Les frères Midol, un mental à toute épreuve

Alors qu'ils seront à Val Thorens pour la Coupe du monde de ski cross le 9 décembre prochain, les frères Bastien et Jonathan Midol, se sont entretenus avec Olympics.com pour évoquer les nombreux défis qu'ils ont dû surmonter avant d'arriver au sommet.

Par Emma Hingant
Photo de 2021 Getty Images

« En ski cross, la différence se fait au mental. »

Quand Bastien Midol prononce ces paroles, il sait de quoi il parle.

Arpentant les pistes enneigées depuis tout petit, le skicrosseur français passé du ski alpin au ski cross en 2010 alors qu’il n’avait que 20 ans a dû utiliser son mental plus d’une fois : pour remporter des compétitions – comme son globe de cristal en 2019 – mais aussi pour se relever après des « désillusions, dures à encaisser ».

Pour l’accompagner dans sa quête, Bastien Midol, 31 ans, peut compter à chaque instant sur Jonathan, son grand frère, biberonné aux vidéos des freeriders. Ils habitent tous deux dans la station du Grand-Bornand, en Haute-Savoie et s’entraînent ensemble.

« On s’entraide, on peut partager des choses qu’on ne partagerait pas forcément avec tout le monde », commente Jonathan à propos de sa relation avec son frère qui l’a entraîné dans cette discipline si spéciale du ski acrobatique – la seule à ne pas être « jugée », mais à être chronométrée.

C’est donc après un stage sur le glacier de Saas-Fee, en Suisse, pour poursuivre leur préparation pour la saison 2021/22 de Coupe du monde, qu'ils se sont retrouvés pour discuter en exclusivité avec Olympics.com.

En plus de nous livrer leurs ambitions pour Beijing 2022 où ils espèrent être sélectionnés parmi les quatre skicrosseurs français, ils expliquent comment ils arrivent à conserver leur plaisir du sport malgré les pépins d’une carrière de skieur. Toujours ensemble.

Sotchi 2014, du rire aux larmes… au rire

Si les deux frères ont suivi une trajectoire de skicrosseurs similaire, Bastien, le cadet, a connu un premier coup dur en 2013. Alors qu’il dévale la piste de San Candido en Coupe du monde en décembre, il est victime d’une lourde chute. Inconscient, il doit être transporté à l’hôpital. Verdict : tassement des vertèbres et fracture du sternum. Il comprend devoir tirer un trait sur sa fin de saison et sur les Jeux en Russie.

Mais pendant ce temps-là, son frère Jonathan, 33 ans aujourd’hui (il en aura 34 en janvier 2022), est sélectionné en équipe de France. Et il participera à un moment historique pour le ski français : un podium 100 % tricolore, Jonathan terminant en bronze derrière Jean-Frédéric Chapuis et Arnaud Bovolenta.

« Mon entraîneur me disait souvent de prendre l’énergie de Bastien », se souvient Jonathan, qui a donc emmené un petit peu de son frère sans ses valises avec lui.

Mais cet instant de magie, ces moments forts en émotions, c’est encore Bastien qui en parle le mieux, lui qui était toujours convalescent chez ses parents. « J'étais devant la télévision, dans un lit, avec les copains de mon frère et mes copains aussi », se souvient-il. « Ça a été fort émotionnellement. Voir ses deux potes et son frère avec qui on s’est entraîné toute l’année et avec qui on est depuis tout le temps… C’était top. »

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Bastien « plus fort mentalement »

Après cette « super journée », il a fallu se remettre sur pied, aussi bien physiquement que mentalement. « Je me souviens après ma chute en 2014, il fallait repartir et se relancer dans un parcours où là, clairement, je n’osais plus vraiment y aller », explique Bastien à propos d’un blocage mental qu’il a dû et su surmonter. « J'ai eu une petite période avec des doutes. C'est dans la tête, ça cogite. J’ai travaillé avec un préparateur mental. Il m’a bien aidé à me relancer dans un ski cross et à me reconstruire, à être plus fort mentalement. »

Ainsi, en mars 2015, trois mois après son accident et après avoir porté un corset 24 h/24, Bastien fait son retour sur les pistes en compétition. « Il y a peut-être eu un petit déclic : se lancer une première fois et au final, tu vois que tout va bien. Du coup, après, c’était parti. Tout allait bien. »

Parce qu’on en revient toujours au même : le mental en ski cross, une épreuve où quatre concurrents s’élancent en même temps pour se battre en confrontation directe, est primordial. « Quand on est un athlète en Coupe du monde et dans les grandes courses, on est physiquement tous au même niveau. La différence se fait dans la tête, au mental », estime Bastien.

