Renaud Lavillenie, une gestion de la pression déterminante

Qualifié pour la finale des Jeux de Tokyo 2020, le champion olympique de Londres 2012 partageait son regard sur le monde de la perche, sur Duplantis ainsi que ses points forts et ses passions.

Photo de 2018 Getty Images / Matthias Hangst

La hauteur ne se définit pas uniquement en mètres. C’est un état d’esprit. Pour Renaud Lavillenie, champion olympique de saut à la perche à Londres 2012, médaillé d’argent à Rio 2016 et qualifié pour la finale du mardi 3 août à Tokyo 2020, c’est quelque chose d’inné et qu’il a toujours su cultiver. Dans son sport, sa vie et ses passions.

En 2012, il devenait le troisième champion olympique français en saut à la perche, succédant ainsi à Pierre Quinon en 1984 et Jean Galfione en 1996. En 2014, il battait un record du monde qui paraissait intouchable. Celui de la légende ukrainienne Sergueï Bubka, médaillé d’or aux JO de Séoul 1988, qui avait fixé la meilleure performance de l’histoire en 1994 à 6,14 m. Renaud Lavillenie y avait ajouté 2 cm. Il a ainsi montré que c’était possible.

Son record a tenu 6 ans, avant qu’un jeune perchiste suédois du nom d’Armand Duplantis, 20 ans, ne vienne changer la donne au début de l’année 2020 avec deux records coup sur coup. D’abord à 6,17 m, puis à 6,18 m. Un véritable exploit qui n’a pas étonné Renaud. « Mondo » Duplantis est un ami qu’il connaît depuis 2013, et il savait que son record n'allait plus tenir longtemps. Et lorsque c'est arrivé, le champion français a su prendre de la hauteur sur la situation.

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Pas d’amertume, mais de la fierté

« Lorsque j’ai vu les progrès de Mondo en 2018, je savais que ce n’était plus qu’une question de quelques années pour le record du monde » confiait-il à Tokyo 2020 en avril 2020. Cette année, Duplantis passait la barre des 5,80 m pour la première fois avant de devenir champion d’Europe à 18 ans. C’est aussi l’année où la relation entre les deux athlètes a évolué en une sincère amitié.

« Je connais Mondo depuis 2013. Il avait 13 ans et ne sautait encore que 3,80 m. On a toute de suite eu un bon feeling puis on est resté en contact. Je lui ai envoyé un message lorsqu’il a franchi 5,80 m et à partir de ce moment, notre relation s’est intensifiée. Il est ensuite venu chez moi à Clermont-Ferrand pour s’entraîner quelques jours. »

« Cela va au-delà de la simple relation de perchiste, une véritable amitié est née. On échange au quotidien. »

Lorsqu’il a battu son record du monde, Renaud n’a pas ressenti d’amertume.

« Une semaine avant, il m’avait déjà alerté avec sa première tentative début février lors du PSD Bank Meeting à Düsseldorf. Donc au final, je n’étais pas surpris. Je ne peux pas dire que j’ai sauté au plafond d’avoir perdu le record, ce ne serait pas humain. Mais j’étais content pour lui. Je mesure la dimension de sa performance. J’étais fier de lui. »

Il garde cependant un regard de spécialiste qui lui permet de dire que dans un futur proche, ces records sont amenés à évoluer. « Son deuxième record était plus impressionnant techniquement. Son geste était plus fluide, moins heurté. Son saut était plus harmonieux dans l’exécution. Cela montre qu’il peut aller encore plus haut. »

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Photo de 2012 Getty Images / Michael Steele

Si Mondo va plus haut, tout le monde va plus haut

Renaud Lavillenie sait également que si Mondo va plus haut, tout le monde ira plus haut. Un athlète ayant le vent en poupe donne des ailes à tous ses concurrents et bénéficie à toute la discipline.

« Dès qu’un athlète est au-dessus, tous les autres s’engouffrent dans la brèche pour essayer d’aller encore plus haut. Avant c’était moi, aujourd’hui c’est Mondo. C’est très positif car au final, on est tous gagnants dans l’histoire.

Un exemple frappant s’est déroulé en février 2020, lors de la compétition All Star Perche by Quartus à Clermont-Ferrand, dont Renaud est l’organisateur. Cet événement, créé en 2016, est devenu l’un des grands rendez-vous de la perche mondiale. Cette année-là, Duplantis et Lavillenie étaient présents, aux côtés du double champion du monde Sam Kendricks, qui sera absent à Tokyo car il a été testé positif au COVID-19. Avant la compétition, l’athlète français avait un objectif : « Ne pas prendre 30 cm par Mondo. Cela peut paraître énorme mais avec sa forme du moment, on s’attendait à un record du monde ».

Au final, l’élan de son jeune ami lui a permis d’aller puiser dans un réservoir qu'il ne pensait pas accessible. Duplantis a remporté le concours avec 6,01 m, Lavillenie a terminé second avec 5,94 m et Kendricks complétait le podium avec 5,87 m :

« Pour moi, c’était déjà pas mal si j’arrivais à faire 5,80 m » raconte l’athlète français. « Au final, on n’a que 7 cm d’écart. La présence de Mondo nous booste et nous amène à repousser nos limites pour faire des performances inenvisageables. »

« Je suis très compétitif sur le côté tactique »

Lors des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, il serait donc naturel de s’attendre à une finale explosive avec des hauteurs exceptionnelles. Mais Renaud sait que lors d’un championnat, où les conditions sont complètement différentes qu’en meeting, les facteurs de performances sont différents.

