Pierre-Ambroise Bosse a peut-être pris sa retraite sportive, mais il court toujours après un record du monde : celui de collecte de mégots. Découvrez comment l'ancien champion du monde du 800 m s'implique pour la défense de l'environnement avec certaines actions qui ne sont pas sans rappeler sa vie d'athlète.
(2021 Getty Images)
Pierre-Ambroise Bosse ne va pas courir après une médaille olympique en cette année des JO de Paris 2024, mais il continue de poursuivre son objectif d'« œuvrer pour la préservation de la planète et de l'humanité ».
Voici ce que le néo-retraité des pistes d'athlétisme confiait dans une interview avec Kita l'an passé.
« C'est très prétentieux de ma part d'avoir dit ça ! Mais j'ai dit l'humanité, parce que la planète s'en sortira très bien sans nous ! On va sûrement partir bien avant... Et quand je dis l'humanité, c'est en fait tous les écosystèmes qui sont sur la planète et c'est quand même nous le poison ! [Rires] », a réagi PAB dans une interview avec Olympics.com.
Pendant près de 30 minutes, le champion du monde 2017 du 800 m s’est confié au sujet de son engagement écologique qui fait écho à l’ambition environnementale de Paris 2024 d’organiser des Jeux plus responsables.
À l’occasion de la Journée internationale du zéro déchet, découvrez comment il a pris conscience de la gravité de la situation planétaire avant de viser un record mondial de collecte de mégots. De ses écogestes au rôle essentiel que doivent jouer les athlètes de haut niveau pour sensibiliser le grand public, Pierre-Ambroise Bosse se livre sans prendre de gants !
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« On m'a fait faire un ‘éco-jog’ un jour », résume Pierre-Ambroise Bosse pour expliquer les racines de son engagement pour l'environnement
Ce concept issu des pays nordiques est également appelé « plogging », mot-valise entre ploka up (« ramasser », en suédois) et jogging. Le tout désigne une course à pied à but écologique.
Le principe selon PAB ? « Sortir de chez soi avec un sac plastique et aller ramasser les déchets dans la nature tout en se faisant du bien, en faisant du sport. »
Pour lui, tout a commencé avec un groupe d’une vingtaine de coureurs à Lyon. Son ami Bryan Cantero, également sportif de haut niveau à l'époque, participait à cette séance de plogging dans le cadre du World Cleanup Day.
« C'était vraiment tous les déchets et on ne savait d'ailleurs pas trop quoi en faire », explique Bosse en précisant qu’ils s’aidaient notamment des collectivités.
Depuis cette première expérience marquante, sa vision des choses a changé, notamment sur les mégots.
« J'ai l'impression qu'en France, c'est quelque chose qui n'est pas très visible », confie-t-il au sujet des bouts de cigarettes, en faisant la comparaison avec d’autres pays où il y a plein de déchets. « [Ici,] c'est omniprésent quand on fait ce genre d'éco-jog’. Moi, ça m'a choqué. C'est ça le déclic. »
Après son premier éco-jog’, Pierre-Ambroise Bosse s’est senti « grandi » à plusieurs égards. Pour lui, courir et ramasser des déchets sont deux choses antinomiques : « on ne peut pas faire les deux en fait ». Cette pratique laisse le temps de parler entre participants, histoire de joindre l’utile à l’agréable.
« Ceux qui viennent prendre un peu de leur temps pour faire ça, ce sont des gens bienveillants, croyez-moi », confie-t-il avec le sourire. « Et puis, le soir, on se sent un bon citoyen, donc ça flatte un peu l'ego aussi ! »
Mais pour que la mayonnaise monte, il manquait un ingrédient, comme une petite étincelle. « On est sorti de là en se disant qu’il faut que ce truc-là soit ludique, sinon la révolution ne prendra pas du tout. »
C’est ainsi qu'est venue l'idée du Festival sportif et culturel pour l'environnement, sur la base d’un éco-jog’ destiné à sensibiliser les gens, sans pour autant les moraliser. Après une première édition réussie du Lille Eco Sport Challenge (LESC) en 2022, l’événement suivi par Ecolosport a été organisé à Lyon au printemps dernier.
Et aux côtés d’un champion du monde, comment ne pas viser un record planétaire ? De retour chez les Ch’tis pour le World Cleanup Day 2023, PAB et ses troupes ont alors ramassé... 917 100 mégots. À ce rythme, l’objectif du million devrait bientôt passer pour des clopinettes !
« On est encore aux balbutiements d'un grand mouvement : il y a de plus en plus de monde qui s'intéresse à ce qu'on fait », confie-t-il avec l’envie de continuer à dupliquer leur évènement dans d’autres villes françaises.
Pierre-Ambroise Bosse décrit « une vraie mécanique » autour des mégots, et de toutes les autres typologies de déchets qu’ils collectent, qui sont ensuite revalorisés par des partenaires. C’est notamment le cas de l'entreprise brestoise MéGO! qui recycle les bouts de cigarettes en mobilier urbain (bancs et poubelles).
Sachant qu’un seul mégot pollue 500 litres d'eau, c'est vraiment symbolique pour son équipe de s'occuper de ce fléau-là. Dans ses rangs, on retrouve d'ailleurs des fumeurs qui jetaient les restes de leurs cigarettes par terre il y a encore quelques mois.
« Aujourd'hui, ils comprennent que le mégot pollue énormément et a une seconde vie », apprécie PAB.
Pierre-Ambroise Bosse se considère comme « quelqu'un d'assez économe ». Sans voiture depuis longtemps, il se déplace à pied et en transports en commun.
« Si on peut, avec des gestes simples, […] œuvrer à notre petit niveau, c'est sur ce genre de petits détails que je me bats », explique-t-il avec modestie.
L’avion ? Il ne le prend quasiment plus, sauf en cas d'extrême nécessité pour éviter de longs voyages énergivores sur le plan physiologique.
« J'ai une personnalité qui aime les voyages, donc ça me coûte depuis quelques années », avoue PAB. Mais il y a d’autres manières de voyager selon lui : dans sa tête, avec les gens, en allant voir des expositions...
« Finalement, […] je ne suis pas moins heureux que quand je voyageais partout dans le monde il y a quelques années », reconnaît-il en parlant de sa sobriété énergétique.
Pierre-Ambroise Bosse est du genre à joindre le geste à la parole. Et il aimerait que d'autres en face de même.
Pour lui, les athlètes de haut niveau ont l'avantage d’avoir une aura qui leur permettent d’avoir un véritable impact sur les gens, comme les « influenceurs ».
Partisan du boycott, PAB considère que c'est à eux de jouer un rôle majeur et qu'ils ont une responsabilité en ce sens. Il incite donc les grandes stars du sport international qui veulent vraiment faire changer les choses à faire porter leur voix.
Mais ces modèles qui ont la possibilité d'inspirer de nombreuses générations ne sont pas les seuls à devoir agir. L'athlète français reproche notamment à certains parents de donner parfois le mauvais exemple.
« J'en vois des milliers, des gens dans leur voiture, jeter leur mégot. Voilà, on sait à peu près ce que les enfants peuvent devenir... Je ne veux pas être dans le cliché, mais en tout cas, ça ne les choquera pas de faire ça plus tard. Promis, je ne suis pas négatif dans la vie. Mais là, vous me parlez d'environnement... [Rires] »
Pierre-Ambroise Bosse a peut-être terminé sa carrière sportive, les efforts qu'il fait pour ses convictions ne sont pas prêts de s'arrêter