La fureur de survivre des volleyeurs français

L’équipe de France masculine de volley semble avoir plusieurs vies tant elle est passée proche de se faire éliminer du tournoi olympique plus d’une fois. Elle a même failli ne pas se qualifier. Retour sur cette histoire de « survivants ».

Photo de Photo de Toru Hanai/Getty Images

« On est vraiment des survivants. »

En prononçant ses paroles après la victoire contre la Pologne en quart de finale des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, Laurent Tillie, l’entraîneur de l’équipe de France, ne croyait pas si bien dire.

Depuis, ils ont fait plus que survivre : ce jeudi 5 août, ses survivants sont entrés dans l’histoire du sport français en se qualifiant pour leur première finale olympique en battant l’Argentine en demi-finale. Quoi qu'il arrive face au ROC le samedi 7 août, ils sont sûrs de rentrer du Japon avec une médaille, une première pour le volley tricolore dont le meilleur classement aux JO reste la huitième place à Séoul 1988.

Et pourtant, les Bleus reviennent de loin. De très loin. Ils sont passés plusieurs fois à côté de la catastrophe et ont même failli ne pas valider leur billet pour les Jeux Olympiques. Retour sur la lutte acharnée que les survivants français livrent depuis un an et demi.

À un cheveu de ne pas se qualifier

Du 5 au 10 janvier 2020, les Bleus d'Earvin Ngapeth se rendent à Berlin en Allemagne pour disputer le tournoi de qualification olympique. S’ils battent l’Allemagne, chez elle, en finale en trois sets secs, le reste de leur TQO ne s’est pas franchement déroulé en toute sérénité.

Certes, ils ont écarté la Serbie en première journée, mais perdent leurs deux matchs de poules suivants et en demi-finale, face à la Slovénie, ils doivent activer leur mode de survie après avoir perdu les deux premiers sets (25-13, 25-22).

« On est rentré dans le match assez tendus », se rappelle le pointu français Jean Patry dans un entretien avec e. « On commençait à réaliser ce qui était en train de se jouer. On a déjoué, mais on a commencé à y croire en se relâchant. On était mené 2-0, on n’avait plus rien à perdre et il fallait se faire plaisir. »

Ils ont fini par l’emporter 3 sets à 2, mais ce n’est pas passé loin du tout. « On a tenté des choses, ça a marché. À partir du gain du troisième set, le doute était installé dans la tête des Slovènes et on a joué notre jeu avec sérénité, en s’amusant. »

Dans une folle ambiance avant le report des JO en raison de la pandémie de COVID-19, les Bleus ont rempli leur première mission, se qualifier pour Tokyo 2020, mais ils ont déjà consommé leur première vie.

Une préparation dans les cordes

En guise de préparation pour les Jeux, les Bleus disputent la Ligue des nations 2021 du 28 mai au 27 juin 2021. Et pour leur retour à la compétition après plus d’un an de disette à cause de la crise sanitaire, ils réalisent une préparation décente.

La Team Yavbou remporte 11 de ses 15 matchs en Italie, mais s’incline face au Brésil en demi-finale en trois sets sans réponse alors que les Français lui avait subir le même sort lors de la deuxième semaine. Cette fois, pas de survie activée. Après tout, ce n’est qu’une préparation, même si un premier titre dans cette compétition aurait été le bienvenue. Ils se contenteront de la troisième place après une nouvelle victoire sur la Slovénie.

« C’est sûr que la médaille n’était pas forcément l’objectif, mais ce n’est jamais négligeable de faire une médaille dans une compétition internationale », regrettait Antoine Brizard sur le site de la FF Volley. « Le volley français n’a pas toujours eu autant de réussite, donc c’est important pour la France. Il faut savourer, on est très contents de décrocher cette troisième place tout en ayant bien préparé les Jeux. »

Dos au mur, ils sont transcendés

Cependant, les Jeux Olympiques sont une tout autre compétition. Là, les Français sont transformés et s’arrachent à chaque rencontre. Ils n’ont pas le choix. Leur survie en dépend.

Surtout qu’ils commencent par s’incliner 3-0 face aux États-Unis avant de décrocher une victoire sur le même score contre la Tunisie. Mais un revers 3-2 contre l’Argentine complique la tâche. Ils sont désormais obligés de battre l’équipe du ROC.

Et ils semblent se transcender lorsqu’ils sont dos au mur. Face aux champions olympiques de Londres 2012, ils l’emportent finalement 3-1 après avoir vu les volleyeurs du ROC revenir à 1-1. Cette bouée de secours leur permet rester dans la course pour les quarts de finale.

« Il ne fallait pas faire des exploits, mais des choses qu’on est capable de faire », expliquait Tillie sur France TV. « C’était l’objectif. C’était une question de survie. »

Toujours cet instinct de survie dans ce groupe. Et c’était loin d’être fini : dans le dernier match du groupe, ils rencontrent le Brésil, championne olympique en titre qui vient de remporter la Ligue des nations. Et pour être sûrs de disputer les quarts, ils doivent au moins marquer deux sets face à la Seleção.

Ils perdent le premier, mais activent à nouveau leur mode de survie et enlèvent le deuxième set 39-37 au terme de 51 minutes insoutenables. Le prochain set est acquis par les Brésiliens. Le quatrième set est donc décisif pour les Bleus : s’ils s’inclinent, ils rentrent à la maison bredouille.

Ils l’emportent 25-21. Les deux sets ont été gagnés, ils disputeront les quarts de finale du tournoi olympique pour la première fois de leur histoire. La défaite n’est qu’anecdotique.

Une phase à élimination directe forte en émotions

En quart, ils retrouvent la Pologne, double championne du monde et favorite. Menés 2-1, ils sont encore au pied du mur.

Mais ils leur restent suffisamment de vies pour s’en servir à nouveau. Ils l’emportent 3-2, ce qui pousse l’entraîneur à déclarer au micro de France TV : « On ne veut pas que ça s’arrête, car on est vraiment des survivants. On a eu des ressources insoupçonnées. »

Après avoir encore assuré leur pérennité dans le tournoi, les Bleus doivent passer un nouvel obstacle sur lequel ils avaient buté en phase de groupe : l’Argentine. Mais cette fois, ils ne grillent pas leurs cartouches et s’emploient à battre l’Albiceleste plus facilement que prévu, en moins d’1h30, en trois sets.

Désormais, une première finale historique attend les survivants qui comptent bien livrer une dernière bataille sans merci. « Si on doit mourir, on va mourir les armes à la main », prévient Trevor Clévenot.

Surtout que, maintenant, les Bleus ont habitué leurs supporters à toujours retomber sur leurs pattes. Alors longue(s) vie(s) aux volleyeurs français !