Jeux Olympiques de Paris 2024

Judo : Walide Khyar, une force supplémentaire puisée dans le parcours de sa mère, sa « plus belle inspiration »

Par Nicolas Kohlhuber
6 min|
Walide Khyar

Photo de Gabi Juan/EJU

Walide Khyar est double médaillé européen, médaillé mondial et va participer à ses deuxièmes Jeux Olympiques à Paris 2024.

Derrière ce palmarès qui ne dit pas tout des combats menés par le judoka de 28 ans se cache un véritable guerrier qui n’a jamais abdiqué, mais surtout une mère qui l’a toujours accompagné.

« Je ne pense pas que j'aurais eu les mêmes résultats sans son soutien. Je me sens d'une certaine manière redevable envers ma mère. C'est bizarre, je sais qu'elle n'a aucune attente, mais j'ai ce besoin et cette force en plus de me dire qu'après tout ce qu'elle a fait, j'ai envie de lui faire plaisir. J'aime bien voir un petit sourire en plus, la savoir contente », explique le représentant des -66 kg dans une interview exclusive avec Olympics.com.

Le licencié du PSG Judo sait ce qu’il lui doit : beaucoup de choses. Même son style de judo, plein de fougue, de folie, d’engagement et de corps-à-corps spectaculaires est un héritage direct de son parcours et de celui de sa mère.

Dans la famille Khyar, les plus grands combats n'ont pas été menés Walide mais par Najat.

Son mari étant décédé juste avant la naissance du champion d’Europe 2016 des -60 kg, elle était seule pour élever ses trois fils. À cette situation douloureuse s’ajoutaient les défis d’une vie dans un pays où elle n’était arrivée que quelques années auparavant.

Le contexte était difficile, mais la native du Maroc n’a jamais abandonné et son fils s'inscrit dans la même lignée.

« Ma mère m'a inculqué beaucoup de choses, et particulièrement cette capacité à rebondir après un échec, à ne rien lâcher. Je ne m'en rendais pas compte quand j'étais plus jeune, mais aujourd'hui, quand j'ai des moments difficiles ou des moments de doute, je repense au parcours qu'elle a eu et je me dis que ce n'est rien comparé à ce qu'elle a vécu. Ça me donne une force supplémentaire, elle est une réelle inspiration, ma plus belle inspiration. »

Le médaillé de bronze des Championnats du monde 2023 est aujourd’hui encore marqué par le dévouement de sa mère. Avec une pointe d’émotion, il déroule le fil de son enfance et les sacrifices qu'elle a fait pour lui, sans oublier de lui rendre tout ce qu'il peut.

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Walide Khyar : « Elle nous a appris très jeunes que tout était possible »

Walide Khyar a grandi au Blanc-Mesnil. Dans cet endroit qu’il qualifie de « pas idéal », lui et ses frères n’ont jamais manqué de rien.

Et c’est grâce à leur mère.

Même si elle a dû repasser des concours et presque repartir à zéro malgré ses études pour être pharmacienne, elle a toujours été présente pour veiller à leur bonheur.

« On voyait que ce n'était pas évident pour elle. Elle avait des journées à rallonge, à partir très tôt le matin et rentrer très tard le soir pour nous assumer de la meilleure des façons dans notre quotidien. Elle a tout fait pendant 15, 20 ans et ça ne s'est jamais arrêté. Je ne m'en rendais pas compte quand j'étais plus jeune, mais aujourd'hui, je me dis que c'est un truc de fou ce qu'elle faisait. Et puis le week-end, il y avait mon frère qui faisait du foot, moi qui faisais du judo et elle nous déposait, il n’y avait aucune limite. Je ne l’ai jamais entendu dire qu’elle était fatiguée alors que je pense qu’elle était fatiguée. Elle a été parfaite. »

Il a toujours pu compter sur son soutien. À l’école comme dans le sport, le natif de Bondy a appris à faire les choses parfaitement, sans jamais oublier d’y prendre du plaisir.

Dans une vie où les curseurs de la générosité étaient poussés au maximum, Najat Khyar savait trouver l’équilibre entre les encouragements et la contrainte pour que ses enfants ne soient jamais sous pression. Une véritable chance pour eux.

« Elle nous a appris très jeunes que tout était possible. Elle nous a toujours poussés au-delà de ce qu'on pensait pouvoir faire ou des objectifs qu'on avait », se rappelle le médaillé de bronze des Championnats d'Europe 2023.

Sa trajectoire en est le symbole. Walide Khyar ne connaissait presque rien du judo au moment de rentrer dans un dojo pour la première fois de sa vie. Il savait juste qui était David Douillet pour l'avoir vu à la télévision, mais rien de plus. Vingt ans plus tard, son palmarès est riche d'une dizaine de médailles sur le circuit mondial IJF.

À l'époque où le sport est entré dans sa vie, il avait le choix entre le karaté et le judo à l’ouverture d’un nouveau club à côté de chez eux. Le courant est mieux passé avec l’entraîneur de judo, une vocation était née pour lui et une passion débutait pour sa mère.

« Elle a aimé toutes les valeurs de ce sport et elle m'a poussé plus au judo que dans les autres sports que j’ai pu faire. Elle aimait bien m'accompagner dans les compétitions, elle a accroché peut-être même plus rapidement que moi. Aujourd’hui encore, elle regarde les compétitions, des fois, c’est même elle qui me parle de résultats dont je ne suis pas au courant », s’amuse Walide Khyar.

RIO DE JANEIRO, BRAZIL - AUGUST 06: Felipe Kitadai of Brazil competes against Walide Khyar of France in the Men's -60 kg Judo on Day 1 of the Rio 2016 Olympic Games at Carioca Arena 2 on August 6, 2016 in Rio de Janeiro, Brazil. (Photo by David Ramos/Getty Images)

Photo de 2016 Getty Images

Walide Khyar veut maintenant permettre à sa mère de profiter

Le temps a passé, mais Walide Khyar et sa mère sont toujours aussi inséparables.

Elle l’accompagne dans les arenas du monde entier et ne manque presque aucune de ses grandes échéances, comme à l'époque où elle l'emmenait dans les gymnases franciliens pour ses compétitions. Quand l’international français a participé aux Jeux Olympiques de Rio 2016 à seulement 21 ans, elle était bien évidemment présente dans les tribunes.

« Que je perde ou que je gagne, elle est toujours contente d'être là. Elle a toujours le sourire. Même quand j'ai perdu à Rio 2016, elle était contente, pas que j’aie perdu, mais d’être là, à passer des bons moments. Elle était au Brésil, elle avait voyagé. »

Un tel environnement, avec ses frères qui sont parfois aussi du voyage, est rassurant pour lui. En cas de besoin, ils peuvent passer à l’hôtel pour parler et aider le -66 kg à penser à autre chose.

Pendant la compétition, le seul fait de savoir sa mère quelque part dans les tribunes lui suffit. Sa présence est aussi l’assurance de bons moments après les compétitions pour se retrouver, profiter et relâcher la pression.

« C’est ce que je préfère », avoue Walide Khyar qui cherche à récompenser sa mère pour les sacrifices consentis pendant tant d’années. La sexagénaire étant à la retraite, l’occasion est belle de lui offrir un moyen de rattraper « le temps perdu ».

Le judoka a intégré le top 20 mondial de sa catégorie, mais rien n’a vraiment changé dans le lien avec sa mère.

C’est grâce à elle que Walide Khyar en est là et c’est pour elle qu’il tentera de décrocher une médaille aux JO de Paris 2024 à l’Arena Champ-de-Mars cet été.

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