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C’est avec « beaucoup de fierté et d’honneur » que Ludovic Fabregas a porté pour la première fois le brassard de l’équipe de France de Handball masculine, lors de son dernier rassemblement mi-mars dernier.
Une consécration pour le Catalan de 27 ans, considéré comme le meilleur pivot du handball masculin actuel et qui n’était pas forcément destiné à atteindre de tels sommets.
Mais doté d’une volonté d’apprendre et de progresser de tous les instants, le récent champion d’Europe 2023 a gravi les étapes jusqu’à être nommé pour le titre de meilleur joueur du monde.
À quelques mois de disputer ses troisièmes Jeux Olympiques avec la France, Chiki ne compte pas s’arrêter là. Il veut continuer à progresser, allant jusqu’à faire un appel à rencontre, lors de cette interview exclusive avec Olympics.com, au sélectionneur de l’équipe de France de Rugby, Fabien Galthié.
« Bonjour Monsieur Galthié, j'aimerais bien échanger avec vous pour évoquer la Coupe du monde de rugby de 2023 qui a eu lieu en France où malheureusement l'équipe de France a terminé son parcours en quart de finale. J'aimerais bien savoir un petit peu comment vous avez préparé cette grande compétition et cette grande échéance en France. »
Car sous ses allures de combattant ultime sur le terrain, se cache un passionné d’analyse et de performances, mettant tout en œuvre pour devenir le meilleur joueur possible.
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« Chiki, c'est venu de Didier Dinart et Cédric Sorhaindo en équipe de France. Ça vient de Chiquito en espagnol, ça veut dire « le petit ». Quand je suis arrivé, j'avais 18 ans, j'avais beaucoup à apprendre et ça me convient toujours parce que je garde un peu cette mentalité de jeune. J'essaie d'avoir le maximum de fraîcheur et de garder cet œil, cette passion au quotidien pour le hand. »
Du Chiki, 18 ans, fraîchement international en 2015 à Fabregas, champion d’Europe 2023, la mentalité est restée la même. Travailler, progresser et grandir en tant que handballeur, mais également en tant qu’homme.
« J'ai l'impression qu'en fait, à chaque compétition, il y a quelque chose de plus à chaque fois. Avec la durée, on se sent plus à l'aise, on prend de l’expérience. La confiance que j'ai pu accumuler, elle est venue aussi grâce aux performances qu'on a pu avoir ensemble. »
Et quelles performances ! Lors des derniers Jeux Olympiques, Ludovic Fabregas et l’équipe de France de handball ont remporté un nouveau titre olympique face au Danemark, 25 à 23. Une première médaille d’or pour Fabregas, qui a vécu cela comme un véritable boost de confiance.
« À mon avis, il y a un avant JO 2020 et un après JO 2020. Après ces JO, c'est là où j'ai le plus progressé et le plus assumé mes responsabilités. Gagner les JO pour ma part, c'était la première fois et forcément sur les mois qui suivent et les compétitions après, tu te sens plus fort, plus légitime. J'espère qu'il y aura un avant et un après Paris 2024 et dans le bon sens ! », raconte-t-il, souriant, au micro d’Olympics.com.
Les Bleus retrouveront d'ailleurs le Danemark dès la phase de groupe, dont le tirage au sort a eu lieu ce mardi 16 avril.
Pas le plus connu des handballeurs français, Ludovic Fabregas n’a jamais cherché la lumière. Son « côté discret » n’ambitionne pas la célébrité, seulement « d’écrire la plus belle histoire possible dans ma carrière ».
« C'est toujours plaisant d'être mis en avant par rapport à tes performances, par rapport à ce que tu peux dégager, mais moi tout ce que je veux, c’est de vivre ma passion à 100 % et de transmettre toutes les valeurs que j'ai pu apprendre et que je continue d'apprendre au quotidien à mes proches et notamment à mon fils. »
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« À la base, je pars quand même de très loin quand je me présente au pôle espoir de Montpellier. De voir comment j'ai pu arriver à ce niveau-là, intégrer l'équipe de France et y perdurer, personne ne pouvait s'y attendre, moi le premier. Ça a été beaucoup de travail et beaucoup de détermination. »
Il l’admet sans détour, Ludovic Fabregas est lui-même surpris de sa trajectoire au plus haut niveau. Un club fut déterminant dans sa progression : le FC Barcelone.
En Catalogne, Chiki grandit comme joueur et en tant qu’homme. Il y découvre l’exigence du plus haut niveau au sein du club le plus titré d’Espagne où chaque défaite est vécue comme un drame.
