Nikola Karabatic parle de son retour, du TQO et du Mondial 2021

Le handballeur français Nikola Karabatic pendant la demi-finale du Mondial 2017 contre la Slovénie.
Le handballeur français Nikola Karabatic pendant la demi-finale du Mondial 2017 contre la Slovénie.

À deux jours du Tournoi de qualification olympique (12-14 mars), où la France tentera de décrocher son billet pour Tokyo 2020, le double champion olympique français livre son ressenti sur les forces en présence, son retour sur les terrains et les Championnats du monde 2021 remporté par le Danemark de son ami Mikkel Hansen. 

En octobre dernier lors du match opposant son club, le PSG à Ivry, Nikola Karabatic sortait du terrain après une mauvaise réception. Verdict : rupture du ligament croisé antérieur du genou droit. Cinq mois plus tard, le double champion olympique est sur le chemin du retour, mais il lui reste encore quelques mois avant de revenir sur les terrains.

Il ne disputera donc pas le Tournoi de qualification olympique (TQO) où la France va tenter de décrocher sa qualification pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, du 12 au 14 mars à Montpellier. Les Bleus, qui ne pourront pas non plus compter sur le Parisien Elohim Prandi, blessé à la cheville, seront opposés à la Croatie, au Portugal et au Danemark.

Quelques minutes avant d’aller rejoindre la salle de gym du PSG handball pour s’entraîner, l’athlète élu meilleur joueur de l’année à trois reprises (2007, 2014, 2016) a répondu à Tokyo 2020 pour livrer son ressenti sur le TQO, qu’il a lui-même disputé en 2008 avant de remporter son premier titre olympique, mais aussi la date de son futur retour et sa volonté de se battre pour obtenir sa place dans le groupe qui, si la France termine dans les deux premières places du TQO, s’envolera pour Tokyo 2020.

Le joueur de 36 ans en a également profité pour revenir sur les Championnats du monde de handball 2021 (13-31 janvier 2021) où la France a terminé quatrième, en partageant son avis sur la compétition qu’il a suivi depuis son canapé, lui qui avait plutôt l’habitude de faire trembler les filets et de remporter la victoire (2009, 2011, 2015, 2017).

Le staff prévoit un retour vers mai/juin.

L’objectif que je me suis fixé est de pouvoir faire quelques matchs avec le PSG avant la fin de saison.

Sa rééducation, son retour sur les terrains et Tokyo 2020

La rééducation se passe bien, les kinésithérapeutes sont contents et s’ils sont contents, moi aussi ! J’ai recommencé la course à pied tous les matins depuis deux semaines, ça fait du bien de sortir un peu de chez moi pour l’entraînement. J’ai repris le travail de saut et d’appuis, je fais des passes pour me réhabituer aux mouvements de handballeurs… Je suis plutôt content ! Je fais à peu près 3 ou 4 heures d’entraînement par jour. Au final, je m’entraîne plus lorsque je suis blessé que lorsque je ne le suis pas...

C’est un travail long, mais il faut réussir à faire confiance à son genou et à son corps. On passe des paliers tous les jours et c’est intéressant.

Concernant mon retour sur le terrain, le club ne veut pas trop fixer de dates, ce sera en fonction de mon ressenti et de celui de l’entraîneur. Le staff prévoit un retour vers mai/juin. L’objectif que je me suis fixé est de pouvoir faire quelques matchs avec le PSG avant la fin de saison.

[Si la France se qualifie], je ne sais pas si je serai à 100 %, mais c’est mon objectif. Je veux être prêt pour pouvoir participer à la préparation des JO et avoir la chance de me battre pour une place dans l’équipe. Les places vont être très chères, car il y en a peu.

On reste sur nos gardes, mais on aborde ce TQO avec un peu plus de confiance.

Le TQO 

Déjà, le fait de recevoir n’est plus vraiment un avantage car nous sommes à huis-clos. Mais après ce Mondial, on s’est bien rassuré. On a vu que ça ne s’est pas très bien passé pour nos adversaires. La Croatie n’a pas fait de très bons matchs, leur coach a démissionné, mais ils restent tout de même dangereux. 

