Kévin Aymoz, une ambition olympique malgré les blessures

Neuvième des derniers Championnats du monde, Kévin Aymoz a décroché un quota pour les Jeux Olympiques d'hiver de Beijing 2022 en patinage artistique. Attendu aux Internationaux de France organisés à Grenoble, sa ville natale, du 19 au 21 novembre, il s'est confié à Olympics.com. 

Par Nicolas Kohlhuber
Photo de 2021 Getty Images

« Les Jeux Olympiques, c'est un rêve d'enfant que je veux accomplir. Je veux y performer. »

Troisième des Internationaux de France, deuxième du Trophée NHK, troisième de la Finale du Grand Prix ISU, neuvième des Championnats du monde : depuis deux ans, Kévin Aymoz s'est invité à la table des meilleurs patineurs de la planète. À 24 ans, le natif de Grenoble veut maintenant tenter de confirmer dans les grands championnats. Pour la saison 2021/22, le Français vise le podium aux Championnats d'Europe (10-16 janvier) mais aussi aux Jeux Olympiques d'hiver de Beijing 2022 (4-20 février).

Grâce à sa créativité et aux nouveautés de son programme libre, Kévin Aymoz peut espérer relever ces nouveaux défis malgré une pubalgie qui a perturbé son été. Il s'est affirmé comme le numéro 1 du patinage artistique masculin tricolore et aura une nouvelle occasion de le prouver aux Internationaux de France prévus à Grenoble à partir du 19 novembre.

Déclic, ambition olympique et coming-out, Kévin Aymoz a fait le point dans un entretien accordé à Olympics.com au début de la saison.

Olympic Channel : Ce 19 novembre, vous allez participer à un Grand Prix ISU à Grenoble, votre ville natale. Ça fait quoi ?
Kévin Aymoz : J'ai hâte. J'en ai beaucoup rêvé. Le Grand Prix en France à la maison avant les Jeux Olympiques, c'est cool. C'est vraiment chouette.

OC : Physiquement, comment vous sentez-vous après un été perturbé par une blessure (entretien réalisé le 19 octobre) ?
KA : La pubalgie a été bien longue, c'est le genre de blessure qui n'arrive jamais au bon moment. C'était difficile de la faire partir. À la reprise de l'entraînement, il y a eu plus d'un élément à reprendre, j'avais des millions de choses à réapprendre en peu de temps. Là pour l'instant, on travaille durement la condition physique pour être apte à tenir les programmes. Et jour après jour, on bosse la technique.

OC : Comment s'est passé votre préparation ?
KA : J'ai passé un été un peu catastrophique. De mémoire, j'ai été arrêté presque trois mois. Pendant cette période, je n'ai pas du tout patiner, c'était de la préparation physique sur le peu de choses que je pouvais faire. J'ai fait beaucoup de kiné, beaucoup de rééducation et donc très peu d'entraînement cet été.

OC : En étant blessé cet été, à l'entame de la saison olympique, dans quel état d'esprit étiez-vous ?
KA : J'essayais de ne pas le montrer, j'essayais d'être le plus souriant possible et d'avoir le moins peur possible mais c'était la panique à bord. On sait que c'est une saison très importante et qu'il faut être prêt assez tôt pour pouvoir s'entraîner au maximum et performer.
C'était un été pas facile mais on remet en perspective pas mal de choses pour s'améliorer à l'entraînement. C'est sûr que j'aurais préféré avoir deux nouveaux programmes pour le début de la saison et arriver avec de la nouveauté car c'est une de mes qualités. Cette année, avec le peu d'entraînements, c'était difficile de créer deux nouveaux programmes en si peu de temps alors avec mon staff, on a décidé de reprendre un ancien programme court qui avait bien marché et que j'aime beaucoup. On a gardé la nouveauté pour le programme libre.

