadien lui a remis la Médaille de la vaillance militaire pour son service de soldat en Afghanistan.

Le 18 septembre 2018, son véhicule est tombé dans une embuscade. Il a été frappé par trois grenades propulsées par roquettes. Le dernier projectile a manqué son visage de justesse. Alors que la vie de ses compagnons était en péril, il est sorti immédiatement de la tourelle pour faire feu sur les attaquants à l’aide de la mitrailleuse fixe sur le toit du véhicule.

La Médaille de la vaillance récompense sa « ténacité et son dévouement » ce jour-là. Mais ce n’était alors que le commencement du chemin incroyable qui mènerait Trauner vers Jeux Paralympiques de Tokyo 2020.

Deux mois après l’attaque de 2008, Trauner était en patrouille à pied lorsqu’il a marché sur une bombe artisanales.

« Le souffle de l’explosion m’a soulevé en l’air, la bombe qui essayait de me tuer m’a en fait sauvé », expliquait Trauner.

Cela lui a permis d’éviter de gros morceaux de métal parmi les débris de l’explosion. Mais son corps tout entier fumait. Il a été brulé de la tête aux pieds. Il expliquait que les autres soldats « tenaient littéralement mes artères pour ne pas que je me vide de mon sang jusqu’à la mort. »

Il a été déclaré cliniquement mort deux fois. Il a dû être réanimé une fois en Afghanistan et une autre fois dans un hôpital militaire en Allemagne, mais il a perdu ses deux jambes. Lorsqu’il s’est enfin réveillé à l’hôpital, il se souvient des premiers mots qu’il a prononcé à sa femme, Leah Cuffe.

« Je lui ai dit "je t’aime" mais aussi "je suis désolé" parce que dans ma tête, je venais de tout chambouler dans notre vie. »

Sa femme a répondu : « Je ne m’attendais pas à cela de la part de Mike. Mais c’est sa façon d’être, de penser aux autres, même dans des moments comme ceux-là. »

Le couple a passé 14 mois en rééducation dans un hôpital à Ottawa.

Il y a eu beaucoup de moments très difficiles pour Mike, aussi bien physiquement que mentalement. Il a subi 18 opérations, 18 transfusions sanguine et dû faire face à des troubles mentaux et une dépressifs.

« Il avait l’impression d’avoir perdu le sens de sa vie », expliquait Cuffe, d’autant que l’explosion l'a forcé à se retirer des forces militaires.

Un nouveau départ grâce au sport

Trauner a retrouvé un sens à sa vie grâce aux Jeux Invictus, une compétition multi-sports dédiée aux soldats et vétérans de guerre blessés et handicapés, créée par le Prince Harry, de Grande-Bretagne.

Trauner a d’ailleurs rencontré le Prince Harry lors d’un événement médiatique en amont des Jeux Invictus de Toronto 2017.

« Il [le Prince Harry] m’a donné cette chance de participer aux Jeux Invictus pour mon pays. Vous savez, la seule chose que je voulais, c’était de remettre un uniforme. Mais après ma retraite [militaire], je ne pensais pas que cela pouvait être possible. Rejoindre l’équipe du Canada m’a redonné cette opportunité. »

Lors de ces Jeux, Trauner a remporté deux médailles d’or en aviron. Deux mois après, il y a eu un événement de détection pour les Jeux Paralympiques à Toronto. Bien que Trauner était au-dessus de la limite d’âge, Cuffe l’a encouragé à s’y rendre.

Le chemin paralympique

L’un des entraîneurs de canoë a vu Trauner à la télévision lors des Jeux Invictus et il s'est dit qu’il serait parfait pour ce sport.

Il s’entraîne maintenant trois fois par jour, six jours par semaine. Pendant la pandémie de COVID-19, il s'est entraîné dans son sous-sol, coaché par sa femme Cuffe.

« J’étais entièrement engagé dans l’armée, et j'ai transféré ces compétences. Je suis entièrement engagé dans mon sport désormais », a déclaré Trauner.

Il espère participer en va’a VL3 cet été à Tokyo, pour la première apparition de la discipline au programme des Jeux Paralympiques. Le va’a est un canoë à balancier avec un flotteur aussi appelé « AMA » qui lui permet d’être plus stable.

Trauner doit encore sécuriser un quota olympique pour le Canada, mais il a les yeux rivés sur les Jeux Paralympiques de Tokyo et de Paris 2024. Il doit parfois se pincer pour s’assurer qu’il ne rêve pas.

« J’ai l’impression d’être dans un film. Cela ne semble pas réel. C’est fou toutes ces choses qui nous sont arrivées au fil du temps pour Leah et moi, ces choses que nous avons traversées. »

« J’adore quand les enfants me courent dessus et me posent des questions sur ma prothèse, sur ma vie quand j’étais soldat et maintenant sur ma vie de sportif », continuait-il.

Quand on lui demande à quel point elle est fière, sa femme répond : « Infiniment. La fierté frôle à peine le début de ce que je peux ressentir. »

Par Teddy Katz pour le Comité International Paralympique