Magalie Pottier : les Jeux Olympiques dans la roue

Magalie Pottier en stage de BMX freestyle park à Montpellier.
Magalie Pottier en stage de BMX freestyle park à Montpellier.

Après avoir disputé les Jeux de Londres 2012 en BMX Racing, Magalie Pottier a changé de terrain de jeu pour le BMX Freestyle. Et la Française espère bien participer aux débuts olympiques de la discipline à Tokyo 2020, en 2021.

L’olympisme a toujours accompagné la carrière sportive de la cycliste Magalie Pottier.

Et pourtant, en se lançant dans le BMX Racing dès son plus jeune âge, cela n’était pas une évidence.

En 2006, comme un coup du destin, la Race devient une discipline olympique. Elle intègre l’équipe de France au même moment, et se voit propulsée dans un rythme de préparation olympique dès son entrée dans le monde du sport professionnel. Après une finale aux Jeux de Londres 2012 et une qualification manquée de peu pour Rio 2016, la Valletaise de 32 ans a senti qu’elle était au bout de son parcours dans cette discipline.

Un an plus tard, elle a découvert le BMX freetsyle et, comme le hasard fait visiblement bien les choses, cette discipline issue du monde urbain consistant à réaliser des figures impressionnantes sur un vélo dans un park composé de modules, a été annoncée au programme olympique des Jeux de Tokyo 2020.

Aujourd'hui, la cycliste est de retour dans la course à la qualification olympique pour tenter de participer à ses deuxièmes Jeux Olympiques. Mais dans un autre sport.

Ce n’est donc anodin si la phrase fétiche de Magalie Pottier est where there is a will, there is a way (s'il y a de la volonté, il y a un chemin, en français), qu’elle transforme en where there is a wheel, there is a way (s'il y a une roue, il y a un chemin). Et ce chemin semble sens cesse mener la championne du monde 2012 vers les Jeux Olympiques.

Tombée dans la marmite du vélo étant petite

Au début des années 1990, Magalie Pottier vit au cœur d’un centre sportif dans les Pays de Loire. En voyant ses deux grands frères faire du vélo sur la piste de BMX non loin de la maison familiale, une passion commence à naître.

« C’est vraiment cette discipline qui m’a procurée le plus de sensations. La vitesse, le jeu, les trajectoires, c’est un effort court et intense. Et puis cela me tenait à cœur de faire la même discipline que mes frères pour les challenger, même s’ils étaient plus grands que moi », explique-t-elle avec un sourire en coin lors d'un interview exclusive avec Tokyo 2020.

C’est donc vers quatre ans qu’elle commence à dérouler sur les bosses des circuits de BMX.

« C’est avant tout une passion familiale. Et puis, mes parents sont de grands voyageurs, donc nous partions tous ensemble sur les compétitions le week-end, à travers toute la France, l’Europe et même le monde. »

Très tôt, elle participe à ses premiers Championnats du monde. À sept ans, elle part avec le « clan Pottier » en Grande-Bretagne et remporte sa première compétition internationale.

À partir de ce jour, la destination des vacances en famille se décide en fonction des villes hôtes des Championnats du monde de BMX Racing.

Puis à 16 ans, elle intègre l’équipe de France et commence à faire sa route dans le monde du sport professionnel.

Les Jeux en BMX Race

« Quand je suis rentrée en sport-étude, c’était le début de l’olympisme en BMX Race. »

Le BMX Race fait grands débuts olympiques lors des JO de Beijing 2008 et Magalie Pottier intègre le pôle France deux ans plus tôt, en 2006. Naturellement, la cycliste qui avait déjà une étagère remplie de titres nationaux et pour qui les compétitions internationales n'avaient plus de secret commence à s’entraîner avec l'objectif olympique.

Remplaçante pour Beijing 2008, Pottier prend le pouls d'une préparation olympique, qui plus est aux côtés des Françaises Anne-Caroline Chausson et Laëtitia Le Corguillé, respectivement sacrées championne olympique et vice-championne olympique cette année dans la capitale chinoise. Une expérience qui ne fait qu’intensifier son désir de se rendre aux Jeux Olympiques de Londres 2012.

Une année aux allures de consécration pour Magalie Pottier. Deux mois avant les Jeux, elle se rend en Grande-Bretagne, sur les terres de sa première médaille internationale à sept ans, pour disputer les Championnats du monde de Birmingham. L'air britannique semble bien réussir à la Française, puisqu'elle y remporte le maillot arc-en-ciel de championne du monde. Son quatrième sacre mondial après ses deux premiers en junior en 2007 (Race et Cruiser, une autre discipline de BMX) et son troisième en sénior, sur un Cruiser également.

Forte de ce nouveau statut de championne du monde, elle est sélectionnée pour aller défendre les couleurs de la France à Londres 2012.

« J’arrive favorite à Londres et finalement… Je termine finaliste (7e). J’aurais aimé accrocher un titre olympique ou une médaille, mais c’est l’histoire d’une course d’un jour et parfois, cela ne fonctionne pas toujours comme on le souhaite. Même si on met tout en place pour y arriver. »

De retour de Londres, Magalie se focalise sur les Jeux Olympiques de Rio 2016. Mais alors qu’elle sent son pic de forme arriver, elle se rend aux Championnats du monde 2016 pour jouer sa qualification mais elle termine 5e de la demi-finale.