On a battu le Portugal dans un huitième de finale avant l’heure, en jouant notre meilleur match du tournoi, donc même s’ils sont aussi dangereux et qu’ils jouent très bien, on a peut-être repris l’ascendant psychologique. Mais ils ont beaucoup de bons joueurs. Ils ont une très bonne défense, ils manient bien le jeu à 7 contre 6. Leur gardien est très bon aussi. 

[Lors du Mondial], nous n’avions pas de pression car on pouvait se permettre de perdre alors qu’eux, ils avaient la pression. Ce jour-là, tout nous a réussi. Mais il ne faut pas penser que ce sera aussi facile qu’au Mondial.

On a vu aussi que la Tunisie a fait de bons matchs, notamment en inquiétant l’Espagne.

On reste sur nos gardes, mais on aborde ce TQO avec un peu plus de confiance.

Cette quatrième place montre qu’il y a du potentiel, du talent.

Qu’il y a encore du boulot mais que l’on peut faire de belles choses.

Le Mondial sur le canapé et l’équipe de France

[Après le nul et la défaite face à la Serbie], bien sûr, je me posais des questions. Le niveau de jeu, la tactique, la confiance et l’énergie qui se dégageaient sur le terrain ne donnaient pas trop d’espoir. Mais avec la victoire lors du premier match contre la Norvège (28-24), l’un des favoris, ça a changé pas mal de choses et la confiance est revenue.

Après ce match, le niveau était un peu en dents de scie, avec des très bons matchs face au Portugal, et d’autres matchs où nous ne sommes pas passés loin de la défaite. Je pense à l’Islande (28-26) et à l’Algérie (29-26) où c’était serré, à la Hongrie (35-32, ap) où on est menés mais on s’en sort en prolongations. On a alterné le bon et le moins bon.

Au final, la place de quatrième est bien pour l’équipe. Les trois devant nous (Danemark, Suède, Espagne, ndlr) jouent actuellement mieux que nous au handball. Mais c’est encourageant. Cette place montre qu’il y a du potentiel, du talent. Qu’il y a encore du boulot mais que l’on peut faire de belles choses.

J’avais fait le deuil du Mondial et de toutes les compétitions que j’allais rater. C’était dur au début, puis je m’y suis fait. Je ne pouvais rien faire contre ça, c’était hors de ma portée. À partir de ce moment-là, ça allait. J’ai vécu le Mondial en tant que supporter, en tant que membre de l’équipe avec ses potes sur le terrain, mais qui ne joue pas. Au final, j’ai vécu une belle aventure derrière mon écran, à les voir arriver jusqu’en demi-finale alors qu’ils n’étaient pas attendus après leur deux mauvais matchs contre la Serbie, en qualifications pour l’Euro 2022. Ça m’a fait plaisir de les voir bien jouer et finir sur une note positive, même si j’étais un peu triste pour la quatrième place, la plus difficile.

Ça m’a aussi du bien de voir du hand international en ces temps de crise sanitaire.

Ses coups de coeur du Mondial

J’ai bien aimé l’arrière droit du Danemark [Mathias Gidsel]. Le gardien danois Niklas Landin a été très bon, comme le gardien suédois Andreas Palicka, qui nous a fait mal en demi-finale. Le demi-centre suédois Jim Gottfridsson a été bon. Mikkel Hansen a très bien joué aussi. L’ailier droit espagnol du PSG, Ferrán Solé, a également fait un très grand Mondial. Rodrigo Corrales aussi ! Pas mal de joueurs ont été à leur niveau et ça a été un plaisir de regarder les matchs.

On peut s’inspirer de leur manière de s’entraîner, de jouer.

Les deux meilleurs joueurs du monde au PSG… Un privilège

C’est toujours un privilège de jouer avec les meilleurs au monde. Déjà, c’est plus facile mais surtout, on peut apprendre d’eux. On peut s’inspirer de leur manière de s’entraîner, de jouer. On va chercher une ou deux petites choses à intégrer chez les joueurs qui nous entourent et c’est comme ça qu’on progresse.

Hors du terrain, Mikkel est un personnage ! Il est très attiré par l’art, par la mode… Il a des passions différentes des handballeurs typiques. Je m’entends très bien avec lui, et il va nous manquer lorsqu'il quittera Paris. Il a fait beaucoup de choses pour le club mais je pense que tout le monde sera content pour lui.