En remportant sa troisième Clasica San Sebastian, Remco Evenepoel continue d’écrire l’histoire du cyclisme belge. Insatiable à seulement 23 ans, le natif d’Alost compte bien continuer sur sa lancée en conservant son maillot arc-en-ciel aux Championnats du monde à Glasgow.
(2022 Getty Images)
L’année 2022 fut un cru exceptionnel pour Remco Evenepoel. Une année magique, historique : « La meilleure année que je pouvais espérer » résumait le cycliste belge de 23 ans à l'AFP.
Jugez plutôt. Pour sa quatrième année en tant que cycliste professionnel, il a gagné un Monument (Liège-Bastogne-Liège), un grand Tour (La Vuelta) et est devenu champion du monde de course en ligne à Wollongong en Australie la même année. Un exploit réalisé par seulement quatre coureurs dans l’histoire et qui n’avait plus été fait depuis Bernard Hinault en 1980.
Alors oui, Remco Evenepoel est un phénomène, un prodige, favori à sa propre succession lors des Championnats du monde de cyclisme 2023 à Glasgow (du 3 au 13 août). Pourtant, le succès n’aurait pu jamais entrevoir les pédales de REV.
À de multiples reprises, le Belge aurait pu passer à côté d’une glorieuse carrière. Mais il a su prendre le bon virage et forcer le destin dans son si style caractéristique : tout pour l’attaque.
Plus jeune, Remco n'utilise le vélo que pour ses séances de récupération d’après-match. Pour entretenir ses formidables qualités athlétiques et briller sur le rectangle vert.
L’été, pendant que certains récupèrent, le jeune Belge réalise des balades, seul ou avec son père Patrick Evenepoel, ancien cycliste professionnel. Des instants qu’il apprécie tout en gardant son objectif principal, devenir joueur de football professionnel.
Les exemples d’athlètes ayant pratiqué plusieurs sports sont légion. Jimmy Gressier, Alexis Pinturault, Mathilde Gros pour ne citer qu’eux. Mais avec Remco Evenepoel, la situation prend la vitesse d’un contre-la-montre. À peine cinq ans avant son titre de champion du monde de course en ligne 2022 en Australie, le jeune Belge était encore en centre de formation pour devenir footballeur professionnel au Royal Sporting Club Anderlecht.
Avant de devenir le jeune prodige du cyclisme mondial, Remco Evenepoel était un grand espoir du football belge. D’Anderlecht, au PSV Eindhoven, en étant également sélectionné en équipe nationale de Belgique chez les jeunes (et capitaine !), Remco Evenepoel semble bien parti pour lancer sa carrière de footballeur. Petit gabarit doté d’une belle intelligence de jeu, le Flamand frappe surtout par une endurance hors du commun. Ses capacités athlétiques sont largement au-dessus de la moyenne, se rapprochant déjà des données de joueurs professionnels.
« C’était un défenseur impitoyable, doté d’une endurance hors du commun. Il parcourait jusqu’à 12 kilomètres par match. Incroyable à son âge » confie Joric Vandendriessche, son entraîneur chez les U15 belges, au journal Le Soir.
À 16 ans seulement, Remco Evenepoel termine 13e du semi-marathon de Bruxelles en 1h 16 min et 15 s. Son entraineur à Anderlecht de l’époque, Stéphane Stassin, s’en rappelle encore. « Nous avions joué la veille et j’avais demandé aux joueurs de se reposer. Mais apparemment, avoir un match entier dans les jambes avant de courir un semi-marathon ne le gênait pas… »
Pourtant, alors que Remco Evenepoel arrive à l’âge décisif où la grande récompense du premier contrat professionnel pointe le bout de son nez, les doutes surviennent. À 17 ans, le football ne le comble plus. Là où certains se seraient forcés à continuer, au gré de toute passion, Remco Evenepoel prend une grande décision, il arrête.
« Je n’étais plus moi-même, j’ai frôlé la dépression… On me parlait d’une place dans le noyau A et je pouvais même signer un contrat pro, mais le plaisir du jeu avait disparu. J’ai donc décidé d’arrêter le football. Mes équipiers ne comprenaient pas et trouvaient mon choix bizarre, à dix-sept ans, mais j’étais convaincu que le foot n’était pas mon monde, que je devais faire autre chose », affirme-t-il à l’Équipe.
