Le nouveau relais mixte en athlétisme, c'est quoi ?

Daho, QATAR - 29 septembre 2019 : Les Américains Wilbert London, Michael Cherry, Courtney Okolo et Allyson Felix remportent le relais 4 x 400 m mixte lors des Championnats du monde d'athlétisme 2019.
Daho, QATAR - 29 septembre 2019 : Les Américains Wilbert London, Michael Cherry, Courtney Okolo et Allyson Felix remportent le relais 4 x 400 m mixte lors des Championnats du monde d'athlétisme 2019.

Le relais mixte en athlétisme fera ses grands débuts lors des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 en 2021, mais savez-vous vraiment en quoi cela consiste ? Focus sur cette nouvelle épreuve qui s'annonce passionnante.

Pour la première fois de l’histoire des Jeux Olympiques, le relais 4 x 400 m mixte sera au programme des épreuves d’athlétisme lors des JO de Tokyo 2020. Ce format a été découvert par le grand public lors des Championnats du monde de Doha 2019, où les 16 équipes constituées de deux hommes et deux femmes s’étaient affrontées sous la chaleur qatarienne.

Lors de cette course, les Américains, Wilbert London, Allyson Felix, Courtney Okoloa et Michael Cherry ont décroché le titre de champion du monde avec un chrono record de 3 min 09 s 34. Mais ce n'est pas une simple démonstration de vitesse, la stratégie est au cœur de cette nouvelle épreuve.

Qu’est-ce que le relais mixte en athlétisme ?

Le relais mixte est une course durant laquelle les équipes composées de deux hommes et deux femmes s’affrontent les unes contre les autres. Un athlète prend le départ, parcourt un tour de piste avant de passer le relais à l’athlète suivant de son équipe, et ainsi de suite jusqu’au dernier relayeur.

Les équipes sont libres dans la définition de l'ordre de passage des athlètes. Cela peut être les deux hommes en premier suivis des deux femmes, ou inversement, ou même une alternance entre les hommes et les femmes.

La stratégie est très importante dans cette course. Sur 400 m, les hommes enregistrent une avance moyenne d'environ 6 secondes sur les femmes. Les différentes tactiques peuvent donc provoquer une course haletante durant laquelle tout peut se jouer dans les derniers mètres.

Les qualifications pour le relais mixte lors des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 se dérouleront au Stade olympique le 30 juillet 2021, et la finale sera programmée le lendemain.

L’histoire du relais 4 x 400 m mixte

Le tout premier relais 4 x 400 m mixte a été disputé lors des Championnats du monde de relais en 2017 à Nassau, aux Bahamas. Mais il faudra attendre les Championnats du monde d’athlétisme de Doha 2019 pour que l’épreuve gagne fortement en popularité.

Au Qatar, les spectateurs ont pu apprécier les différences de stratégies, alors que les équipes tentaient de prendre l’avantage sur les autres. Beaucoup de nations ont fait le choix de placer un homme au départ, suivi des deux femmes pour terminer par le dernier homme, mais cela n’a pas été le cas pour toutes les équipes. La Pologne a notamment choisi de faire partir ses deux hommes en premiers, ce qui leur a permis d’être en tête de la course jusqu'au dernier tour, à la fin duquel Justyna Swiety-Ersetic a été happée par la pression des athlètes masculins rattrapant leur retard. Le relais polonais a finalement terminé à la cinquième place.

Cette année-là, la course a été remportée par l’équipe américaine en un temps record de 3 min 09 s 34, trois secondes plus vite que le précédent record établi par la même nation un jour plus tôt. Ce jour a également marqué l’histoire de l’athlétisme, avec la star du sprint Allyson Felix qui a dépassé Usain Bolt au classement des titres mondiaux, avec 12 médailles d’or remportées durant sa carrière.

On doit faire une stratégie par rapport à la qualité des athlètes dont on a à disposition. 

Il faut essayer d’imaginer comment les autres vont se positionner, et pouvoir trouver la solution par rapport aux autres équipes.