« À Barcelone, tu ne peux pas accepter de perdre. Tu dois tout le temps gagner, tu dois tout le temps être bon. C'est ce que je disais à chaque fois aux joueurs moins expérimentés : Espabila ! en espagnol, ça veut dire réveille-toi. »
Inspiré par l’entraineur Xavier Pascual, le Français va devenir méticuleux dans sa préparation de match.
« Quand j'ai connu Xavier Pascual, j'ai vu ce que c'était d'être pointilleux dans la préparation des matchs. J'ai essayé de me l'approprier, de l'utiliser pour l'équipe de France. Ça demande beaucoup de travail, mais je trouve que ça peut faire la différence. En tous cas, c'est la sensation que j'ai eue sur les deux dernières compétitions. »
« Je prends des notes, mais j'aime bien faire les choses bien et j'essaie de faire des jolis dossiers, histoire que ça soit attractif à l'œil. Aujourd'hui, je pense ne rien banaliser. Ma volonté, c'est vraiment de donner une importance capitale à tout ce que je peux faire dans mon quotidien, à l'entraînement et sur les matches. »
Désormais au Veszprém KSE avec notamment le Français Nedim Remili, Ludovic Fabregas apporte son expérience au club hongrois dans sa quête à sa première étoile européenne. En Hongrie, le pivot de 27 ans continue de se développer dans des conditions bien éloignées de sa catalogne natale.
« J'ai appris à découvrir aussi un nouveau championnat avec un style de jeu différent, un arbitrage différent, des séances de musculation totalement différentes. C'est super enrichissant parce que ça te permet d'avoir un "bagage handball" qui se développe et qui peut te permettre de continuer à progresser. »
Progresser, être solide en toutes circonstances, tel est l’état d’esprit dans lequel Ludovic Fabregas se trouve depuis le début de sa carrière. Cette régularité est une véritable bénédiction pour l’équipe de France, qui s'en remet souvent à son pivot dans les moments chauds.
Comme la lumière d’un phare lors d’une mer agitée, Fabregas semble être le joueur idéal pour guider les Bleus vers un nouveau titre olympique.
Lors des prochains Jeux Olympiques, l’équipe de France de handball sera particulièrement attendue. Tenants du titre, les Bleus de Nikola Karabatic ont également remporté le Championnat d’Europe en début d’année.
Un titre européen qui ne change pas grand-chose pour Ludovic Fabregas dans sa préparation olympique.
« On va avoir une préparation totalement différente entre le championnat d'Europe et les JO. On parle d'une préparation de six jours et d'un mois, donc ce n'est pas la même approche. Il faut qu'on s'appuie sur ce qu'on a fait aux championnats d'Europe, mais en continuant de chercher cette progression et cette perfection. Ça a toujours été ça l'équipe de France : ne jamais s'asseoir sur les résultats du passé, parce que la volonté, c'est d'écrire l’avenir. »
Après avoir participé à deux éditions de Jeux Olympiques d’été, le pivot des Bleus, expérimenté, rappelle que l’importance de la préparation mentale pour ce type d’événement.
« Tout le monde nous voit gagnants même avant de jouer la compétition et je pense qu'il est important pour nous de savoir gérer ces émotions-là. »
« On doit arriver à se projeter et savoir : Quelle sera l'attente ? Comment va nous recevoir le public français ? Quelle pression va-t-on avoir sur les matches ? Quelle pression par rapport aux médias ? C'est important de gérer tout ça en amont. Ne pas se préparer à ça serait une erreur et ça pourrait précipiter un échec. »
Fan de rugby, il rappelle l’exemple du XV de France que de nombreux observateurs avaient déclaré comme favori lors de la dernière Coupe du monde, en automne dernier.
« Le XV de France, tout le monde les voyait champion du monde à la maison et malheureusement, ils perdent en quart de finale et on considère ça comme un très grand échec. Ça m'intéresserait de savoir comment ils se sont préparés pour se nourrir de cette expérience et essayer d'être le plus préparé possible, non pas seulement physiquement, mais aussi mentalement pour les JO. »
Compétiteur, Fabregas ne vise que la victoire à Paris mais n’oublie pas que lorsqu’on lui demande à quoi pourrait rassembler ses Jeux Olympiques de rêve, un vecteur souvent sous-estimé : l’émotion.
« Au-delà aussi des résultats, ce qui est important, c'est de vivre ces émotions. »
« Les Jeux Olympiques à domicile, ça n'arrive qu'une fois dans une vie. Ce qui est important, c'est vraiment de profiter de ces moments-là. C’est quelque chose d'unique. »
Ludovic Fabregas during his interview with Olympics.com
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