« J'ai reçu une vague d'amour »

OC : Cet été, vous avez aussi fait l'actualité avec votre coming-out dans le documentaire Faut qu'on parle. Quelle a été la démarche de cette prise de parole publique ?
KA :
Quand les réalisateurs m'ont contacté, ils m'ont demander si je voulais faire partie d'un projet pour libérer la parole sur l'homosexualité dans le sport. Ça m'a paru normal de dire oui. Mais je me suis laissé 24-48 heures de réflexion. Puis je suis revenu vers eux, j'ai dit oui, je suis d'accord. Ils m'ont suivi pendant plusieurs mois en compétition, à l'entraînement. Un jour à l'entraînement, on a fait une très longue interview. On a discuté pendant trois quatre heures, ils ont posé beaucoup de questions. À la fin j'étais lessivé. J'avais vidé mon sac. Comme j'ai dit aux réalisateurs, quand j'ai fait mon coming-out il y a quelques années, j'avais mis un pansement sur une blessure. Ce documentaire, en parler publiquement et me libérer m'a donné la possibilité de retirer ce pansement pour laisser respirer la blessure, et il y avait pas de blessure. C'était fini. Ça m'a fait du bien. Et si ça a pu aider les autres, ça m'aide aussi à me sentir mieux.

OC : Quels retours avez-vous reçu ?
KA :
Je me sens extrêmement bien. Les deux réalisateurs ont fait un travail extraordinaire. Ils ont apporté ce documentaire avec de la finesse, de la douceur, du respect, du non-voyeurisme. C'était très important pour en faire un documentaire utile. J'ai eu 100% de retours positifs, une vague d'amour m'est tombée dessus. J'ai eu beaucoup de messages, j'ai eu des remerciement, des témoignages. Ça m'a fait chaud au cœur. Après ce documentaire, plein de petites choses ont pu se mettre en place. C'était vraiment chouette. Au début j'avais très peur, je parlais de moi sur l'écran. À une semaine de la diffusion j'ai un peu paniqué, je me demandais ce qui allait se passer. Mais quand il a été diffusé, je suis resté scotché devant ma télé car le rendu était très beau. Je n'ai fait que pleurer.

Un podium continental pour prendre une revanche personnelle

OC : Quels sont vos objectifs cette saison ?
KA : C'est la saison olympique, on en parle beaucoup, mais j'ai les Championnats d'Europe dans ma tête. Ça fait trois ans que je tourne autour du podium sans monter dessus, alors cette fois j'aimerais ramener une médaille à la maison. C'est important pour moi. C'est pour prendre une revanche personnelle car la dernière fois, j'étais favori et j'ai terminé 26e. J'ai besoin de prouver que je peux monter sur ce podium.
Les Jeux Olympiques, c'est un rêve d'enfant que je veux accomplir. Je veux y performer. Le but est de se rapprocher le plus possible du podium. Si je peux monter dessus, ça serait magnifique. Ensuite, les Championnats du monde sont à la maison, en France, donc c'est que du bonheur, il faudra lâcher les chevaux et tout donner.

OC : Même s'il y a des échéances avant Beijing 2022, est-ce que vous y pensez déjà ?
KA
: C'est un peu dur de ne pas y penser. Mon staff me dit de préparer la saison comme une saison normale. On essaye d'y aller petit à petit. On sait qu'il faut les préparer à fond mais il ne faut pas les transformer en montagne en se disant que ça va être particulièrement dur. Mais j'avoue que c'est difficile de ne pas y penser, j'ai un compte à rebours sur le téléphone (rires).

OC : Quelle est la recette pour monter sur le podium des Jeux Olympiques ?
KA : Le patinage artistique est un sport très complet avec un équilibre à bien respecter entre l'artistique et la technique. Il ne faut pas forcément sortir le programme de sa vie mais le programme propre. Qu'il y ait un ou cinq quad, le but est de présenter quelque chose de solide qui tienne la route, qui plaise aux juges et au public avec des lignes de corps les plus propres possibles, une chorégraphie qui dépote au maximum et une technique sûre et qui tienne.

