Jeux Olympiques de Paris 2024

Nantenin Keïta, médaillée d'or aux Jeux Paralympiques de Rio 2016 : « Je veux ressortir des Jeux de Paris 2024, sans aucun regret »

Par Florian Bouhier
6 min|
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Photo de 2016 Getty Images

Nantenin Keïta est revenue sur son parcours, en exclusivité pour Olympics.com. Fer de lance du para athlétisme français, la médaillée d'or du 400 m T13 à Rio 2016 raconte sa perception du monde handisport, les obstacles qu’elle a dû surmonter en tant que personne albinos et touchée par une déficience visuelle et son envie des Jeux Paralympiques de Paris 2024.  

Nantenin Keïta enchaîne les interviews en cet après-midi ensoleillé du jeudi 13 juillet 2023.

Au Stade Charléty à Paris, la championne paralympique de 38 ans donne le ton comme capitaine de l’équipe de France de para athlétisme (avec Trésor Makunda).

Pourtant, elle aurait pu ne jamais disputer ces Mondiaux de para athlétisme 2023, elle qui a envisagé sa retraite sportive après les Jeux Paralympiques de… Londres 2012 !

Mais l’athlète, née au Mali, à continuer et bien lui en a pris puisqu’elle a remporté la médaille d’or du 400 m dans la catégorie T13 aux Jeux Paralympiques de Rio 2016. Sept ans plus tard, les Jeux de Paris 2024, qu’elle imagine « assez dingues » sont désormais son objectif.

À l’orée de cette grande échéance, dernier grand défi de sa carrière, Olympics.com l’a rencontré, l’occasion pour la fille du musicien malien Salif Keïta de revenir sur sa carrière forte de quatre participations aux Jeux Paralympiques et de défis permanents en tant que femme albinos et malvoyante de naissance.

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Nantenin Keïta : « Quand on est différent, on fait face aux moqueries »

« On me pose rarement cette question-là… »

À l’évocation des écueils qu’elle a du surmonter et comment elle a réussi à s’accomplir en tant que femme albinos et atteinte de déficience visuelle, Nantenin Keïta est d’abord surprise avant de s’avérer brillamment éloquente sur son parcours de vie.

« C'est difficile d’en parler parce que forcément, ça te renvoie à des choses qui t'ont fait mal. Mais en même temps, c'est grâce à ces choses-là que je suis là où j'en suis aujourd’hui. Ça fait partie de moi. »

Née au Mali et arrivée en France à l’âge de deux ans, Nantenin Keïta est désormais une athlète accomplie, championne paralympique aux Jeux de Rio 2016 et ambassadrice des droits des personnes atteintes d’albinisme.

« En parler, ça peut permettre à certaines personnes de se dire que finalement je ne suis pas seul. Il y en a d'autres qui sont passés par là, pour qui ça a fonctionné et qui sont heureux aujourd'hui dans leur vie. »

Pendant son enfance, Nanto est d’abord sujette aux moqueries et doit « s’adapter » face aux regards d’une société qui se cherche encore dans son traitement des personnes en situation de handicap.

Quand on est albinos et déficiente visuelle, on fait face aux moqueries. De toute façon, quand on est différent, on fait face aux moqueries.

« J'ai eu une enfance heureuse à la maison, mais un peu compliquée en dehors. À l’école, les choses n'étaient pas adaptées pour une personne qui était atteinte de déficience visuelle. »

Nantenin Keïta a beaucoup travaillé sur elle-même. Si elle confie que sa confiance a pu être touchée face à de tels défis, elle n’a jamais abandonné

« L'adaptation, elle a été sur mon handicap, sur moi et comment je me considérais. Comment je me positionnais dans la société et ce que cette société me renvoyait aussi. Il a fallu faire preuve d'agilité pour trouver des stratagèmes pour suivre les cours, pour ne pas prendre de retard et avoir des bonnes notes. »

La jeune femme se cherche, tente de trouver sa voie « je voulais être avocate, on m'a dit que ce ne serait pas possible avec ma déficience visuelle. Après, je voulais être prof d'EPS, on m'a dit ça ne serait pas possible avec ma déficience visuelle… », avant que le sport n'entre dans sa vie.

