5 choses à savoir sur la judokate Clarisse Agbégnénou

Rio de Janeiro, BRÉSIL - 8 août 2016 : La médaillée d’argent Clarisse Agbégnénou sur le podium des Jeux de Rio 2016.
Rio de Janeiro, BRÉSIL - 8 août 2016 : La médaillée d’argent Clarisse Agbégnénou sur le podium des Jeux de Rio 2016.

Vice-championne olympique à Rio 2016, Clarisse Agbégnénou vient d'être sacrée championne du monde pour la cinquième fois, en Hongrie, et ne vise rien d’autre que l’or aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Nous vous présentons la judokate de 28 ans qui n’en peut plus d’attendre cet été.

Née à Rennes en 1992, Clarisse Agbégnénou a commencé le judo à 9 ans. Aujourd'hui, elle compte cinq titres de championne du monde des - 63 kg, cinq titres de championne d'Europe et elle a décroché la médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Rio 2016. Le sacre mondial obtenu ce mercredi 9 juin, en Hongrie, lui permet de dépasser David Douillet pour devenir la deuxième judoka la plus titrée en France, hommes et femmes confondus, derrière Teddy Riner.

Ne lui manque donc plus que la médaille d’or olympique qu’elle convoite tant.

Mais à quel point connaissez-vous la judokate qui est aussi adjudante dans la Gendarmerie nationale ? Découvrez en cinq points le portrait de la sportive de 28 ans, candidate pour être porte-drapeau de la France à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

1. Une première bataille à la naissance

La vie de Clarisse Agbégnénou n’a pas commencé de la façon la plus facile. Née prématurée avec son frère jumeau Aurélien, elle ne respire pas. « J’étais morte », explique sans détour la championne de judo dans un entretien avec Olympic Channel. Après avoir été réanimée, elle doit se faire opérer en raison d’une déficience rénale et reste dans le coma pendant un mois, une période pendant laquelle les médecins suggèrent à ses parents, Pauline et Victor, de la « débrancher », ce qu’ils refusent de faire.

« Un beau jour, je me suis réveillée », se réjouit-elle.

« Rien de pire ne pourra plus lui arriver », analyse même son papa dans Libération. En 2019, Clarisse a retrouvé les femmes qui se sont occupées d’elle lors des premières heures et semaines de sa vie, à l’hôpital Sud de Rennes, pour « connaître le début de l’histoire », dit-elle à Ouest-France à l’époque. « Je pense que ma rage sur les tatamis vient de là, en fait. De cette rage qui a dû m’animer dans ces moments-là, de la bagarre que j’ai dû livrer à ma naissance pour vivre. »

Elle n’oublie évidemment pas de remercier ces soignantes qui l’ont épaulée dans cette bagarre. « Si vous n’aviez pas été là, jours et nuits, si vous ne m’aviez pas entouré de vos bras maternels tout le temps où ma mère n’a pas pu me prendre dans les siens, je ne serais pas la femme que je suis devenue », conclut-elle.

Rencontre avec Clarisse Agbégnénou, une vraie battante née
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La triple championne du monde de judo raconte comment elle s'est battue pour sa vie lorsqu'elle était dans le coma après être née prématurément. Découvrez comment ces qualités de battante continuent de la pousser dans sa préparation des Jeux Olympiques, dont elle a terminé avec la médaille d'argent pour la France à Rio 2016.

2. Une seule médaille lui manque et tout est dépeuplé pour Agbégnénou

Celle qui est surnommée Gnougnou est tout simplement la judokate française la plus titrée de l’histoire des Championnats du monde. C’est en 2014, alors qu’elle n’a que 21 ans, qu’elle remporte son premier titre de championne du monde, à Tcheliabinsk en Russie. Elle bat l'Israélienne Yarden Gerbi qui l’avait empêchée de décrocher son premier titre mondial un an plus tôt alors qu’elle était déjà championne d’Europe.

La suite ? Trois nouveaux titres en Championnats d’Europe, un aux Jeux Européens et quatre mondiaux. Mais la Rennaise est loin d’être rassasiée. À vrai dire, elle panse une plaie encore béante : sa deuxième place aux Jeux Olympiques de Rio 2016 après une finale perdue contre la Slovène Tina Trstenjak. « J’étais venue pour l’or, je finis avec l’argent », regrettait la judokate de 1,64 m dans une interview avec Le Parisien en août 2019. « C’est un peu comme si on m’avait retiré la tablette de chocolat qu’on m’avait tendue, avant même que je puisse croquer dedans. Vous imaginez le truc ? »

Tellement écœurée de ne pas avoir été sacrée aux JO, Agbégnénou a désormais fait de l’or olympique sa mission première. Et pour se préparer à recevoir le Graal, elle ne perd quasiment plus. Elle est restée invaincue pendant pratiquement deux ans avec 50 victoires d’affilée, notamment face à cette même Slovène en finale des Championnats du monde 2017 et en finale des Championnats d’Europe 2018.

