Matthieu Rosset prend de la hauteur à Tokyo

Le plongeur Matthieu Rosset s’apprête à participer à ses troisièmes Jeux Olympiques à Tokyo 2020 en 2021. Après une pause de deux années, le Lyonnais a décidé de prendre de la hauteur dans ses plongeons passant de 3 m à 10 m.

Photo de Photo de Clive Rose/Getty Images

C’est un parcours quelque peu atypique.

Après une première annonce de retraite sportive en 2017, le plongeur français Matthieu Rosset a décidé de revenir dans la course à la médaille olympique, mais pas en plongeon à 3 m comme il l’avait fait durant toute sa carrière et ses deux premiers Jeux Olympiques. En plateforme à 10 m.

Une décision à contre-courant de ses homologues qui, avec l’âge, décident plutôt de faire le chemin inverse.

Quand on lui demande s’il connait beaucoup de plongeurs à passer de 3 à 10 m, il répond avec le sourire : « Personne. Je suis le premier », avant d’ajouter : « je suis le premier et je comprends pourquoi. Physiquement c’est dur », dit-il en riant.

« Et puis même, il y a la peur. J’ai monté ma série en moins d’un an donc j’ai encore peur là-haut. Prendre la confiance à 10 m, cela met plus de temps qu’à 3 m. »

« À chaque fois que je monte là-haut, je joue ma vie. Mais c’est ce qui est plaisant et cela amène de la qualité parce qu’on se dit qu’il ne faut pas se louper. Il faut que le plongeon soit le mieux possible. »

Un nouveau défi qui colle parfaitement à la devise olympique : « Citius, Altius, Fortius », comprenez « Plus vite, plus haut, plus fort. »

Voir le calendrier complet du plongeon à 10 m masculin

Le besoin de couper

Matthieu Rosset a commencé le plongeon dès son plus jeune âge. Dès 12 ans, il a intégré l’Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP), avec déjà un objectif de performances olympiques.

Onze années à dédier sa vie à son sport, à l’entraînement et aux compétitions. Durant cette période, il a participé à deux Jeux Olympiques, à Londres en 2012 (15e) et à Rio 2016 (23e) en plongeon à 3 m. Il a également remporté quatre titres de champion d’Europe en individuel à 1 m en 2015, 3 m en 2012 et 2015 et en équipe avec Audrey Labeau en 2012.

Mais voilà, Matthieu Rosset a d’autres projets en tête.

« Je voulais déjà arrêter en 2016 parce que cela faisait longtemps que j’étais dans la discipline et je voulais vraiment faire des études de cinéma, qui ne sont pas compatibles avec le sport de haut niveau. »

Mais en 2016, les Jeux Olympiques ne se sont pas passés comme Rosset l’aurait souhaité. Il s’est fait éliminer dès les tours préliminaires et arrêter sa carrière sur une déception aurait été très compliqué pour lui.

Il a donc décidé de continuer une année de plus. Un choix payant puisqu’il a remporté le titre de champion d’Europe et de champion du monde en duo avec Laura Marino en 2017.

« Je me suis dit "Banco, c’est le moment d’arrêter". »

Il a donc quitté les fosses à plongeon le cœur léger et une médaille de champion du monde autour du cou.

Mais une fois son diplôme en poche, le manque de la compétition, de l’adrénaline et de l’ambiance à l’entraînement s’est fait ressentir pour l’ex-plongeur qui avoue s’être un peu « ennuyé » après ses études.

« Ç’a été un gros coup dur pour moi », avouait-il.

Autant d’années de plongeons ne se balaient pas d’un revers de main. Matthieu a gardé contact avec beaucoup de plongeurs et un jour, son ami Antoine Catel lui a parlé de son projet de se lancer dans le « high dive », les plongeons extrêmes à plus de 20 m.

La machine était en train de se relancer…

Projet High Dive

« Antoine a vu que je m’ennuyais un peu et il m’a dit de venir à l’entraînement avec eux. »

Une simple phrase qui a lentement fait renaître la passion de la compétition chez Rosset.

De là, il s’est rendu deux fois par semaine dans la piscine de Montreuil pour s’essayer au plongeon à 10 m, un passage obligatoire avant leur projet, un peu fou, de plonger du Pont neuf dans l’Hérault, un saut de 28 m (voir la vidéo ci-dessous).

« Je suis venu en loisir, mais je me suis vite rendu compte que j’avais du mal à plonger sans compétition. »

Il s’est alors engagé avec RedBull France, l’organisme qui se charge du plongeon extrême sur le territoire. Son objectif était clair, il voulait faire du plongeon de haut vol.

Mais il y a une différence fondamentale entre le haut vol et le plongeon olympique. Outre la hauteur, les plongeurs entrent dans l’eau par les pieds et pas par la tête.

C’est alors un tout nouvel apprentissage qui a commencé pour Rosset.

