Dawid Kubacki pourrait atteindre de nouveaux sommets aux Jeux de Beijing 2022 grâce à la force de son esprit

Le Polonais Dawid Kubacki a pendant longtemps concouru dans l'ombre de son compatriote et triple champion olympique en saut à ski, Kamil Stoch, mais il fait à présent figure d'athlète prometteur à l'approche des Jeux de Beijing 2022 grâce à la nouvelle attention qu'il porte à la force de son esprit.

Photo de Getty Images

Dawid Kubacki sait exactement à quoi il doit sa forme actuelle exceptionnelle, un avantage inestimable pour le sauteur à ski qui se prépare à participer à sa première épreuve individuelle aux Jeux Olympiques de Beijing 2022 dans un peu plus de 12 mois.

"Je pense que le plus important est ce qui se passe dans la tête des athlètes", explique le Polonais qui a remporté quatre titres individuels en Coupe du monde, sa première médaille d'or en individuel aux Championnats du monde et l'or durant la très prestigieuse Tournée des quatre tremplins au cours des 12 derniers mois.

Ce succès phénoménal serait dû à la force mentale et la clarté d'esprit dont fait preuve le sauteur à ski :

"Depuis le début de l'année, je bénéficie de l'aide d'un psychologue pour m'améliorer et pratiquer des exercices pour muscler mon esprit", révèle-t-il. "Je ne sais pas vraiment comment l'expliquer, surtout dans une langue étrangère, mais j'entraîne mon imagination. Je me force à imaginer comment se déroulera le tournoi ou mon prochain saut et ce que je dois ou veux accomplir sur le tremplin. Il est question d'être prêt, de savoir ce que je vais faire pendant les quelques minutes à venir. Ça m'est vraiment très bénéfique."

Dawid Kubacki
Photo de Getty Images

Et d'ajouter : "Cela a l'air assez simple comme ça, mais rester aussi concentré demande beaucoup d'efforts. Un rien peut venir perturber cette concentration."

Pour la première fois de sa longue carrière, l'entraînement cérébral a trouvé une place dans l'emploi du temps quotidien de Dawid Kubacki : "Une fois que l'on perçoit le cerveau comme un muscle, on ne peut plus arrêter de l'entraîner." Ainsi, pendant ses entraînements, vous croiserez le Polonais à la salle de sport, sur le tremplin, mais vous le retrouverez aussi assis les yeux fermés, en silence, en train de pratiquer les techniques et exercices dont il ne peut désormais plus se passer.

Lors des Championnats du monde de ski 2019 à Seefeld en Autriche, on ne peut pas dire que cette nouvelle force intérieure était sous tension, car Dawid Kubacki occupait seulement la 27e place du classement après son premier saut en finale masculine de petit tremplin. Comme il l'admet, il avait peu de pression sur ses épaules, en dépit de sa victoire à l'épreuve par équipes de grand tremplin aux Championnats précédents. Ainsi, libéré de toutes attentes, il a réussi à sauter à 104,5 m, pour 133 points, et à décrocher son premier grand titre en individuel.

La Tournée des quatre tremplins 2020 qui s'en est suivie a, elle, été très différente. En effet, après s'être classé troisième à l'épreuve d'ouverture à Oberstdorf, puis à Garmisch-Partenkirchen, Dawid Kubacki a passé quelques jours à gamberger. Il se trouvait en très bonne position pour devenir le troisième Polonais de l'histoire à remporter l'un des prix les plus importants en saut à ski.

"J'étais un peu stressé par moments, mais j'avais un plan et je savais ce que j'allais faire sur le tremplin", dévoile le sauteur. "J'avais le droit d'être un peu nerveux avant de monter sur le tremplin ou plus tard dans la soirée, mais au sommet du tremplin, je me devais de rester concentré coûte que coûte.

Les nerfs, les spectateurs... tout était à deux mètres de moi."

Ce n'est pas aussi simple que de se créer une bulle, " il faut avoir les bons éléments en tête" pour réussir à sauter loin, insiste le Polonais. Il s'agit plutôt de trouver un équilibre.

Dawid Kubacki
Photo de Getty Images

"Il faut arriver à un stade de concentration où l'on sait ce que l'on doit faire et notre corps le fait de lui-même", explique-t-il.

L'athlète originaire de Zakopane s'est classé deuxième à Innsbruck avec deux immenses sauts à 140,5 m et 143 m dans la quatrième et dernière étape à Bischofshofen. Ces magnifiques sauts lui ont permis de remporter le sacre le plus convoité de l'année. Cette victoire le place immédiatement comme l'un des favoris pour l'or aux Jeux de Beijing 2022, statut qui ne conforte pas particulièrement l'athlète.

En effet, ses années passées à sauter à ski, une discipline des plus complexes, lui ont enseigné à célébrer ce genre de victoires sans toutefois les tenir pour acquises. Tout d'abord, il est impossible de contrôler les conditions de l'épreuve.

"À PyeongChang, il y avait tous les jours beaucoup de vent sur le tremplin. C'était une compétition difficile. Je n'ai pas eu beaucoup de chance sur le petit tremplin", se souvient le sauteur qui a terminé 35e en petit tremplin aux Jeux Olympiques d'hiver de 2018, avant de réussir à se hisser à la 10e place au grand tremplin.

"Tout le monde peut avoir ou non de la chance. Il faut rester concentré sur ce que l'on fait et croire dur comme fer que l'on aura peut-être un peu de chance cette fois-ci."

Pour la plupart, la chance ne ferait pas vraiment partie de l'équation s'ils se tenaient au sommet d'un tremplin. Dawid Kubacki comprend la peur que d'aucuns associent au saut à ski et il y est encore confronté à ce stade de sa carrière.

"Après toutes ces années sur le tremplin, je ne pense pas que "peur" soit le bon mot, mais certaines situations font que l'on doit être vraiment très conscient de ce que l'on est en train de faire. Il ne faut pas avoir peur, mais il faut respecter le tremplin", nuance-t-il. "Il faut se dire que l'on va y arriver et y croire, tout en respectant ce qu'il se passe, car il est question de vitesse élevée et de hauteurs vertigineuses."

Dawid Kubacki
Photo de Getty Images

Le Polonais pratique ce sport depuis assez longtemps pour savoir de quoi il parle. Habitué du circuit de la Coupe du monde depuis 2009, il s'est mis au saut à ski très jeune au sein du même club que son célèbre coéquipier, Kamil Stoch. Dawid Kubacki a assisté comme spectateur à l'ascension de Kamil Stoch au statut de légende polonaise du sport lorsque celui-ci a remporté deux titres olympiques en petit et grand tremplin aux Jeux de Sotchi 2014, puis en grand tremplin à PyeongChang quatre ans plus tard.

Dawid Kubacki semble on ne peut plus sincère lorsqu'il affirme qu'il est "très content" que Kamil Stoch "ait tout réussi" et tout aussi content qu'il "ait été à ses côtés" lorsqu'il l'a fait.

Mais son tour semble à présent venu. Le sauteur zen ne le dira probablement pas ouvertement de lui-même, mais en lisant entre les lignes, il semblerait qu'il soit assez confiant.

"Les prochains Jeux, je resterai dans mon coin et je serai concentré sur mon travail", déclare-t-il. Et de conclure : "Je pense qu'à la fin du tournoi, si je me suis bien concentré sur mes efforts, il se pourrait que je revienne chez moi, en Pologne, avec un grand sourire sur le visage."