Auréolée de sa médaille aux Mondiaux 2022, la première depuis treize ans, Coline Devillard est de nouveau sur le devant de la scène de la gymnastique artistique française. Elle arrive aux Championnats d'Europe 2023 (11-16 avril à Antalya, en Türkiye) pleine d’ambition, mais toujours sans la moindre pression.
(Olympics.com)
Dans le sport, le plus dur, c'est de confirmer. Coline Devillard le sait mieux que quiconque.
Il y a six ans, pour son premier rendez-vous mondial, elle était sacrée championne d’Europe au saut. À 16 ans, elle remportait le premier titre européen de la gymnastique féminine française depuis 2005. Un exploit colossal.
« C'était ma première compétition senior. En junior, je n'avais jamais fait de Championnats d'Europe ou du monde. Je n'avais rien fait. J'étais merguez, vraiment nulle. Mais là, j'avais fait ce qu'il fallait faire pour être qualifiée... Et petite surprise, j’arrive… Franchement, c'était trop bien mais je ne l'ai pas refait depuis. Donc ça serait bien que… », souffle Devillard.
Du 11 au 16 avril, l’équipe de France de gymnastique artistique est à Antalya, en Türkiye, pour les Championnats d’Europe 2023 .
Au sein de cette délégation figure ce rayon de soleil nommé Coline Devillard, qui brille de mille feux depuis sa médaille mondiale en novembre dernier. Elle est revenue avec Olympics.com sur son nouvel état d’esprit, clé de sa réussite actuelle, et ses grandes ambitions pour la compétition continentale, mais aussi pour les années à venir.
Assise en tailleur dans la confortable salle de gymnastique de l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance, à Paris) lors d'une journée dédiée aux médias, Coline Devillard a désormais 22 ans.
Un jeune âge pour le commun des mortels, mais l’âge de la maturité dans le monde de la gymnastique. Après une période post-titre européen difficile, marquée notamment par des blessures, la comète Devillard a une nouvelle fois surgi dans le ciel de la gymnastique en novembre 2022 : aux Championnats du monde de gymnastique à Liverpool (Angleterre), Coline Devillard a décroché la médaille de bronze au saut. La première médaille mondiale pour l'équipe de France féminine depuis treize ans et le bronze de Youna Dufournet, en saut également.
« Aux Mondiaux, j'étais bien. Physiquement et dans ma tête, j'étais prête. Tout était bon... J'ai fait ce que j'avais à faire, ce que je fais à l'entraînement. Je le fais dix fois par jour. Je me suis dit que le faire une fois en compétition, ça n'allait pas me tuer. J’ai réussi à le faire et voilà la médaille. Après, il faut assumer. »
Assumer, confirmer… Derrière ces mots se cache la grande complexité du sport. Les fameux instants dans la carrière d’un athlète où le mental prend le pas sur le talent. Les Championnats d’Europe de gymnastique d’Antalya en Türkiye sont donc le terrain idéal pour montrer le nouveau statut de Coline Devillard.
« Oui, oui, le plus dur est d’assumer. Il y a les Championnats d’Europe, c'est pareil. Je ne veux pas me porter la poisse, mais oui... J'aimerais redevenir championne d’Europe. »
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Avec Marine Boyer, Coline Devillard est la tête d’affiche de l’équipe de France féminine aux Championnats d’Europe. Ce n’est en revanche pas dans le rôle de capitaine qu'elle s'épanouit, mais dans celui de la bonne copine.
« Leader, je laisse le travail à Marine (Boyer). Elle est très bien là-dedans, depuis toujours. […] Je suis plus le genre de personne qui va essayer de détendre les filles, qui va essayer de me détendre en même temps que j'essaie de les détendre. J'aime bien rigoler et c'est vrai que je suis quelqu'un d'assez "hi hi hi". »
Avant son interview pour Olympics.com, Coline Devillard se prête au jeu du shooting photo. Devant l’objectif des photographes, elle mêle le sérieux de ses postures gymnastiques avec sa joie communicative, quelques semaines après de grands exploits. La médaillée de bronze mondiale a déjà remporté deux étapes de Coupe du monde 2023 en saut, à Bakou (Azerbaïdjan) et à Doha (Qatar). Comment expliquer ce récent boost de performance chez la Française ?
