John Morris, l'incroyable champion olympique qui s'essaye à toutes les variantes du curling

John Morris est d'ores et déjà une légende du curling canadien, mais il n'est pas près de raccrocher son balai, encore moins depuis sa victoire au tout premier tournoi olympique de double mixte en curling aux Jeux de PyeongChang 2018.

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À 41 ans, John Morris a accompli presque tous les exploits possibles au curling. Il a gagné Le Brier (la plus grande compétition canadienne de curling masculin, d'une importance quasi religieuse), les Championnats du monde et remporté la médaille d'or à domicile aux Jeux Olympiques de Vancouver 2010 devant une foule de Canadiens en liesse. Il aurait très bien pu décider de se reposer sur ses lauriers, mais ce n'est pas du tout le genre du balayeur, qui exerce également en tant que pompier à Canmore dans l'Alberta.

John Morris
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Ainsi, pour les Jeux de PyeongChang 2018, il s'est donné un nouveau défi en décidant de s'essayer au double mixte en curling. Il a remporté la toute première médaille d'or de cette nouvelle épreuve olympique aux côtés de Kaitlyn Lawes, prouvant une fois de plus qu'il méritait sa place dans les annales du sport.

"J'adore jouer en double mixte, s'exclame John Morris. Je me vois y jouer plus longtemps que le curling homme, c'est dire ! C'est vraiment prenant. Je pense que cette discipline va avoir une véritable influence sur l'avenir du curling. C'est en tout cas bien parti pour depuis 2018.

Ce qui me plaît, c'est le côté dynamique et rapide. Une partie dure une heure trente et non pas trois heures. C'est également assez accessible parce qu'on n'a pas besoin de quatre joueurs. C'est pour ça qu'il y a déjà une soixantaine de pays qui s'y sont mis. C'était génial de participer à cette première épreuve olympique de double mixte. En plus, beaucoup de pays ont leur chance de gagner, c'est super parce que dans beaucoup de sports, ce sont toujours les mêmes pays qui gagnent. En double mixte, tout le monde a ses chances."

John Morris et Kaitlyn Lawes ont été un duo parfait. Ils ont vaincu la talentueuse équipe norvégienne en demi-finale avant d'écraser les Suisses champions du monde en titre avec un score de 10-3 dans le match pour la médaille d'or. "On avait un bon modjo, se souvient le Canadien. Je ne sais pas grâce à quoi. Kaitlyn et moi sommes nés le même jour, c'est peut-être ça ? Nous étions totalement concentrés. Nous avons su improviser et nous adapter quand il le fallait. C'était un réel plaisir de concourir à ses côtés."

Qui dit plus petite équipe, dit également plus d'action. "Une autre raison qui fait que j'adore cette discipline, c'est qu'on a bien plus de contrôle sur le dénouement du jeu, explique-t-il. Au curling traditionnel, on ne s'occupe que de 25 % des tirs. En double, je jouais trois tirs sur cinq, soit 60 %. On peut donc vraiment influer sur le résultat. La dynamique est différente avec une coéquipière féminine, mais nous étions tellement concentrés sur notre objectif que rien n'a réussi à nous distraire. Kaitlyn a été incroyable."

John Morris a toujours été un innovateur au curling, qualité qu'il tient probablement de sa famille de pionniers. En effet, son arrière-grand-père et son père ont tous deux fait du curling à un niveau national. Son père, Earle Morris, est d'ailleurs l'inventeur du Stabilizer, un balai de curling breveté.

"Nous sommes clairement une famille curling, confirme le joueur. On ne m'a pas poussé à en faire, j'ai pratiqué plein de sports différents, mais j'ai commencé à y jouer à cinq ans et je suis devenu bon. Ce qui m'a vraiment rendu accro, c'était de voyager pour des matchs les week-ends et d'être avec mes amis. Un jour, on a gagné une Gameboy Nintendo ; il ne m'en a pas fallu plus.

Mon père a eu une influence majeure sur moi. Il m'a enseigné beaucoup de choses sur la tactique, la stratégie et la mécanique du jeu. Il m'a également aidé à gérer mon comportement. J'avais un mauvais caractère plus jeune et il m'arrivait de m'énerver sur mes coéquipiers. Je me souviens qu'il me répétait : 'si tu continues d'agir comme ça, plus personne ne voudra jouer avec toi'. Ça m'a poussé à changer d'attitude.

