Clarisse Agbégnénou/Tina Trstenjak : deux rivales qui s'admirent

Le combat entre Trstenjak et Agbégnénou est devenu un clasico en judo. À Tokyo 2020, la Française s'est imposée. Retour sur une rivalité teintée de respect.

Photo de 2021 Getty Images

« Enfin ! Je l’ai enfin cette médaille ! »

Clarisse Agbégnénou vient de décrocher le Graal olympique qu’elle attendait depuis tant d’années.

Après sa défaite en finale des Jeux Olympiques de Rio 2016, la quintuple championne du monde avait une envie féroce d’ajouter à sa collection la seule médaille qui lui manquait : l’or olympique.

Et c’est chose faite puisqu’elle s’est imposée en finale des -63 kg durant les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 en 2021.

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Et durant cette finale, son adversaire était nulle autre que Tina Trstenjak, la Slovène qui l’avait privée d’or à Rio. La finale rêvée pour la judokate française qui a travaillé des années pour battre celle qui lui résistait encore.

Car ces rivalités, si frustrantes soient-elles pour les sportifs, font grandir les champions et les rendent encore meilleurs.

Gnougnou ne serait probablement pas la grande judokate qu'elle est aujourd’hui sans Tina Trstenjak.

Mais il faut du temps pour comprendre cela et aujourd’hui, l’or olympique autour du cou, Clarisse Agbégnénou l'a compris et l’a prouvé en nous offrant cette splendide image d'embrassade et de respect envers sa meilleure ennemie sur le tatami.

« C’est incroyable. C’est une judokate hors-pair », a déclaré Clarisse à France TV.

« De nous retrouver toutes les deux en finale, cinq ans après, je n'aurais pas pu imaginer mieux. Je pourrais vraiment dire plus tard que ce titre olympique, au Japon, je l'aurais obtenu de la plus belle des façons. »

Alors comment cette rivalité s’est construite et comment a-t-elle façonnée la nouvelle championne olympique ?

La défaite en finale de Rio 2016

Avant de replonger dans la finale des Jeux Olympiques de Rio 2016, il faut remonter encore un peu dans le temps, en 2015 plus précisément, pour comprendre l’état d’esprit des deux judokates lors de cette finale olympique.

Cette année-là, Clarisse Agbégnénou avait déjà un statut de leader mondiale dans sa catégorie. Double championne d’Europe et championne du monde en titre, rien ni personne ne semblait pouvoir faire trembler la judokate. Mais lors du Grand Prix de Zagreb, Clarisse tombe face à la Slovène et perd son combat. Jusque là, rien de bien méchant, cela arrive à tout le monde de perdre un combat de temps en temps. Mais deux mois plus tard, en août 2015, les deux femmes se sont de nouveau affrontées en finale des Championnats du monde. Trstenjak qui n’avait alors que des médailles d’argent et de bronze, a fait tomber la championne du monde en titre.

Un an s’est alors écoulé sans que les judokates ne se croisent jusqu’au combat fatidique : la finale des Jeux Olympiques de Rio 2016.

Durant cette finale, Trstenjak est en feu, elle lance attaque sur attaque et surprend Agbegnenou. Alors que la Française tente de la contrer, Trstenjak la renverse, obtient un Yuko et immobilise Agbnegnenou. La Française réussi à sortir de l’emprise de la Slovène mais elle la bloque une seconde fois. Clarisse ne peut rien faire et laisse passer les 20 secondes les plus longues de sa carrière.

Tina Trstenjak est sacrée championne olympique.

rio 2016 final -63 judo
Photo de Photo de Ryan Pierse/Getty Images

Le déclic au Grand Slam de Paris

Clarisse Agbegnenou n’aime pas cette médaille d’argent olympique. Elle ne comprend pas comment elle a pu perdre et broie du noir sans trouver de réponses à ses questions.

En février 2017, lors de grand Slam de Paris, elle s’est de nouveau retrouvée face à celle qui était devenu son adversaire numéro 1, Trstenjak.

Clarisse Agbegnenou voulait sa revanche et reprendre son statut de reine des -63 kg. Dès le début du combat, la Française a attaqué fort, mais Trstenjak a résisté, jusqu’à surprendre Agbegnenou une nouvelle fois avec un gros travail au sol. La Slovène avait de nouveau battu la Française après 20 longues secondes d’étranglement.

« Quatre défaites d’affilées face à elle [Tina]. J’étais dans tous mes états, je me disais que cela ne pouvait pas se passer comme ça », expliquait Agnégnénou à Sport en France.

« Et là j’ai compris. Cette défaite, c’était un mal pour un bien. Je me suis dit "Elle ne va plus me battre". »

Cette quatrième défaite a été le déclic qui a boulversé la préparation de la Française et sa manière d’aborder les combats face à sa meilleure ennemie.

« Il fallait que j’impose mon judo pour la battre, que j’arrête de me focaliser sur elle et que je me concentre sur moi. C’est moi la clé. »

« C’est quand j’ai compris cela que j’ai commencé à reprendre le dessus », expliquait-elle.

« Elle a un judo très particulier. On m’a toujours expliqué que, si tu n’as pas la garde, tu ne peux pas attaquer. Elle, elle prend un bout de tissu et elle lance. Elle n’était pas du tout dans les normes de ce qu’on m’avait dit d’un judoka. »

« Et puis elle est rapide et elle ne lâche rien. J’ai mis du temps à le comprendre. »

« Par contre, je me suis dit que le jour où j’allais comprendre, elle ne gagnera plus. »

Quelques mois plus tard, aux Championnats du monde 2017, le face à face des deux femmes fortes des -63 kg était de nouveau au programme de Clarisse Agnégnénou.

Ce jour-là, la Française s’est imposée suite à trois Shido. Une victoire amère pour Clarisse qui n’a pas eu l’impression de remporter ce combat.

« Je me suis dit "J’ai fait tout ce travail, c’était dur, je me suis remise en question pour gagner sur trois pénalités ?" J’étais très contente d’avoir gagné ce titre de championne du monde, mais j’étais déçue de l’avoir battue comme cela. »

Pourtant, tout ce travail sur elle-même, tous ces doutes que la Slovène a insufflé à la quintuple championne d’Europe, ont posé les fondations solides qui ont mener Clarisse à la gloire olympique ce 27 juillet à Tokyo 2020.

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