Ce que pense les athlètes du relais 4 x 400 m mixte

Tokyo 2020 a demandé aux trois frères Borlée (Jonathan, Kévin et Dylan), spécialistes du relais 4 x 400 m, ce qu'ils pensaient de cette nouvelle épreuve mixte qu'ils disputeront sous les couleurs de la Belgique, cet été dans la capitale japonaise.

Pour Kévin Borlée, quatrième des finales du relais 4 x 400 m des JO de Beijing 2008 et Rio 2016, ce relais ouvre la porte aux nations qui n’auraient pas suffisamment d’athlètes pour composer un relais traditionnel : « Ça donne des perspectives à certains pays », explique-t-il dans une interview exclusive. « Avec le relais mixte, on n’a besoin que de deux coureurs et deux coureuses pour faire une équipe qui peut aller aux Jeux Olympiques. Alors que pour une équipe masculine ou féminine, il faut quatre à six athlètes. »

Leur père et entraîneur Jacques Borlée pense que cette nouvelle épreuve permet d’adopter de nouvelles stratégies variées qui peuvent créer la surprise au dernier moment : « On doit faire une stratégie par rapport à la qualité des athlètes dont on a à disposition », explique le quart-de-finaliste des Jeux de Moscou 1980 sur 400 m. « Il faut essayer d’imaginer comment les autres vont se positionner, et pouvoir trouver la solution par rapport aux autres équipes. C’est toujours un choix compliqué, qui demande beaucoup de réflexion. »

Dylan Borlée, le plus jeune de la fratrie, est lui aussi enthousiaste à propos des stratégies possibles pour ce format de course et notamment par rapport aux choix de la Pologne lors des ces Mondiaux à Doha en 2019, où ils s’étaient éloignés du classique "homme, femme, femme, homme". « La Pologne, c’était sensationnel. Lors du deuxième relais, Rafał Omelko fuse à côté d’Allyson Felix… Je me souviens de cette image, c’était très spécial. »

Mais pour son frère Jonathan, peu importe à quel point la Pologne a pu être héroïque ce jour-là, il est difficile de savoir si la stratégie est payante ou non. « Le problème, c’est que les équipes qui choisissent la stratégie de deux hommes en premier vont être devant, seules. Mais ce qui parfois intéressant en 4 x 400 m, c’est de se mettre derrière des coureurs et profiter de l’aspiration. Si les Polonais avaient fait ça, ils auraient pu avoir ces petits centièmes pour avoir le podium. Mais bon, c’est facile à dire après ! »

Le père a conclu la discussion avec une nuance, qui apporte encore plus de piment à cette nouvelle épreuve : « C’est plus complexe, car s’il y a trop de wagons dans le train, les passages de témoins sont encore plus compliqués. Ce relais 4 x 400 m est d'une très grande complexité. »

Les équipes à surveiller

L’une des choses les plus intéressantes quand une nouvelle discipline fait ses débuts, c’est l’inconnu. Et particulièrement lorsqu’il faut faire des prédictions pour la victoire.

À Doha, l’équipe américaine, toujours performante sur 400 m, est rentrée avec la médaille d’or. En deuxième position, la Jamaïque de Nathon Allen, Janieve Russell, Roneisha McGregor et Javon Francis a terminé son relais en battant le record national en 3 min 12 s 73. Juste 0,01 s derrière eux, le Bahreïn s’est emparé de la médaille de bronze en instaurant un nouveau record d’Asie en 3 min 12 s 74, juste devant la Grande Bretagne en 3 min 12 s 80.

Alors que les courses de 400 mètres sont connues pour être des efforts exigeants, la question de savoir si les équipes seront composées des athlètes qui courent déjà cette distance en individuel se pose. À Doha, les Américains ont composé leur équipe de finale avec des athlètes différents des qualifications de la veille et certains athlètes, comme la championne olympique de 400 m Shaunae Miller-Uibo, n'a même pas participé à ces courses. Tout cela rend l’événement très imprévisible et le rendra encore plus fascinant à regarder dès le 30 juillet 2021.