Je viens d'une famille de militaires. La discipline et l'éthique de travail sont essentielles pour réussir dans ce sport. Nous détestons tous perdre et voulons toujours absolument gagner, peu importe de quoi il s'agit. C'est ça qui m'a catapulté au niveau supérieur. Quand je perdais une partie, j'essayais de comprendre pourquoi, ce que j'avais mal fait, pour ensuite me concentrer sur cette faiblesse afin que ça n'arrive plus. Je refusais tout bonnement de perdre. J'ai encore cette ténacité en moi."

Pour atteindre le sommet, John Morris a notamment énormément travaillé sur son physique. Il en a même écrit un livre, Fit to Curl, paru un an avant son heure de gloire à Vancouver. "Il y a 50 ans, le joueur de curling moyen n'était pas vraiment un athlète, déclare le Canadien. C'était un jeu social avant tout. Mais ceci a changé lorsque le curling a été inscrit au programme olympique en 1998 [après en avoir été retiré en 1924]. Les Jeux représentent le summum du sport, donc les athlètes cherchent naturellement à mettre tous les avantages de leur côté pour cette compétition.

Je savais que je voulais me hisser sur la première marche du podium et que dans ce sport, la victoire se joue à très peu. Donc je me suis dit que le fitness pourrait peut-être m'aider. Les joueurs de curling ne misaient pas encore dessus à l'époque. J'ai ainsi décidé de m'entraîner encore plus et de manière plus ciblée.

Comme le niveau standard ne cesse d'augmenter au curling, il ne suffit plus d'être un bon joueur. Il faut être un excellent balayeur pour gagner. Il arrive que l'on brûle 800 calories en une partie, donc il faut être en forme pour tenir et ne pas s'épuiser. Mon livre a très bien marché, tous les exemplaires se sont écoulés."

Grâce à son excellente forme physique, John Morris a décroché l'or en 2010, un moment incroyable pour le Canadien. "Je pense qu'il n'existe pas de meilleure expérience dans la vie que de gagner une médaille d'or olympique dans son pays natal, confie-t-il. Tout le monde a les yeux rivés sur vous. C'est le meilleur événement sportif au monde. Tous vos amis et votre famille sont là pour célébrer ce moment avec vous, tous ceux qui vous ont accompagné pendant vos hauts et vos bas.

Je me suis senti incroyablement fier. C'était surréaliste aussi, car on se retrouve soudain à jouer au ping-pong avec ses héros, comme le hockeyeur Sidney Crosby, au village olympique. C'était vraiment très cool."

Les Jeux de PyeongChang ont quant à eux été une occasion unique de découvrir une nouvelle culture pour le Canadien. "C'était une très bonne expérience du début à la fin. J'ai adoré cet endroit et les gens que j'y ai rencontrés. En plus, contrairement à la majorité de mes coéquipiers, j'adore le kimchi.

Nous avons remporté l'or durant la première semaine, donc nous avons eu la chance immense de profiter des deux semaines suivantes pour nous amuser et explorer. Je suis même allé à une fête de la truite arc-en-ciel avec mon père parce que nous sommes deux fans de pêche.

John Morris
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Nous nous sommes rendus dans une petite ville de montagne dans laquelle il n'y avait pas un seul autre athlète. Il n'y avait que des Coréens qui ne parlaient pas un mot d'anglais. Nous y avons passé un super moment. Nous avons attrapé des truites qui ont ensuite été magnifiquement cuisinées pour nous dans un chaudron. Ils ne savaient pas que je venais de remporter une médaille d'or et pourtant ils ont été extrêmement bienveillants avec nous."

John Morris vise à présent une troisième médaille d'or olympique aux Jeux de Beijing 2022, même s'il ne sait pas encore dans quel tournoi. Quoiqu'il décide, il estime être encore au top de sa forme aujourd'hui. "Je ne sais pas encore ce qu'il va se passer à Beijing, avoue-t-il. Je joue actuellement en double mixte avec ma toute première partenaire, Rachel Homan, ainsi qu'au sein de l'équipe masculine de curling. On ne peut pas faire les deux aux Jeux, mais quoi que je choisisse, j'aimerais vraiment être à Beijing en 2022. J'ai beau avoir 41 ans, je suis encore en pleine forme. Je n'ai pas l'impression d'avoir perdu en niveau.

J'ai de jeunes enfants et je suis pompier. J'ai de la chance que mon travail offre une certaine souplesse, car j'arrive à maintenir un bon équilibre entre mon travail, ma vie et le sport. Quoiqu'il arrive, je vais continuer à jouer encore longtemps en double mixte. Je suis tellement heureux et fier d'avoir gagné cette première médaille d'or de l'histoire. J'ai envie de rendre ce sport encore plus populaire, même s'il l'est déjà bien plus qu'auparavant."