Le vélo de Patrick Evenepoel a disparu. Habituellement amarré dans le garage familial, la machine du père de Remco Evenepoel, ancien cycliste professionnel et vainqueur du Grand Prix de Wallonie en 1993 est partie dans les mains du fils à la recherche de sa destinée. Après une excursion de haut vol, mesuré à 34 km/h de moyenne pendant près de 117 km, Remco annonce à ses parents sa volonté de devenir cycliste professionnel.
Nous sommes en 2017 et dans un scénario digne d’un film hollywoodien, Remco Evenepoel va gravir les difficultés du début de carrière d’un cycliste à une vitesse folle. Dès 2018, il devient Champion d’Europe junior sur route et en contre-la-montre. Exploit qu’il reproduit en septembre 2018, à une plus grande échelle en devenant Champion du monde junior sur route et en contre-la-montre.
« Le moment où j’ai réalisé que je pouvais devenir coureur professionnel est arrivé l’année dernière (en 2018) aux Championnats d’Europe, où j’ai gagné avec dix minutes d’avance sur le deuxième [9 min 44 s sur le Suisse Alexandre Balmer, ndlr]. C’est là que tout a commencé. »
Le phénomène est lancé, de là devenir un cannibale à la Merckx, la légende belge ? Pas encore, le destin a encore son mot à dire.
Remco Evenepoel est miraculé. Le 15 août 2020, alors engagé dans le Tour de Lombardie, il tombe dans la descente du Mur de Sormano, basculant d’une dizaine de mètres dans le ravin. La chute, impressionnante et choquante par sa violence, fait le tour du monde et terrifie la planète cyclisme, plombé par de nombreux destins funestes. Le jeune Belge s’en sortira finalement avec une fracture du bassin et une contusion du poumon droit. Une fin de saison pour lui, mais surtout le sentiment d’avoir échappé au pire.
« Ce 15 août, c’était un jour de chance, car notre enfant aurait pu mourir » avoue Patrick Evenepoel.
Cette chute va ralentir son ascension au sommet du cyclisme mondial, mais plus belle sera sa résurrection. Après une saison 2021 placée sur le signe du retour avec notamment une 9e place au contre-la-montre aux Jeux Olympiques d'été de 2020 de Tokyo et une médaille de bronze au contre-la-montre aux Championnats du monde de cyclisme sur route en Belgique, le phénomène atteint son plein potentiel en 2022.
Sur un nuage, il remporte son premier monument Liège-Bastogne-Liège puis sa seconde Clasica San Sebastian avec le plus long solo victorieux de l’histoire de la course (44,6 km/h). Il gagne ensuite son premier Grand Tour à l’occasion de la Vuelta 2022 devenant le premier Belge à réussir un tel exploit depuis la victoire de Johan de Muynck sur le Giro en 1978.
Le 25 septembre 2022, il continue d’écrire l’histoire du cyclisme belge et mondial. À Wollongong en Australie, il devient champion du monde de course en ligne, dix après un autre Belge, Philippe Gilbert.
« Ce titre de champion du monde va lui faire prendre une dimension supplémentaire. Evenepoel est un coureur formidable. Au niveau athlétique, il est au-dessus de la moyenne », affirme le légendaire Eddy Merckx pour Le Soir.
Auréolé de la tunique arc-en-ciel, il est devenu l’un des meilleurs cyclistes de la planète, se classant, à l’issue de l’année 2022, à la 3e place mondiale au classement de l’UCI.
En 2023, Remco Evenepoel ambitionne de remporter le Giro, la Clasica San Sebastian, garder son titre aux Championnats du monde de cyclisme à Glasgow et s’imposer au Tour de Lombardie, théâtre de sa terrible chute en 2020. Si le destin (encore lui !) l'empêche d’être sacré en Italie après une chute provoquée par un chien lors de la 5e étape et surtout par la Covid en fin de tour, il remporte sa troisième Clásica San Sebastian au sprint devant Pello Bilbao, régional de l’étape.
Reste donc les Championnats du monde de cyclisme à Glasgow. Une nouvelle fois paré de son appétit monstrueux, le « petit cannibale » Remco Evenepoel tentera le doublé course sur route, le 6 août et contre-la-montre, le 11 août. Le destin aura encore son mot à dire. Mais comme dans tout bon film hollywoodien, à la fin, c'est souvent le héros qui gagne.
Un héros nommé Remco.