OC : Le couple star Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron participera également aux Internationaux de France. Selon vous, qu’ont-ils apporté au patinage artistique français ?
KA : Il n'y a pas qu'au patinage artistique français qu'ils ont apporté quelque chose. Ils ont apporté quelque chose dans le monde entier. Il y a un avant et un après. Ils ont leur personnalité, leur manière de patiner, ils sont extraordinaires. Pour moi, ce sont les meilleurs patineurs au monde.
Qui ne rêve pas de patiner comme eux ? Si je pouvais avoir leur patinage, je serais super heureux. Ils le méritent. Ça fait des années qu'ils bossent tellement dur. Ils sont devant tout le monde, ils apportent toujours de la nouveauté. Je n'ai pas beaucoup de modèles ou de personnes que j'admire, mais eux, ils en font partie. Je les admire beaucoup. Ils sont simples, gentils, ce sont de grands sportifs de haut niveau. Ils méritent et doivent aller chercher cette médaille d'or aux Jeux Olympiques d'hiver de Beijing 2022. Elle est là pour eux.

« J'étais à moins d'un point du double champion olympique en titre »

OC : Pour obtenir le quota olympique, vous aviez été contraint de faire vos programmes vous-même. Comment avez-vous procédé ?
KA
: La saison dernière était très compliquée. J'étais séparé de mon staff américain, c'était dur, je ne pouvais pas aller les voir pour faire mes programmes. En France, je n'avais personne sur qui compter à la création. Je me suis retrouvé au pied du mur à quatre mois des premières compétitions. Il y avait urgence, j'ai choisi mes musiques, j'ai fait mes programmes tout seul. Le programme court que j'ai aimé a super bien marché. Le programme libre un peu moins. Vu que c'était une saison importante avec la qualification olympique qui arrivait, c'était important d'arriver aux Championnats du monde avec un programme prêt et qui marche. Il n'y avait pas beaucoup de compétition, alors c'était difficile de le rôder et de l'entraîner en ayant des retours. J'avais pris la décision de reprendre le programme de l'année précédente car je le connaissais par cœur et que j'avais eu des retours. Je savais le nombre de points que je pouvais espérer. J'ai gardé le nouveau programme court parce que sur la seule compétition, tout le monde avait kiffé. Mais pour le programme libre les retours étaient durs. Il faut le digérer, le voir plusieurs fois pour le comprendre. Il n'y avait pas le temps alors il a fallu être stratégique pour assurer le quota.

OC : Ce top 10 mondial est venu confirmer vos performances de la saison 2019-2020. Vous avez franchi un cap cette année-là ?
KA
: Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. Pour la saison 2019-2020, je ne visais pas du tout les finales. Ça m'a atterri dessus parce qu'on ne sait jamais ce qui peut arriver. Au premier Grand Prix de l'année, à Grenoble, j'avais terminé le programme court en pensant n'avoir pas mis un pied devant l'autre. Finalement, j'ai terminé troisième.

À la fin de la saison, je participais au Trophée NHK au Japon, c'était le dernier GP de l'année, et j'ai décroché la qualification pour les finales. Je n'en revenais pas et j'y suis allé sans pression. J'y suis allé tellement serein que j'ai presque tout fait à la perfection, et j'étais à moins d'un point du double champion olympique en titre Yuzuru Hanyu sur le programme court. Je n'étais pas stressé et j'ai fait une super compétition. J'étais sur mon petit nuage.

Malheureusement, les Championnats d'Europe sont venus percer ma bulle de confiance. Contrairement aux Grand Prix, j'étais attendu et je ne savais plus qui j'étais, j'ai découvert un stress totalement nouveau. Je me suis raté. Par la suite, je me suis entouré d'un psychologue, et d'un préparateur mental, pour apprendre à me connaître pour gérer tout ce stress et toutes ces émotions. Aujourd'hui, on a pu gérer le stress et c'est pour ça que j'ai su gérer la quête du quota, assurer et y aller sans douter.

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