Androdias/Boucheron : « Notre frustration, on en a fait un carburant »

Matthieu Androdias et Hugo Boucheron, sacrés mercredi à Tokyo champions olympiques, estiment que leur « parcours accidenté » leur a permis de se « dépasser » pour atteindre la consécration.

Photo de Photo de Naomi Baker/Getty Images

La course a été très accrochée, comment l'avez-vous vécue ?

Matthieu Androdias : « Il y a eu de la pression tout du long, avec notamment un beau coude-à-coude avec les Hollandais. J'ai fait une "fausse pelle" dans les premiers 500 m, ça nous a remis dans la meute. Il a fallu se remobiliser pour ne pas perdre le rythme. Sur la fin, c'était un coup d'adrénaline énorme. Je les vois du coin de l'œil (les Néerlandais). Tout s'est joué au physique. Si on avait ramé 'beau', on aurait été derrière, il a fallu abandonner ce qu'on aime faire pour s'engager fort. (...) On a envoyé tout ce qui restait et, sur la ligne, je ne réalise pas du tout sur le coup (qu'on a gagné) ».

Hugo Boucheron : « J'étais en mode chien de chasse. Je fais une faute dans les 500 derniers mètres, et là je me dis 'c'est pas possible d'être aussi bête'. Pendant la course, en fait, j'étais un peu ailleurs. (...) J'avais une partie du cerveau en panique, l'autre était agressive et sereine, c'était une partie de ping pong dans ma tête. Et quand on gagne, je ne sais pas trop ce qui se passe ».

À LIRE AUSSI - Deux de couple hommes : Hugo Boucheron et Matthieu Androdias en or !

On vous a senti très émus sur le podium. Qu'est-ce qu'il s'est passé dans votre tête à ce moment-là ?

Matthieu Androdias : « J'ai craqué en me rendant compte de tout le chemin parcouru. Je pense à toutes les 'baffes' qu'on a prises. Mais c'était un chemin par lequel on devait passer. On ne serait pas allé aussi loin sans toutes ces claques. (...) Notre parcours a été accidenté aussi bien individuellement qu'ensemble. Il y a eu beaucoup d'incompréhensions, de remises en question. A certains moments, on a failli raccrocher les pelles. A chaque défaite, on a 'déconstruit' pour se reconstruire plus fort. On s'est entouré pour casser le plafond, on savait qu'on pouvait le faire. Notre frustration, on en a fait un carburant ».

Hugo Boucheron : « Sur le podium, il y a eu pas mal d'émotions. J'ai pensé à mon père (...) et puis à notre parcours. On a eu deux ans de creux, pendant lesquels on s'est entraîné très dur, très fort. (...) Gagner une course, ça peut sembler facile à l'écran, mais pour nous ça a été un long chemin d'angoisse et de difficultés ».

Vous ramez ensemble depuis six ans, c'est votre expérience qui a fait la différence. Racontez-nous comment vous avez construit tout ça...

Matthieu Androdias : « On a énormément travaillé sur l'humain, c'est une médaille entre potes qu'on est allé chercher avec le lien qu'on a construit. Pourtant, moi à la base, ce qui m'intéressait, c'était d'être tout seul. Quand on m'a présenté Hugo, au début je m'en foutais. On m'a un peu forcé (...) Ça n'a pas été que du bonheur. Il a fallu construire une complémentarité là où moi je ne voyais que des différences ».

Hugo Boucheron : « On est aussi différent que nos cheveux (rires). Dans nos réactions, dans notre façon de raisonner. Mais à la fin, on finit toujours par se rejoindre et avoir les mêmes idées ».

Matthieu Androdias : « Je pensais que, pour réussir, il fallait qu'on soit identiques. (...) Mais un jour, j'ai pris conscience qu'il fallait que je lui fasse de la place, et à partir de là, tout s'est enclenché. Aujourd'hui, notre différence c'est notre force ».

@AFP 2021

VIVEZ OLYMPIQUE. À 100 %.

Événements sportifs en direct gratuitement. Accès illimité aux séries. Les actualités et les temps forts olympiques en exclusivité