Tchatchouang et Ayayi : mener le basket féminin vers de nouveaux sommets

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Les basketteuses Diandra Tchatchouang et Valeriane Ayayi-Vukosavljević tenteront de faire gagner la France à Tokyo 2020, et sont toutes deux impliquées dans la recherche d'une meilleure représentation du sport féminin. Pour Tokyo 2020, elles ont évoqué le besoin de modèles et le manque de visibilité des femmes dans le sport.

Valeriane Ayayi-Vukosavljević et Diandra Tchatchouang tenteront de remporter la première médaille d'or olympique de la France aux Jeux de Tokyo 2020, qui se dérouleront en 2021. Toutes deux sont leaders en équipe de France et dans leurs clubs respectifs, et toutes deux militent pour une meilleure représentation du sport féminin.

Lors d'une interview exclusive avec Tokyo 2020, les deux basketteuses ont toutes deux reconnu que même si le sport féminin a bien évolué lors des dernières décennies, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. 

« C’est encore un peu compliqué aujourd’hui », constate Ayayi-Vukosavljević, qui disputera ses deuxièmes Jeux Olympiques après ses débuts à Rio 2016. « Ça évolue, bien sûr, car c’est un combat que l’on mène depuis des années. »

« Voir ces joueuses sur le terrain m’a donné envie de faire pareil »

Pour sa partenaire Diandra Tchatchouang, la visibilité est fondamentale pour améliorer la représentation des femmes dans le sport. « Tout commence par la visibilité. On a tendance à croire que les gens ne regardent pas, mais ils n’ont pas la possibilité de regarder. La première étape à franchir, c’est d’être plus visible. »

L’ailière de Montpellier admet d’ailleurs qu’elle ne se serait jamais autant impliquée dans son sport si elle n’avait pas vu de matchs de basket féminin à la télévision.

« J’ai eu la chance de pouvoir regarder quelques matchs de basket à la télé quand j’étais jeune, et ça a joué un grand rôle. Bourges et Valenciennes. Voir ces joueuses sur le terrain m’a donné envie de faire pareil. »

Au-delà du manque de retransmission de matchs de basket féminin, Tchatchouang regrette que les médias en général soient réticents à parler du sport féminin.

« Quand j’ouvre certains journaux et que je vois qu’aucune page n’est consacrée au sport pratiqué par les femmes, je trouve ça dommage et vexant. Ce n’est pas normal. C’est le combat que l’on mène en tant que sportive. »

Ayayi-Vukosavljević, qui évolue au même poste dans le club de Basket Landes après avoir évolué à l’USK Prague pendant deux saisons, partage son point de vue.

« Les médias n’osent pas forcément miser sur le basket féminin. Mais on se bat pour avoir de la visibilité, pour être diffusées et pour que l’on parle de nous. On a de bons résultats et on sait que ça fonctionne bien. On sait qu’à performance égale, les médias iront davantage vers la performance masculine. Donc à nous de faire les efforts pour que cela devienne plus naturel. »

Je manquais de modèles d’inspiration, j’avais du mal à m’identifier et c’est comme ça que Take your shot est né

Les initiatives de Tchatchouang pour encourager les jeunes filles à jouer au basket

Sans visibilité, il est difficile de rêver de sport de haut niveau pour les jeunes filles, par manque de modèle. C’est pour cette raison qu’il y a quatre ans, Diandra Tchatchouang a créé Take your shot. Un projet consistant en une journée annuelle lors de laquelle les jeunes filles de Seine Saint-Denis, où la basketteuse de 29 ans a grandi, se rassemblent pour s’initier au basket et trouver de l’inspiration. Elle a développé cette idée revenant sur sa propre expérience.

