Léa Labrousse, au-delà de ses peurs pour aller toujours plus haut

Léa Labrousse aux Championnats de France à Colomiers en 2021
Léa Labrousse aux Championnats de France à Colomiers en 2021

Adepte d’un enchaînement rarement vu sur une toile de trampoline, la Française Léa Labrousse décompose pour Tokyo 2020 les fameuses « triples rotations » et évoque ses appréhensions à l’approche de ses premiers Jeux Olympiques.

Le vendredi 30 juillet au Centre de gymnastique d’Ariake, la Française Léa Labrousse risque de faire tourner les têtes.

Tout du moins, elle risque fort de vous donner le tournis. En même temps, dans son sport, le trampoline, l’objectif est de prendre son envol à l’impulsion de ses jambes puis de tourner, tournoyer, vriller, virevolter et encore pirouetter. Plus ça tourne, mieux c’est.

Mais comment ça marche exactement ? Pour connaître le fonctionnement exact, rendez-vous ici, mais en résumé, les athlètes exécutent trois enchaînements, chacun comprenant dix figures ou touches, jugés selon les critères de jugement suivants : l'exécution, la difficulté et le temps de vol. La trampoliniste de 24 ans, elle, raffole des touches techniquement difficiles.

« Je suis la seule à l’avoir fait en compétition »

« J’aime bien les triples rotations, les triffis carpés, je tourne vite, j’aime bien », souriait la trampoliniste de 24 ans dans un entretien exclusif avec Tokyo 2020 fin juin 2021. C’est d’ailleurs en présentant ces triples rotations dans son programme libre lors des demi-finales des Championnats du monde en décembre 2019, à Tokyo dans ce même Centre d’Ariake, que l'athlète d'1,55 m – une taille qui est un atout selon elle – s’est adjugée le quota de la France pour les JO de Tokyo.

Alors, les triples rotations, qu’est-ce que c’est exactement ? Pour Tokyo 2020, Léa a bien voulu décortiquer cet enchaînement vertigineux de trois figures, à commencer par le tout premier : « Ma première touche, c’est triple avant demi-tour qui s’appelle triffis carpé », explique-t-elle. C’est-à-dire qu’après avoir pris de la hauteur, elle réalise trois saltos avant carpés. Le premier triple est fait.

« Après, j’enchaîne avec une touche en arrière, un demi-tour triple avant demi-tour », poursuit-elle. Il s’agit donc d’un salto arrière puis une vrille pour se remettre dans le sens avant pour ensuite réaliser les trois saltos, les genoux regroupés. Sans retoucher la toile évidemment. Voilà le deuxième triple.

« Et j'enchaîne de nouveau sur un triple avant demi-tour », conclut-elle. C’est bon ! Les trois triples rotations sont effectuées. Donc non seulement cela lui permet d’apporter de la difficulté à son enchaînement, mais aussi de prendre de l’avance sur ses concurrentes. « On est quelques-unes à savoir le faire, mais sur le circuit, je suis la seule à l’avoir fait en compétition », explique-t-elle.

Gérer le stress en compétition

Si ces périlleuses triples rotations lui ont permis de se qualifier pour Tokyo, elle n’en a pas eu besoin pour décrocher la médaille d’argent aux Championnats d’Europe de Sotchi, en mai 2021. En revanche, la médaillée d'or des Jeux européens 2019 à Minsk a bien l’intention de le présenter aux Jeux Olympiques. « Je veux faire les trois triples », annonce-t-elle. « Et après, pourquoi pas essayer quatre triples rotations, pour m’amuser. Je rajouterais le half in trif carpé. Mais je ne prendrai pas le risque à Tokyo. Je ferai les trois triples rotations, ce sera déjà très bien. »

Il lui restera donc « plus qu’à » réaliser parfaitement le reste de l’enchaînement pour décrocher une médaille, son objectif avoué aux Jeux. Mais pour ce faire, il faudra composer avec le stress de la compétition, elle qui admet avoir « manqué de concentration et de vigilance » et avoir été « peut-être un peu trop contente » après avoir réussi ces figures en demi-finales des Mondiaux avant de terminer cinquième en finale.

« En fait, j’aimerais réussir ce que je fais à l’entraînement parce que je suis dans les bons scores, mais en compétition, avec le stress, je suis un peu plus basse », regrette la native de Beaumont, dans l’agglomération de Clermont-Ferrand, qui a toutefois plusieurs méthodes pour remédier à cet aspect aléatoire du sport.

Elle peut notamment compter sur le soutien de Marine Jurbert, qui était partie aux Jeux Olympiques de Rio 2016 et qui est sa coéquipière française en trampoline synchronisé, une épreuve non olympique, où les deux comparses excellent. « Avec Marine, on parle souvent de la gestion des compétitions et du stress », explique-t-elle à propos de sa collègue avec laquelle elle a notamment remporté les Championnats d’Europe en 2016 en synchronisé. « Elle dit que les Jeux ne sont pas différents d’un Championnat d’Europe, d’un Championnat du monde. Marine est excellente en compétition, elle fait toujours mieux qu’à l’entraînement. Elle arrive à trouver cette force. J’aimerais avoir cette force de faire un petit mieux qu’à l’entraînement donc c’est là-dessus qu’on essaie de travailler et elle m’explique comment elle fonctionne. »

L'aide de la psychologue de Teddy Riner

Outre Marine, Léa a aussi fait appel à des professionnels aussi bien pour pallier ses problèmes physiques que ses carences mentales. « J’ai été suivie par un sophrologue et là, je suis suivie par Meriem Salmi. » La psychologue a été responsable du suivi psychologique des athlètes à l’INSEP pendant 13 ans et a notamment suivi le judoka Teddy Riner ou encore le pilote automobile Romain Grosjean après son accident spectaculaire de novembre 2020. « Je dois surtout ne pas me freiner, il faut que je lâche les chevaux », estime la pensionnaire du pôle d’Antibes qui a mis en place des séances de détente. « Le vendredi matin, on fait du yoga. »

Parce qu’en plus du stress, il y aussi la peur des blessures à gérer. N’oublions pas que Léa a été victime d’une déchirure partielle des ligaments croisés du genou à seulement 17 ans, lors des Championnats du monde 2014 à Daytona aux États-Unis, a souffert d’entorses et a été gênée par un problème à la hanche avant les Jeux. Forcément, ces blessures sont toujours dans un coin de sa tête.

« Après six mois d’arrêt [en 2014], j’avoue que c’était un peu compliqué. C’est là que j’ai eu mes plus gros moments de doute et que j’ai commencé à avoir des peurs », explique-t-elle avant de relativiser. « J’ai appris et je m’en sers maintenant en disant : "Bon, tu as réussi à revenir, ne te stresse pas, c’est comme ça". »

Si elle parvient à prendre le contrôle de ses émotions et de ses appréhensions, elle risque de frapper très fort à Tokyo où elle aimerait décrocher une médaille et surtout prendre le dessus sur une athlète qu’elle admire, Rosie MacLennan, la Canadienne double championne olympique, à Londres 2012 et à Rio 2016. « Sa carrière est incroyable, elle est toujours présente », soutient Léa, les yeux pétillants et la voix pleine d’admiration. « Même en revenant de blessure, elle est médaillée. Elle m’épate. »

À Tokyo, c’est Léa qui tentera d’épater la porte-drapeau de l’équipe du Canada aux Jeux de Rio 2016. À voir maintenant jusqu’où la « petite » trampoliniste pourra s’envoler.

Décollage vendredi 30 juillet à 13h (heure locale) !