Alors adolescente, sa professeure d’EPS l’inscrit, elle et toute sa classe, à une compétition pour jeunes déficients visuels. Nantenin Keïta y brille et est ensuite repérée par la Fédération française handisport qui l’accompagne au plus haut niveau.

« Pour moi, le handicap, bah, je n'en faisais pas partie en fait. Oui, je ne voyais pas clair, mais pour moi, ce n'était pas suffisant. Du coup, c'est vraiment grâce à elle (sa professeure d’EPS). Si je ne l'avais pas rencontrée, je n'aurais pas connu le handisport. »

Les Jeux Paralympiques de Paris 2024 peuvent-ils aider à faire évoluer les mentalités sur le handicap ?

« Quand on parle de sport, on parle de performance, on parle de beauté du geste, on parle de dépassement et du coup, on associe ça au handicap. Ça fait forcément évoluer les mentalités ! »

Pour ces Jeux, Nantenin Keïta à une nouvelle fois repoussé sa retraite.

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Nantenin Keïta : « Là, je me dis, c'est bon, j’arrête. »

Présente dans la liste officielle des premiers athlètes sélectionnés pour les Jeux de Paris 2024, Nantenin Keïta s’apprête à connaître ses cinquièmes Jeux Paralympiques. 

En équipe de France depuis plus de deux décennies, la carrière de Nantenin Keïta a été couronnée de quatre médailles paralympiques dont une en or sur 400 m T13 aux Jeux de Rio 2016.

Pourtant, son histoire avec « la plus grande compétition planétaire » a été inégale, édulcorée par des blessures musculaires trop fréquentes à son goût.

« Je voulais arrêter après les Jeux de Londres (en 2012). Je les ai préparés en sept mois et je remporte une médaille de bronze sur 100 mètres. Mais, je savais que j'avais la possibilité de ramener une médaille d’or, donc j’ai continué, j'ai changé de structure, d'entraînement pour pouvoir avoir la médaille d'or à Rio. »

Après son titre paralympique, Nanto a voulu réussir le doublé, mais une blessure l’empêche de rééditer son exploit.

« Je me fais une grosse entorse qui me handicape et je ressors des Jeux de Tokyo en étant un peu frustrée. Là, je me dis, c'est bon, j’arrête. »

Elle met en suspens sa carrière, coupe du sport pendant « sept mois » mais va reconsidérer sa décision - « ça serait dommage d’arrêter là » — face à l’opportunité de disputer des Jeux à domicile.

Les Jeux Paralympiques de Paris 2024, du 28 août au 8 septembre 2024, deviennent une motivation, un but, le dernier de sa carrière.

« L'envie de faire les Jeux à la maison, c'est ce qui va être mon leitmotiv jusqu'à Paris. J'ai été beaucoup blessée durant toute ma carrière, au bout d'un moment, le corps est fatigué. On verra l'année prochaine. »

Quatrième du 100 m T13 lors des Mondiaux de para athlétisme 2023 à Paris, Nantenin Keïta a réussi son retour à la compétition après être revenue à l’entrainement en mars dernier.

Multi-médaillée paralympique, elle ne fait pas du résultat sportif une obsession, comme d’autres athlètes. Nantenin Keïta veut terminer sa carrière sans « aucun regret » et montrer que malgré les obstacles, elle est restée debout et fière.

« Ressortir des Jeux de Paris en se disant, je n'ai aucun regret, que j'ai fait ce que j'avais à faire, que j'ai été au bout de mon histoire, que je suis fière de moi, ce qui n'est pas facile. Ça serait déjà génial. »

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