Samir Aït Saïd : « Je ne suis pas un héros »

Cinq ans après sa terrible blessure à Rio 2016, le gymnaste français va participer à la finale des anneaux le lundi 2 août. Il partage un message de détermination sans égal.

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(Photo de Laurence Griffiths/Getty Images)

« Tout le monde aurait pu faire pareil. »

Pour Samir Aït Saïd, le parcours du combattant dont il a été le personnage principal, à la suite de sa terrible blessure subie lors des qualifications en saut de cheval des Jeux de Rio 2016, n’en n’est rien. Il attribue d’ailleurs le mérite de son retour au plus haut niveau au corps médical.

« Sans les kinés, les médecins et les chirurgiens, je ne serais pas là. Il n’y a rien de magique dans ce que j’ai fait. Moi, je me suis cassé une patte, je me suis fait opérer et j’ai fait ma rééducation. Il n’y a rien d’extraordinaire. Je ne suis pas un héros, ni une machine », a-t-il déclaré lors d’une interview exclusive avec Tokyo 2020 en avril 2021.

En ce jour d’août 2016 dans l’Arène olympique de Rio, le gymnaste français essuie une mauvaise réception en saut de cheval et le monde entier assiste à sa double fracture du tibia-péroné.

Quatre ans plus tard, l’athlète de 31 ans est de nouveau sur pied, et plus encore. Il est qualifié pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, en 2021, en anneaux, son agrès favori. Un exploit qui pourrait bien être les prémices d’une histoire en or.

« Sans travail, ça ne marche pas »

Car il n’a qu’une seule idée en tête : « Je veux être champion olympique. »

Rien n’a changé dans sa volonté de médaille d’or, et il l’affiche d’ailleurs au niveau de la porte d’entrée de son domicile, à Antibes dans le sud de la France. « De l’or et rien d’autre », est-il inscrit.

« À chaque fois que je passe cette porte, je sais pourquoi je me lève le matin et je vais bosser. »

C’est plutôt clair. Et de la motivation, il en a besoin. Car lorsque Tokyo 2020 a discuté avec Aït Saïd, quelques semaines avant que son premier enfant naisse au début du mois d’avril, il vivait les moments les plus intenses de sa préparation olympique. Des moments où le corps est à bout avec comme seul besoin, du repos. Mais pas pour le jeune papa, qui sait où il veut aller.

« C’est très dur, c’est fatigant, il y a des cernes sur le visage, des boutons qui apparaissent en raison de la fatigue extrême. Mais on ne peut pas se dire "je veux être champion olympique" et ne rien faire. Même avec du talent, sans travail, ça ne marche pas. »

Le combat de Samir Aït Saïd se joue aussi sur les rings

C’est d’ailleurs ce qu’il veut démontrer. De son expérience qui aurait pu stopper la carrière de nombreux athlètes, Aït Saïd n’en tire que du positif et au final, cette blessure a simplement renforcé son désir de succès olympique.

« Je veux véhiculer l’idée que ce n’est pas parce qu’une complication se cale sur notre chemin qu’il faut tout abandonner », affirme Aït Saïd, qui n’a pas pu participer aux Championnats d’Europe de Bâle en raison d’une douleur au biceps. « On a tous vécu des coups du sort, mais quand on est focalisé sur un objectif, il ne faut rien lâcher. La vie, c’est des montagnes russes. Il y a des hauts, des bas, mais le plus important est de ne pas s’écarter du chemin. Il faut toujours garder le cap et aller de l’avant pour aller chercher ce que l’on veut. Il faut se battre. »

Pour un gymnaste, l’expression peut être interprétée comme une métaphore. Elle l’est, évidemment. Mais pas uniquement. Car dans sa préparation, les sports de combats ont une place à part entière. Le jiu-jitsu brésilien et la boxe font partie des passions d’Aït Saïd, et il joint l’utile à l’agréable.

« Je fais de la boxe environ trois à quatre fois par semaine. J’adore les sports de combats, et on a inclus ça dans ma préparation, car ça m’apporte énormément. Tant sur l’aspect cardio que sur l’aspect mental. Car on prend des coups et on continue le combat. Il ne faut rien lâcher. »

Ça m’a mis une pression de fou ! Mais j’adore ça.

Sortir le champion olympique en titre

Et il n’a rien lâché. Pour aller chercher l’or olympique, il fallait d’abord remporter le droit de disputer les Jeux de Tokyo 2020. Car s’il estime avoir « la chance de pouvoir se battre pour l’équipe de France », cette chance ne lui a pas été donnée. Il est allé la chercher, dans l’une des situations les plus complexes qu’un athlète peut affronter.

Lors des Championnats du monde de gymnastique artistique de Stuttgart 2019, seules les trois premières places du classement final aux anneaux délivraient une qualification pour les Jeux. Samir Aït Saïd était le dernier à passer, et la troisième place était alors occupée par… le champion olympique et triple champion du monde de la discipline, Eleftherios Petrounias. 

Une montagne à gravir, d’autant plus que le Français n’avait jamais touché le podium d’un Championnat du monde. Frôlé, oui. 

Les deux derniers mondiaux disputés aux anneaux s’étaient conclus par une quatrième place.

Une pression maximale, donc, au moment de s’élancer pour jouer son avenir olympique.

« Il fallait absolument que je rentre de Stuttgart avec une médaille. J’étais le dernier à passer et dans ma tête, je me suis dit que si je voulais faire les Jeux, il fallait que je sorte le champion olympique en titre… Ça m’a mis une pression de fou ! Mais j’adore ça. »

« Si on se donne les moyens, c’est le plus important »

Après un enchaînement sans faute, Aït Saïd réceptionne son double salto vrillé de sortie avec le sourire. S’il ne sait pas encore qu’il est passé devant Petrounias, il sait qu’il a fait le maximum et rempli le contrat.

Pour Aït Saïd, c’est le principal : tout faire pour y arriver. Le résultat bonifie l’expérience, mais le chemin est tout aussi appréciable.

« On ne peut pas tous être champion », avance-t-il. « Mais si on s’en donne les moyens, c’est le plus important. Après, la compétition reste la compétition. On a beau se préparer le plus dur possible, et parfois ça ne passe pas. C’est un peu ce qui m’est arrivé aux Jeux de Rio. Mais parfois, ça passe ! »

C’est effectivement passé et il est aujourd'hui à Tokyo avec ses partenaires Loris Frasca (concours général individuel), Cyril Tommasone (cheval d’arçons), ainsi que l’équipe de gymnastique artistique féminine dont Mélanie De Jesus Dos Santos (concours général, poutre, sol) et Aline Friess (concours général), tous ayant obtenus leur qualification.

Mais pour Aït Saïd, le chemin aura été un peu plus compliqué. Et si les « montagnes russes » qu’il évoque se concluent par une médaille à Tokyo 2020, il sera difficile d’affirmer qu’il n’a rien d’un héros. Car au-delà d’inspirer les autres de par sa détermination, son état d’esprit de guerrier et sa volonté de gagner, il aura fait briller son pays sur la plus grande scène sportive du monde.

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