Jean-Charles Valladont : la zen attitude pour une nouvelle médaille à Tokyo 2020

À quelques heures du début de la compétition de tir à l’arc de Tokyo 2020, rencontre avec le vice-champion olympique en titre, Jean-Charles Valladont.

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Vendredi 23 juillet, Jean-Charles Valladont, le vice-champion olympique en titre en tir à l'arc individuel, et Lisa Barbelin, la n°1 mondiale chez les femmes, débuteront le tournoi olympique de tir à l'arc sur le terrain de Yumenoshima.

Après une première participation olympique à Beijing 2008 à tout juste 18 ans, et une deuxième à Rio 2016 où il a décroché la médaille d’argent, Jean-Charles Valladont arrive avec sérénité sur les pas de tir tokyoïtes.

Un état d’esprit qu’il doit à des années de préparation mentale pour trouver l’équilibre parfait entre la compétition et la décompression.

Le développement personnel fait partie intégrante de son entraînement et explique la longévité de l’archer dans le sport de haut niveau.

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Cibler ses peurs

Pourtant, cette « zen attitude » n’a pas toujours été le quotidien de Jean-Charles Valladont.

Plus que l’envie de gagner, Valladont est surtout poussé par l’envie de bien faire que lui a été inculqué ses parents dès son plus jeune âge.

« Quand on était petit, on pouvait faire ce qu’on voulait tant qu’on se donnait à fond », raconte-t-il à Olympics.com.

« L’envie, c’est de réussir et d’aboutir ce que j’entreprends et en sport, cela se matérialise par des victoires en compétition. »

Une belle source de motivation qui a cependant sa part d’ombre.

« À certains moments, j’avais plus peur de décevoir que de gagner la compétition. »

Mais en continuant de s’entraîner et en voyant les victoires s’accumuler, cette crainte s’est dissipée pour laisser place à une nouvelle, à laquelle il ne s’attendait pas forcément : la médiatisation.

En 2008, alors qu’il pensait avoir manqué le quota olympique de peu, un reclassement lui a finalement validé son ticket pour ses premiers Jeux Olympiques à Pékin. Une immense reconnaissance pour le jeune archer, qui s’est classé 48e des ces Jeux, mais qui a vécu une première expérience olympique exceptionnelle au milieu des meilleurs archers du monde. Sans surprise, les caméras se sont vite intéressées à ce jeune archer prometteur.

« Au début j’avais du mal avec le relationnel avec les médias », avouait-il.

« J’avais parfois la trouille de gagner une compétition parce que je me disais que j’allais devoir parler devant une caméra après. »

Cette même année, Jean-Charles Valladont avait intégré l’INSEP, le cœur névralgique du sport de haut niveau français basé à Paris. Hormis des infrastructures idéales pour s’entraîner, ce centre dispose également de nombreux psychologues du sport et préparateurs mentaux. Dès lors, l’archer s’est mis au travail pour arriver plus serein sur les compétitions.

« On a travaillé sur la relativisation des événements », expliquait-il.

« Quand je me sens stressé, plutôt que de me laisser submerger par ce stress je me dis "Oui il y a du stress, pourquoi ? Parce qu’il y a de l’enjeu et que tu en as lourd sur les épaules, mais maintenant la responsabilité, tu l’as, donc prend-la et va jusqu’au bout."»

« Cela ne veut pas dire que je ne stresse pas, mais je m’en sers de manière bénéfique. »

En prenant conscience de ses peurs et en travaillant avec les préparateurs mentaux, Jean-Charles Valladont a réussi à canaliser ses émotions pour gagner en confiance et en sérénité.

L’équilibre entre la compétition et la nature

Mais il y a un autre point primordial qui explique la longévité et la constance de Jean-Charles Valladont dans son sport. Il appelle cela « son parallèle ».

« Ce n’est ni du sport, ni du travail, c’est vraiment la chose qu’on aime faire à côté pour être bien dans sa tête. Certains vont avoir besoin de se poser dans le canapé avec une série, d’autres d’aller faire du shopping en ville. Moi c’est d’aller aux champignons, à la pêche et à la chasse. »

Ce besoin de nature, il l’a toujours eu, lui qui a grandi dans la petite ville de Boussière dans le Doubs et qui a passé beaucoup de temps en nature dans sa jeunesse.