« Je pense que j'ai changé ma façon de fonctionner et de voir le sport de haut niveau. […] Je fais une préparation mentale avec une psychologue. J'ai tout mis en place pour que ça se passe bien. Et puis je ne me prends pas la tête. Vraiment. »
Le détachement au résultat et à la performance semble être la clé pour Coline Devillard. À l’instar d’une Simone Biles qui avait mis en lumière la pression qui pouvait peser sur une gymnaste lors des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, la Française de 22 ans tient un discours plein de maturité sur l’importance du mental et sur sa nouvelle philosophie.
« Le jour de la compétition, j'essaye d'envoyer balader tout ce qui n'est pas bon et de garder ce qui va. Je me persuade que ça va bien se passer et puis on souffle un bon coup. C'est peut-être ça, aussi, qui me permet aussi de me lâcher, d'être un peu plus détachée de la performance au final. »
Coline Devillard révèle ensuite une autre raison de son succès : son entourage. Celui-ci lui permet de donner le maximum à chaque compétition et surtout de conserver son amour pour la gymnastique, un sport connu pour son exigence.
« Tu ne peux pas te dire tous les matins : "Whoa trop bien. J'ai envie d'aller me flinguer au saut." C'est faux. Il y a des jours où tu as mal partout. Tu te lèves, tu as mal au dos, aux chevilles, tu craques de partout. »
« On a un très bon entourage, que ce soit les filles avec qui on s'entraîne et tous les entraîneurs. Ça aide. Ils comprennent le fait que ça peut être compliqué mais malgré tout, ils sont là, ils te poussent. J'ai des coéquipières et des amis qui font aussi d'autres sports qui m'ouvrent l'esprit car au final, ne penser qu'à la gym me tue. C'est un tout qui fait que, au final, j'arrive à continuer et que j'aime ça toujours autant. »
À Tokyo 2020, Coline Devillard n’a pas pu profiter pleinement de l’évènement. Non-sélectionnée, elle a dû se contenter du statut de réserviste. Une mauvaise expérience ? La pétillante Coline Devillard refuse ce constat et la joue collectif une fois de plus.
« L'expérience était folle. […] La gym, c'était dur, forcément, parce que ce sont les Jeux en tant que remplaçante... Ce n'est vraiment pas un job facile, mais on l'a bien fait avec Célia (Serber), qui était aussi remplaçante. On a fait notre job et on est rentrées en France. »
Remporter une médaille mondiale un an plus tard l’a replacée sur le devant de la scène, mais sans pour autant la qualifier pour les Jeux Olympiques de Paris 2024. Ainsi, à presque un an des Jeux, la Française préfère conserver logiquement un discours de prudence. « Paris ? Je dis [attention], on n'y est pas encore, calmez-vous », tempère-t-elle, avant de céder à un enthousiasme enjoué et contagieux.
« Paris, c'est l'objectif. Ça ne peut qu'être bien. C'est à la maison, il y aura tout le monde. Il y a mes parents qui peuvent venir me voir si je les fais, c'est énorme. Franchement, c'est trop bien. On a tout sur place, on connaît le pays, on connaît la ville, on connaît les gens, on est chez nous ! On a tout à notre disposition pour que ça soit énorme. »
« J'ai hâte. En fait, j'espère que je vais les faire. Je ne me porte pas de poisse là, mais j'espère vraiment que ça va être mon année parce que ça va deux minutes hein (rires) ! »
Une chose est certaine, la comète Devillard n’a pas fini d’illuminer le ciel bleu.
« Je veux savourer une fois que j'aurai terminé ma carrière. Là, il y a encore plein de choses à faire et justement Paris, c'est demain. »
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