Pat Burgener, entre la scène et le halfpipe des Jeux Olympiques

Moins d'un an après une rupture des ligaments croisés du genou gauche, Pat Burgener va participer à la reprise de la saison de snowboard halfpipe avec Beijing 2022 dans le viseur. Pour traverser cette épreuve et trouver un équilibre qui lui a permis de gagner deux médailles mondiales, le cinquième des Jeux Olympiques de PyeongChang a pu compter sur la musique.

Par Nicolas Kohlhuber
Photo de 2019 Getty Images

En snowboard halfpipe, Patrick Burgener a décroché deux médailles mondiales et terminé les Jeux Olympiques de PyeongChang à la cinquième place. Mais il n'est pas qu'un athlète hors-pair.

Depuis qu'il a raté Sotchi 2014 à cause d'une blessure, le Suisse a également percé dans la musique. Grâce aux albums et aux concerts, il a retrouvé des émotions semblables à celles vécues en sport. L'athlète de 27 ans a surtout réussi à pleinement exploiter son potentiel avec ce nouvel équilibre.

Olympics.com s'est entretenu avec le freestyler helvétique, qui disputera la Coupe du monde de halfpipe de Copper Mountain aux États-Unis (8-10 décembre).

Patrick Burgener n'a pas seulement repris les entraînements de snowboard à Saas-Fee en Suisse. C'est aussi là où il a donné son dernier concert de l'été. Dans la station valaisanne, il a pu faire des figures dans le halfpipe mais aussi monter sur scène.

Depuis presque huit ans, le snowboardeur mène deux carrières de front : il s'illustre avec des résultats en Coupe du monde mais aussi en sortant un nouvel album de musique. Ce double projet lui a permis de trouver un équilibre. Une chance, surtout dans une année 2021 marquée par une grave blessure.

Depuis mars et la fin précipitée de sa saison sportive à cause d'une rupture des ligaments croisés du genou gauche, le natif de Lausanne ne s'est pas laissé abattre. Parce que ce n'est pas dans sa nature mais aussi parce qu'il ne s'est pas laissé le temps de tergiverser. Pat a sorti un nouveau clip qu'il a produit lui-même, a composé un album, a fait des concerts et il a tiré une nouvelle leçon de cette période loin des pistes.

« J'ai passé quelques mois très durs, mais après ça allait parce que j'essaie de voir la beauté partout. Au début, c'était compliqué parce que j'aime tellement faire du snowboard. Pour les Jeux Olympiques d'hiver, je n'étais concentré que sur ça mais je pense que c'est l'explication de ma blessure. Selon moi, quand on est trop concentré sur quelque chose, ça devient une obsession et on a tendance à faire des erreurs », a expliqué à Olympics.com celui qui a franchi un cap depuis qu'il s'est mis à la musique.

La bascule a eu lieu en 2014. Talent précoce avec une première apparition en Coupe du monde à 14 ans, le Vaudois a été blessé à plusieurs reprises. C'est pour cette raison qu'il n'a pas pu participer à Vancouver 2010 et à Sotchi 2014. C'est comme ça qu'il a entamé « une nouvelle vie ».

« Rater les Jeux Olympiques d'hiver à cause d'une blessure, c'est dur. Mais ça passe. Tu continues de vivre. En 2014, mon absence aux JO m'a donné une faim énorme. C'est clairement le début d'une nouvelle vie. Je cherchais à faire quelque chose pour me rattraper après cet énorme échec. C'est là où la musique est arrivée. Avec ma deuxième carrière, j'ai trouvé un équilibre magnifique. »

« Il n'y a même pas d'après ou d'avant, c'est juste le moment présent »

Cette nouvelle passion a été une sorte de thérapie. Au sens propre du terme. Moins blessé, Patrick Burgener a pu canaliser son énergie débordante et exploiter son potentiel.

« J'ai toujours été hyperactif et j'ai voulu faire 1 000 trucs. C'est un atout mais j'ai parfois voulu trop en faire et j'ai été assez souvent blessé. Commencer la musique m'a apporté l'équilibre que je peinais à trouver et j'ai eu quelques années plus tranquilles », se rappelle celui qui a été touché à la cheville et aux genoux.

Percer dans la musique lui a aussi permis de se débarrasser d'un poids : la voie du snowboardeur de 27 ans est désormais toute tracée, et la question de l'après ne se pose plus. Un moyen de relativiser les conséquences des blessures sur sa carrière.