« Il fallait faire une finale aux Championnats du monde pour être sélectionnée. J’étais vraiment aux portes de la qualification. Et ça a toujours été comme ça. J’ai toujours rasé les critères de sélection et cette fois-ci, ça n’a pas fonctionné. »

Elle n'est donc pas du voyage à Rio, où sa compatriote Manon Valentino termine 8e de la finale olympique de BMX Race.

Là, je vois que j’ai vraiment des sensations. Je sens vraiment que la flamme repart.

Reconversion en BMX Freestyle

Après la préparation pour Rio 2016, Magalie Pottier s’est accordée une année de pause. En premier lieu pour terminer ses études de kinésithérapie, mais aussi pour se donner le temps de la réflexion quant à ses objectifs de carrière sportive.

« Je me suis dit : est-ce que je continue la Race ? Est-ce que j’arrête tout ? Ou est-ce que je tente cette aventure dans le BMX Freestyle ? »

« L’univers me plaisait et je sentais que je commençais à saturer en Race. Je n'avais plus les mêmes sensations et j'avais besoin de renouveau. C’est ce que le BMX Freestyle m’a apporté. »

Le déclic s’est vraiment produit lors de la journée olympique en juin 2017, où les freestyleurs français s’étaient donnés rendez-vous pour des démonstrations entre le Petit Palais et le Grand Palais à Paris. Un des membres de l’équipe de France lui a alors proposé son vélo pour essayer.

« Là, je vois que j’ai vraiment des sensations. Je sens vraiment que la flamme repart », explique-t-elle.

Elle s’est alors lancée dans cette nouvelle discipline à l’été 2017.

De là, tout s’est enchaîné très vite pour la nouvelle freestyleuse. Elle a intégré l’équipe de France et dès novembre 2017, à peine quelques mois après ses débuts, puis elle s’est rendue aux Championnats du monde de cyclisme urbain à Chengdu, en Chine, les premiers organisés par l’Union du Cycliste Internationale (UCI). Blessée à l’épaule une semaine plus tôt, elle n’a pas pu s’exprimer pleinement, mais cette aventure est restée un très bon souvenir pour elle et l’a poussée à s’investir davantage dans cette nouvelle discipline.

C’est ainsi qu’en 2019, après plusieurs sélections en équipe de France lors de rencontres internationales, elle a décidé de s’installer au pôle France de BMX Freestyle à Montpellier pour reprendre sa dynamique d’olympiade, qu’elle avait quittée après Rio.

Magalie Pottier en stage de BMX Freestyle park à Montpellier.
Magalie Pottier en stage de BMX Freestyle park à Montpellier.
Photo de Patrick Pichon FFC

Une discipline plus créative

En tant que sportif de haut niveau ayant déjà brillé dans son sport, il n’est pas forcément évident de changer de discipline et de repartir de zéro.

Même si à première vue, le BMX Race et Freestyle ont des points communs, comme l’utilisation de vélos de 20 pouces, ce sont des sports fondamentalement très différents.

« Le Freestyle est un sport de jugement. En Race, on est huit sur la grille de départ et celui qui passe la ligne d’arrivée en premier a gagné alors qu’en freestyle, on se fait juger. Donc il faut savoir accepter cette part de litige qu’il peut y avoir par rapport au jugement. »

L’autre grosse différence entre la Race et le Freestyle se trouve dans le temps passé en l’air. Là où les raceurs cherchent à perdre le moins de temps possible en l’air et à « raser les bosses », les freestyleurs cherchent la hauteur et tentent de passer le plus de temps possible dans les airs pour réaliser leurs figures.

Mais ce qui plait particulièrement à Magalie Pottier dans cette nouvelle discipline, c’est la liberté de composer son run, durant lequel elle a la possibilité d’utiliser tout le parc pour réaliser ses figures préférées. De la créativité, du rythme et de l’adrénaline, une combinaison riche que découvre la cycliste jour après jour.

Le passé de Magalie Pottier en Race l’a beaucoup aidé à se démarquer dans les parcs de freestyle.

« J’arrive à transférer des habiletés du BMX Race. L’avantage, c’est que j’ai mon propre style dans le park. Je me suis rendue compte que mon point fort, c’était les "wall" : rouler avec le vélo contre un mur. Ça, je le tiens du BMX Race, car on s'incline beaucoup pendant les virages. »

Dans le paysage du Freestyle féminin mondial actuel, ces fameux "wall" sont considérés comme des figures de très haut niveau. Un atout majeur qui l'a notamment aidée à remporter son premier titre de championne de France de BMX freestyle park en 2019.

Aujourd'hui, l'objectif de la rideuse est de se qualifier pour Tokyo 2020. Mais à cause de la pandémie de COVID-19, beaucoup de compétitions ont été annulées, à l’image de l'épreuve test de Tokyo 2020, qui devait se dérouler les 24 et 25 avril dans la capitale japonaise. Pour se qualifier pour ses deuxièmes JO, la finaliste de Londres 2012 devra donc attendre les Championnats du monde à Montpellier, du 4 au 8 juin, si le caractère qualificatif de la compétition est validé.

« L’objectif de base, c’était d’apprendre à faire du freestyle. Maintenant, vivre une nouvelle aventure olympique dans une autre discipline représente une super motivation. »

Trois ans après avoir fait ses premiers pas en Freestyle, une participation olympique serait inouïe. À l'image de sa décision de changer de discipline après une carrière à succès.