« Il est clair et net qu’elle ne vient pas pour l’argent ou le bronze », déclarait l’ancien judoka Larbi Benboudaoud, lui-même médaillé d’argent olympique en 2000 et champion du monde 1999 et aujourd’hui responsable de l’équipe de France féminine. « Je n’ai pas besoin de lui transmettre la culture de la gagne, elle l’a. »

L’intéressée elle-même ne cache pas ses ambitions : « Être championne olympique, il n’y a pas d’autre chose », voilà ce qu’elle répond dans une vidéo pour le service d’information de la Gendarmerie, en octobre dernier, quand on lui demande quelle est son ambition dans la vie. Au moins, ça a le don d’être clair.

Rio Replay : Finale dames de judo 63 kg
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La Slovène Tina Trstenjak bat Clarisse Agbegnenou par ippon et remporte la médaille d'or de judo en 63 kg chez les femmes.

3. L’endurance d’une femme pressée

Le vendredi 20 novembre 2020, à Prague, Clarisse Agbégnénou n’a pas de temps à perdre. Comme tout le monde, elle sort d’une année 2020 difficile, mais comme peu de monde, elle a un cinquième titre de championne d’Europe à arracher. Et ça n’attend pas. Avant la finale, elle a disposé de ses quatre adversaires précédentes sur ippon après moins de 1 min 30 de combat, sauf la Néerlandaise Juul Franssen en demi-finale qui l’a poussée au golden score (la prolongation après quatre minutes de combat).

Mais cette fois, elle expédie carrément la finale. Elle ne met que 23 secondes pour renverser l’Autrichienne Magdalena Krssakova et décrocher le titre européen. Pourtant, on sait qu’elle a aussi de l’endurance.

En effet, en juillet 2019, elle a la possibilité de remporter son quatrième titre mondial, son troisième de suite. Face à Miku Tashiro, une adversaire qu’elle a pourtant déjà battue à plusieurs reprises, notamment en finale des Mondiaux 2018, il lui faut batailler durant 11 minutes et 11 secondes, soit plus de 7 minutes dans le golden score, pour finalement prendre le dessus sur la Japonaise.

« C’était long, mais là, je pense que c’était le plus beau titre de ma carrière », avoue-t-elle sur France 3. D’ailleurs, il s’est joué dans un certain Nippon Budokan, où aura lieu le judo aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Un présage ?

4. Une femme engagée

Clarisse Agbégnénou croque la vie à pleines dents et profite de son aura de championne pour défendre des causes diverses, mais aussi pour briser les tabous, sur son compte Instagram et ailleurs.

Ainsi, elle est marraine de l’association SOS Préma qui vient en aide aux familles en cas de naissance prématurée de leur enfant, comme ce fut son cas, afin qu’elles puissent gérer la séparation avec leur nouveau-né et ses soins, entre autres.

Elle lutte aussi pour l’égalité hommes-femmes dans le sport et pour la médiatisation du sport pratiqué par les femmes. « Toutes les femmes sont de grandes femmes », écrit-elle dans sa lettre des 1 000 Possibles à l’occasion de la Journée internationale des femmes 2021.

Et les tabous dans le sport féminin, justement, elle les balaye rapidement. Oui, les femmes ont leurs règles menstruelles et oui, forcément, les sportives aussi. Du coup, elle a créé sa propre culotte pour les règles, made in France. « Moi qui ai fait du judo en kimono blanc, c’est compliqué », explique-t-elle à France Info. « Toutes les femmes en ont besoin et dans le sport, on a beaucoup de difficultés. » Pourquoi se gêner ?

5. Une entrée dans le dictionnaire !

« AGBEGNENOU (Clarisse), Rennes 1992, judokate française. Elle détient le plus beau palmarès du judo féminin français, avec quatre titres mondiaux en poids mi-moyens (2014, 2017 ~ 2019). »

Oui ! Le Petit Larousse Illustré, l’une des références de la langue française, a intégré Clarisse Agbégnénou dans son édition 2022 ! Évidemment, à la vitesse où elle fait tomber les records, sa définition est forcément déjà obsolète.

Pour avoir cet honneur, des critères bien définis sont en place : « La notoriété de la personne et de son œuvre en France et dans le bassin francophone ; la permanence de cette notoriété ; sa légitimité et sa reconnaissance auprès du public, de la critique et de ses pairs ; l’universalité de l’œuvre ; l’accessibilité du contenu de cette œuvre et sa disponibilité ; et la cohérence avec les valeurs du Petit Larousse, celles de l’excellence, à la promotion de la culture française. »

Pour résumer, tout Agbégnénou !