« Je suis assez d'accord », ajoute Jonathan. « Le mental, c'est hyper important. Je dirais que 50 % se fait au mental. Après, ça se construit avec un physique pour se sentir bien. Petit à petit, sur des répétitions de mouvements. On peut alors arriver à engager à 100 % quand on est au sommet d’une piste. Si on n’est pas à 100 %, ça devient dangereux parce qu’il faut aller vers l'avant, il faut accepter la vitesse, il faut accepter les autres. Donc, ça se fait en travaillant la tête. »

PyeongChang 2018, la désillusion commune

Après avoir réalisé ce travail de fond, donc, Bastien et Jonathan poursuivent tranquillement leur carrière lors des quatre années suivantes. Ils font chacun plusieurs podiums chaque saison, tentant de suivre la cadence imposée par leur compatriote Chapuis qui remporte le globe de ski cross en 2015, 2016 et 2017.

Mais les saisons 2016/17 et 2017/18 se passent mal pour les deux acolytes qui ne montent sur aucun podium en Coupe du monde. « Aller chercher le billet pour les Jeux, ce n’est pas une mince affaire », explique Jonathan. « Il faut aller le chercher devant, avec des podiums. Je me suis blessé au genou fin décembre donc je savais déjà que mes chances de qualification étaient quasiment nulles. »

Bastien, lui, dit avoir « payé [son] mauvais début de saison, [sa] longue mise en route. On a quand même pas mal d'opportunités pour aller chercher ce billet au sein de l'équipe de France. Mais il y en avait quatre meilleurs que moi. » En effet, c’est Terence Tchiknavorian et François Place qui iront accompagner Chapuis et Bovolenta aux Jeux d’hiver de PyeongChang, en République de Corée.

« Ça a été une vraie désillusion », avoue Bastien. « C'est un peu dur à encaisser au début. Moi, je suis parti au bord de la mer. Je n'ai pas trop suivi les Jeux olympiques plus que ça. Je me suis un peu… », poursuit-il, cherchant ses mots. « Détaché », renchérit Jonathan. Se détacher mentalement pour oublier et mieux repartir.

« Comment on se relève de ça ? », reprend Bastien. « Après les Jeux, il a fallu repartir sur le circuit de Coupe du monde. Moi, je suis reparti, j'avais toujours envie de skier, je me faisais toujours plaisir. Voilà, c’était reparti pour un tour. »

Bien dans la tête, les performances suivent

C’est donc avec le plaisir retrouvé que les deux frères ont repris la compétition après les Jeux de 2018. Ils deviennent alors une référence sur les podiums de la Coupe du monde. En 2018/19, Bastien décroche sept podiums, dont trois victoires, et remporte le prestigieux Alps Tour, juste devant Jonathan, ainsi que son premier globe en terminant premier au classement de la discipline, devant le tout-puissant Chapuis.

Les deux saisons suivantes les voient rester réguliers avec des toujours et encore des podiums, mais pas de globe en 2019/20 et 2020/21, alors que leur compatriote François Place devient champion du monde en 2019 puis vice-champion en 2021. Peu importe, pour décrocher une place à Beijing 2022, il faudra surtout être régulier en 2021/22. « Il va falloir qu'on aille chercher les podiums en début de saison pour se qualifier », confirme Jonathan.

Mais comment trouver l’équilibre entre la pression du résultat pour se qualifier pour la grosse échéance des Jeux et le plaisir de skier ? « En fait, j'essaie de ne pas penser du tout aux Jeux », explique Jonathan. « J'essaie juste de faire une préparation comme j'ai l'habitude de faire. Je vais me concentrer sur ce que je sais faire. »

« J'ai la même approche que mon frère », ajoute Bastien, qui a pris le bronze lors de la première Coupe du monde de la saison à Secret Garden en République populaire de Chine (25-27 novembre). « Oui, les Jeux, c’est dans un coin de ma tête, mais ça passe par une qualification, donc ça ne sert à rien de griller les étapes. Il faut essayer d'aller chercher un podium le plus rapidement possible pour après avoir la conscience un peu plus tranquille. »

Être libéré mentalement le plus vite possible pour pouvoir skier sans contrainte. Et pourquoi pas faire la différence cette saison et pendant les Jeux ? Toujours ensemble, bien sûr.

Le Français Bastien Midol, deuxième à l'étape de Coupe du monde de ski cross en février 2020 à Megève, en France.
Photo de Millo Moravski/Agence Zoom/Getty Images

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