« Cette initiative est en phase avec mon histoire. Je me suis posée la question des besoins que j’avais à l’époque. J’ai commencé le basket à l’âge de huit ans, mais tout n’était pas écrit à l’avance. Il s’en est fallu de très peu pour que je ne décroche pas à l’école et que je prenne la trajectoire que j’ai prise. Je manquais de modèles d’inspiration, j’avais du mal à m’identifier et c’est comme ça que Take your shot est né. Quand on manque de modèles, c’est difficile de se projeter et de rêver. »

Tous les ans, Tchatchouang invite des basketteuses et des athlètes, comme l’ancienne footballeuse internationale Laura Georges, ainsi que des célébrités ou des femmes entrepreneuses afin de montrer aux jeunes filles que réussir dans le sport n’est pas qu’un simple rêve. 

« Le but est de les encourager à faire du basket et du sport et de leur dire : « on a réussi, pourquoi pas vous ? »

« Se rassembler pour augmenter la portée de notre voix »

Aujourd’hui, les réseaux sociaux permettent à tous de communiquer avec le monde. Pour Valériane Ayayi-Vukosavljević, la grande sœur de Joël Ayayi, qui évolue avec l’équipe de basket universitaire des Gonzaga Bulldogs, cet outil peut être utile pour le rôle des femmes dans le sport.

« Les réseaux sociaux sont très utiles pour notre visibilité, et il faut vraiment parvenir à se rassembler pour augmenter la portée de notre voix. »

C’est exactement ce qui s’est passé lorsqu’un jeune basketteur a été l’auteur d’une publication offensant sur Twitter. 

« Il a fait une blague en disant que l’un de ses coéquipiers jouait “comme une fille”. Toutes les filles lui sont tombées dessus. Certes, ce n’est pas méchant de dire ça. Il n’y a pas d’insultes. Mais aujourd’hui, c’est non. Non, ce n’est pas possible », l’athlète de 26 ans, qui détient le meilleur ratio de points marqués par match cette saison avec Basket Landes, l’équipe où évolue également la légende du sport français Céline Dumerc, vice-championne olympique à Londres 2012.

Céline Dumerc, le symbole du basket féminin français

Pour Ayayi-Vukosavljević, Dumerc fait partie des femmes qui l’inspirent, comme toutes les Françaises qui pratiquent le basket.

« Quand on regarde Céline, on voit l’image du basket français et c’est l’image que l’on essaie de partager, accompagnée des valeurs qui vont avec. Plus qu’une basketteuse, c’est une athlète française. Céline, on la reconnaît dans la rue. Elle est dans une autre dimension. »

En plus de sa médaille d’argent olympique, la basketteuse de 38 ans a également remporté un titre de championne d’Europe en 2009. Mais en parallèle de sa carrière de joueuse qu’elle poursuit à Basket Landes, Dumerc occupe le poste de manager générale de l’équipe de France, dont elle détient le record de sélections (262), hommes et femmes confondus. Et pour Ayayi-Vukosavljević, Dumerc a joué un grand rôle dans la démocratisation du basket féminin.

« Avant, il n’y avait aucune médiatisation et aujourd’hui, ce championnat est reconnu et respecté. Son impact médiatique est énorme. »

Un combat sportif pour une victoire sociétale

Aux côtés de leur manager Céline Dumerc, Ayayi-Vukosavljević et Tchatchouang vont s’envoler pour Tokyo avec l’objectif de faire mieux que la performance de Londres 2012.

« L’ objectif est clair : gagner », affirme Tchatchouang, qui n’a pas pu être de la partie à Rio 2016 en raison d’une blessure, et qui disputera ses premiers Jeux à Tokyo.

En phase de groupe, la France défiera les États-Unis, qui ont remporté les six dernières médailles d’or olympiques, ainsi que le Nigéria et le pays hôte, le Japon. Mais pour Tchatchouang, ce n’est pas un problème.

« Quand on a des objectifs aussi élevés que les nôtres, il faut être capable de battre n’importe qui. »

Et ce combat que les Françaises s’apprêtent à disputer sur les parquets pourrait bien engendrer une victoire sociétale : suivre les pas de Céline Dumerc et rendre le basketball féminin plus visible et attractif pour les générations futures.