« Je vois plein d'amis sportifs qui arrivent à l'âge de la retraite et qui n'ont pas été blessés comme moi. Les gens disent qu'ils ont eu de la chance mais je pense qu'ils n'en ont pas eu. Ils n'ont pas connu ce moment sans snowboard pendant leur carrière qui leur permet d'avoir un aperçu du futur et de la vie sans sport. Ces blessures m'ont donné une vision de l'avenir. Maintenant, j'ai déjà clairement fait ma vie. Quand on me demande ce que je veux faire plus tard, je ne réfléchis même pas. Pour moi, il n'y a même pas d'après ou d'avant, c'est juste le moment présent », philosophe-t-il.

Une chanson inspirée par l'épreuve test des Jeux Olympiques d'hiver de PyeongChang

Le corps apaisé, l'esprit libéré : le Suisse a réalisé les meilleures performances de sa carrière depuis que son quotidien ne se résume plus qu'au snowboard. Un comble pour celui qui refusait d'avoir un plan B quand il était plus jeune. « Tu peux avoir tout le talent du monde, si la tête ne suit pas, tu n'arriveras pas à performer en compétition », explique le snowboardeur aux sept podiums en Coupe du monde de halfpipe.

Dans les grands rendez-vous, il a aussi répondu présent. En 2017, Pat a décroché sa première médaille planétaire avec le bronze aux Championnats du monde. La même année, il n'est pas passé loin de la victoire au Phoenix Snow Park lors de l'épreuve test des Jeux Olympiques d'hiver 2018. Sa chute lors de la deuxième manche lui a inspiré le titre Korea. Et ne l'empêchera pas de devenir un olympien.

« À un moment, j'ai cru que je n'allais jamais y aller », reconnaît le natif de Lausanne qui s'était légèrement blessé au début de la saison 2017/18. À PyeongChang, il n'a pas fait pas le voyage pour rien et n'a terminé qu'à 2,25 points du podium de l'épreuve de halfpipe.

« Je n'en garde que des bons souvenirs. Ça reste l'un des plus beaux moments de ma vie. C'était une chance d'y aller, de faire cinquième, de rencontrer plein de gens, de vivre les Jeux mais aussi d'y connaître le succès avec une performance incroyable. Je me suis dépassé. Ça m'a tellement donné goût à la vie, ça m'a fait énormément grandir. »

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Une année 2022 riche en événements

Après PyeongChang, Patrick Burgener a ressenti un vide et eu l'envie de revenir à Beijing 2022 puis à Milano Cortina 2026. Mais la musique lui a permis de ne pas trop y penser. « Chaque journée est incroyable, j'ai une deuxième vie qui commence à prendre de la place et qui m’amène plein d'émotions incroyables. Je me réjouis de chaque événement, du concert de demain ou des entraînements à venir à Saas-Fee », savoure celui qui a pris l'habitude de se produire sur scène comme au Montreux Jazz Festival en 2016.

Le troisième des Championnats du monde 2019 de halfpipe a connu une année post-JO fructueuse. Mais c'est la saison olympique à venir qui le motive particulièrement. « On a un vrai objectif, on travaille vraiment sur quelque chose. C'est une année incroyable et ultra intéressante. Une expérience de vie, de la recherche de soi-même. En plus je reviens de blessure, ça rend l'histoire plus intéressante et plus belle ».

La motivation est là, même si cette blessure lui a fait revoir ses ambitions pour Beijing 2022. Pour le Suisse, profiter de chaque instant sera plus important que la médaille qu'il visait il y a encore un an. Mais le plaisir, Pat le prend aussi sur la scène, notamment parce que les parallèles entre ses deux activités sont multiples. Et les occasions de vibrer au quotidien, nombreuses.

Un nouvel album, une nouvelle figure ou un podium

Avec un micro ou sur la neige, le natif de Lausanne peut exploiter tout son potentiel créatif. Et vivre des émotions fortes. « La compétition et les concerts se ressemblent. Il y a de l'adrénaline et une connexion avec les gens. En musique, c'est plus long mais en sport, tu as l'impression de te dépasser à chaque fois, c'est incroyable. »

Même le quotidien de chanteur est semblable à celui d'athlète. « C'est le même style de vie. Je voyage beaucoup, je me retrouve souvent seul avec moi-même. En fait, c'est comme construire sa propre maison. La sienne et pas celle de quelqu'un d'autre. »

Pour arriver à la fin du chantier qu'il a entamé sur les deux plans, le Suisse se fixe de nombreux objectifs chaque année : un nouvel album, une nouvelle figure ou un podium en compétition.

Mais il n'y a pas qu'au moment d'établir son plan de route que Pat Burgener voit ses deux mondes se rencontrer. Cela arrive aussi quand ses performances sportives lui inspirent des textes, quand il écoute ses propres chansons en s'entraînant ou quand il se rend à Saas-Fee pour pratiquer le snowboard et donner des concerts.

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