« Tout le monde s’attend à ça, mais les choses sont différentes. Si l’on revient 6 mois en arrière, lors des Championnats du monde d’athlétisme à Doha, nous avions trois athlètes, Mondo, Piotr [Lisek] et Sam [Kendricks] qui avaient déjà franchi les 6 m pendant la saison et on pensait qu’il faudrait faire 6 m pour être sur le podium. Au final, il y a deux athlètes à 5,97 m [Kendricks et Duplantis] et le troisième à 5,87 m [Piotr Lisek]. C’est un championnat, la pression et la gestion de la compétition est différente. »

« À Tokyo, il y a peu de chances que l’on puisse gagner la médaille d’or avec une performance à moins de 5,90 m. Comme lors de beaucoup de compétitions. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faudra faire 6 m pour être sur le podium. On n’a aucune certitude. C’est celui qui pourra faire le concours parfait, en mettant la pression aux autres en passant au premier essai, qui prendra un avantage. Mais si tout le monde est en forme, voir plusieurs perchistes tenter 6 m est largement envisageable. »

La gestion d’une compétition est justement l’aspect dans lequel Lavillenie peut exceller. Lors des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, il vise le podium et ne compte pas uniquement sur la hauteur de ses barres pour décrocher une troisième médaille olympique :

« En performance pure, ce ne sera pas aussi haut que ce que j’ai pu faire par le passé. Là où je peux être très compétitif, c’est sur le côté tactique. Faire le bon saut au bon moment. Ce qui convient parfaitement aux Championnats. Dans ces compétitions, l’état d’esprit, la pression et les objectifs ne sont pas les mêmes. On est sous tension. Et je compte bien être encore présent sur des concours à rebondissements. »

Il l'a d'ailleurs prouvé lors des qualifications, le 31 juillet dans le Stade olympique de Tokyo. Avec un saut à 5,75 m, il est parvenu à accéder à la finale quand son frère Valentin et Ethan Cormont, le troisième français qualifié pour les Jeux, ont été éliminés.

« Un meeting dans de bonnes conditions et des qualifications [aux Jeux], le matin, avec toute la pression à côté, ce n'est pas pareil. Les Jeux, c'est dur. J'aurais aimé ne pas être seul en finale, mais c'est comme ça », a-t-il déclaré après les qualifications à Tokyo 2020.

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Photo de 2014 Getty Images / Ian Walton

Encore là à Paris 2024 avant une reconversion ?

Les Jeux de Tokyo 2020 ne seront pas les derniers pour Renaud Lavillenie. Son but est de participer aux JO de Paris 2024 à domicile. « Tant que je suis capable de pouvoir sauter haut, j’en profiterai. Mon objectif est d’aller jusqu’à Paris 2024 et si je vois que j’ai encore une année ou deux à tirer, je ne me poserai pas de question. »

Il ne se posera pas non plus de questions une fois sa carrière terminée. Il sait déjà que sa passion pour la moto, qu’il entretient depuis bien longtemps, va prendre une autre tournure. « Je rêverais de pouvoir faire une saison dans un championnat de moto. Je ne sais pas dans quel type de course, endurance ou vitesse. »

« J’ai toujours été attiré par les motos » poursuit-il. « Je suis accroc à l’adrénaline. J’aime cette sensation de vitesse. Depuis que j’en fait sur circuit, j’y prends encore plus de plaisir. Je ne suis pas quelqu’un qui aime être assis dans mon canapé et faire des choses tranquilles. Ce qui m’anime, c’est les sensations et repousser mes limites. »

« C’est fait pour moi, c’est une activité dans laquelle je peux me vider l’esprit, penser à autre chose. »

Se reposer pour durer

En repos forcé en 2020 à cause de la pandémie de COVID-19, mais Renaud Lavillenie est parvenu à tirer du positif de cette situation : « Dans mon cas personnel, mes dernières saisons ont été intenses sur et en dehors de la piste, avec des blessures à gérer. Au final, c’est l’occasion d’en profiter pour calmer le jeu. À 33 ans, je me dis qu’un peu de repos pour que je puisse repartir sur 3 ou 4 ans à bloc, ce n’est pas plus mal. »

Un peu de repos ne signifie pas repos total. D’autant plus qu’il n’avait pas besoin d’aller loin pour s’exercer à la perche. « J’ai la chance d’avoir un sautoir dans mon jardin. J’ai un record personnel à 5,85 m. Je l’ai fait en 2015 et je n’étais pas loin de faire 5,90 m. Je me suis dit que pendant le confinement, j’aimerais bien me rapprocher de ce record voire de le battre.

Une nouvelle fois, il a fait preuve de recul pour maintenir un esprit qui lui est cher. Avec un peu plus de légèreté. « Je maintiens cet esprit de compétition même si je suis seul face à moi-même. »

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