« Je ne connaissais pas tout du plongeon à 3 m, mais pour progresser, j’étais quasiment arrivé au bout, alors qu’à 10 m j’avais tout à apprendre. »

En septembre 2019, après cet impressionnant plongeon à 28 m de hauteur, Matthieu Rosset a repris contact avec la Fédération française de natation pour ré-intégrer l’INSEP, en tant que partenaire d’entraînement à 10 m.

« En m’entraînant avec Benjamin Auffret et toute l’équipe de France, j’ai recommencé à faire quelques plongeons par la tête et je me suis dit "Pourquoi ne pas tenter la qualification pour les Jeux". »

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Les spécificités du 10 m par rapport au 3 m

Tenter la qualification olympique en plongeon à 10 m alors qu’il n’apprivoise cette hauteur que depuis quelques années peut paraître étonnant, surtout quand on connaît ses qualités à 3 m.

Mais quand on lui demande s’il n’a pas hésité avec le 3 m, sa réponse est très spontanée.

« À 10 m je ne prends la place de personne. Il y a un bon groupe à 3 m et je ne voulais pas leur faire obstacle. Cela me fait plaisir de regarder et d’encourager les plongeurs français à 3 m. »

Il fallait donc réapprendre à plonger par la tête, mais il a avoué que cet aspect était revenu très vite, lui qui avait passé presque toute sa vie à plonger de cette manière.

Le plus complexe a été de passer d’un tremplin à une plateforme.

« J’ai dû travailler dix fois plus pour les départs. J’ai beaucoup regardé Benjamin Auffret, à la base on devait faire du synchronisé ensemble, donc je me suis calé sur son départ. »

« J’ai encore beaucoup de lacunes et je n’aurais pas le temps de tout apprendre avant cet été, mais j’essaie de progresser tous les jours. »

Et pour progresser, Matthieu Rosset privilégie la qualité à la quantité. Si à 3 m, le Lyonnais pouvait faire jusqu’à 80 plongeons par séance, à 10 m, il se limite à une douzaine, mais il s’emploie à faire les sauts les plus propres possibles.

Cette quantité de plongeons plus restreinte n’est pas que liée à la hauteur. Certaines plongeuses à 10 m de l’équipe de France, peuvent faire jusqu’à 35 plongeons par séance, mais elles ont presque dix ans de moins que lui.

C’est l’un des autres aspects sur lequel Matthieu Rosset a dû engager plus de travail que les autres. Les impacts à 10 m sont beaucoup plus violents et les blessures peuvent vite arriver si le corps n’est pas prêt à encaisser ces chocs, surtout à 31 ans. Le champion du monde à donc dû faire deux fois plus de renforcement musculaire pour absorber ces chocs.

Une vérité que ne contredira pas son ami Benjamin Auffret, contraint de renoncer aux Jeux Olympiques cet été à cause de douleurs au dos. Il a annoncé sa retraite sportive en avril 2021.

« J’étais triste par rapport à nos ambitions en synchronisé mais j’étais super content pour lui. Son projet de devenir pilote de chasse, ce n’est pas un projet anodin. C’était la meilleure chose à faire. »

En route pour Tokyo 2020

Une fois son partenaire de synchronisé en retraite sportive, Matthieu s’est retrouvé seul, en quête de sa qualification olympique pour Tokyo 2020.

Pourtant il aurait pu bénéficier du quota d’Auffret, mais ce n’était pas du tout l’envie de Rosset qui voulait aussi prouver sa légitimité sur cette nouvelle hauteur.

« Je voulais déjà me prouver à moi-même que j’avais les moyens d’y arriver tout seul et montrer aux autres que j’étais capable de faire partie des 18 meilleurs au bon moment. »

C’est lors de la Coupe du monde de plongeon au Japon (1er au 6 mai), au Centre aquatique de Tokyo qui accueillera les épreuves olympiques cet été, que Matthieu Rosset est allé chercher son propre ticket pour les JO, en se classant 13e des éliminatoires, avec un total de 414,05 points.

Une satisfaction énorme pour le plongeur qui prendra part à ses troisièmes Jeux Olympiques, mais avec une certaine sérénité.

« Pour moi ces Jeux sont du bonus. Mon objectif c’est de faire une finale. J’ai toujours fonctionné comme cela, quand je me dis que je pars sur du bonus et l’envie de me faire plaisir, c’est là que je fais les meilleures choses », avouait-il.

« Si j’arrive en finale, tout peut arriver. »

Rosset a prévu deux nouveaux plongeons dans son programme pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 en 2021. Il commence sa compétition dès les 4 août lors du tour préliminaire.

Si tout peut arriver durant cette compétition, il y a une chose qui est certaine de se passer : le plongeur, au corps rempli de tatouages, a déjà prévu une place sur sa peau pour rendre hommage à sa troisième participation olympique au Japon.