La prise de conscience de ce besoin de déconnecter a eu lieu lors de l’année des Jeux Olympiques de Londres 2012.

Cette année-là, après quatre ans de préparation pour les Jeux Olympiques, Valladont s’est blessé. Il a manqué les sélections olympiques françaises qui se déroulaient en début d’année. Manquer ces Jeux Olympiques après avoir participé à Beijing 2008 était une déception pour l’archer.

Mais, pour ne pas rester à rien faire et attendre la prochaine olympiade, Valladont s’est lancé dans le tir en campagne. Une activité très similaire au tir à l’arc olympique mais qui se déroule en pleine nature. Alors que ses coéquipiers de l’équipe de France tiraient sur le pas de tir olympique de Londres, Jean-Charles Valladont est devenu champion du monde de tir en campagne à Val d’Isère.

Dès lors, il a compris qu’il avait besoin de varier ses entraînements et de ne pas rester exclusivement sur les pas de tirs olympiques pour être heureux dans sa pratique sportive.

« Je suis quelqu’un de très dissipé. Je suis incapable de resté concentré une journée complète ou même 5h non-stop sur un terrain de tir à l’arc. »

Il a alors expliqué son entraîneur de l’époque, Marc Dellenbach, que pour se sentir bien, il devait partager son temps entre l’entraînement de haut niveau et une forme de retour au source.

« Il a compris que j’avais besoin de cela. S’il avait essayé de me faire rentrer dans un moule qui ne me convenait pas, j’aurais fait comme 90% des archers que j’ai vu passés à l’INSEP. J’aurais fait 2/3 ans et je serais parti dans la vie active. »

« Aujourd’hui je suis le seul à avoir tenu aussi longtemps, cela prouve bien qu’on a réussi à s’adapter à ce qui me convenait tout en restant dans les clous des exigences fédérales et du sport de haut niveau. »

Jean-Charles Valladont a donc divisé sa semaine en deux, passant une moitié à l’INSEP et l’autre dans sa maison de campagne. Pour autant, lorsqu’il est chez lui, il n’arrête pas de s’entraîner, mais ses séances sont un peu moins académiques.

« Passer une heure et demie dans une salle à soulever des poids en fonte, je comprends l’intérêt sportif, mais c’est horrible pour moi, je ne supporte pas cela. Je préfère prendre une masse et aller couper deux stères de bois. C’est aussi efficace et psychologiquement, c’est mieux pour moi. »

Il ne faut pas oublier que le tir à l’arc est une vraie passion pour Jean-Charles Valladont. Il possède un terrain de tir chez lui et pratique la chasse à l’arc. Il n’arrête donc jamais de perfectionner son mouvement, peu importe l’objectif.

Et le prochain objectif qui s’approche à grands pas pour l’archer, c’est de faire la meilleure performance possible aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Tokyo 2020 : « J’y vais pour l’or »

Cet été, Jean-Charles Valladont a un rendez-vous hautement important, loin de sa campagne et de la tranquillité de la forêt.

À Tokyo, il aura l’occasion de briller trois fois lors de ces Jeux Olympiques : en individuel, par équipes masculines avec Pierre Plihon et Thomas Chirault et par équipes mixtes avec Lisa Barbelin.

Si le titre individuel fait de l’œil au compétiteur qu’il est, il convoite également les titres par équipes qu’il trouve encore plus savoureux.

« Si j’avais à choisir entre une victoire en individuelle ou par équipes, je prendrais celle par équipes pour pouvoir partager cette victoire. »

L’équipe de France masculine est actuellement 4e au classement mondial, à égalité avec les Pays-Bas.

Mais comme il aime le rappeler : « En tir à l’arc, tout le monde peut battre n’importe qui. On sait tous mettre nos flèches au bon endroit. Ce sont ceux qui seront présents le jour J et qui seront capables de tout mettre en œuvre pour réussir qui se démarqueront. »

C’est donc dans un état d’esprit serein et sans pression que Jean-Charles Valladont va aborder ses troisièmes Jeux Olympiques et qui sait, revenir avec trois belles raisons d’honorer son rituel d’après compétition : boire un petit verre avec ses coéquipiers et amis avant d’entamer sa préparation pour les Jeux Olympiques de Paris 2024.