Championnats d’Europe d’athlétisme en salle : Mayer et Belocian en or

Les athlètes français sont repartis avec quatre médailles des Championnats d’Europe d’athlétisme en salle de Toruń en Pologne (5-7 mars), dont deux en or.

Photo de Photo de Jean-Marie Hervio / KMSP / FFA

Pendant une année olympique, chaque compétition est primordiale. Qu’il s’agisse de gagner des points au classement mondial, d’envoyer des messages à ses adversaires ou simplement de renforcer sa confiance. Les Championnats d’Europe en salle, qui se déroulaient à Toruń en Pologne du 5 au 7 mars, n’ont pas dérogé à cette règle.

Le décathlonien Kevin Mayer, plutôt discret sur la scène internationale depuis son forfait aux Championnats du monde de Doha en 2019, a remporté le titre européen de l’heptathlon, envoyant au monde un message fort : le recordman du monde du décathlon est bel et bien de retour.

Wilhem Belocian a maîtrisé d’une main de maître la finale du 60 m haies, confirmant au passage son ascension fulgurante.

Renaud Lavillenie, souffrant du mollet, a préféré se préserver et ne pas prendre part à ce concours de perche laissant la place à son petit frère Valentin qui a brillamment remporté l’argent. Enfin l’outsider française de ces championnats, Alice Finot, est montée sur la deuxième marche du podium du 3 000 mètres.

Ces résultats plus qu’encourageants laissent présager une belle saison estivale jusqu’à l’apothéose de l’été 2021, les Jeux Olympiques de Tokyo.

Mayer, le retour au sommet

Après 2013, Kévin Mayer a remporté son deuxième titre de champion d’Europe en salle avec un total de 6 392 points. Il a devancé de plus de 230 points l’Espagnol Jorge Urena, champion d’Europe indoor de 2019 (6 158 points), et de presque 260 points le Polonais Paweł Wieskołek (6 133 points).

La compétition avait débuté par le 60 m (7 s 86 ) et la longueur (7,47 m). Des résultats corrects mais pas satisfaisants pour le champion du monde 2017. Ce n’est qu’au troisième essai en lancer de poids à 16,32 m, son record personnel en salle, que Mayer a repris les rênes de la compétition pour dérouler son propre tapis rouge. Il a conclu sa première journée avec le concours de hauteur en 2,04 m.

La deuxième journée s’annonçait compliquée pour Kévin Mayer, victime de « blocage psychologique » sur la perche depuis Doha 2019 et moins confiant sur les haies depuis les championnats de France indoor (19 au 21 février 2021) où il n’avait pas su franchir le premier obstacle. Un « bug », comme l’appelle les sportifs, qui fait désormais partie du passé pour Mayer puisqu’il a réalisé le meilleur chrono de la compétition sur 60 m haies en 7 s 78 et remporté le concours de perche avec une barre à 5 m 20.

Avec 262 points d’avance sur ses concurrents avant d’entamer la dernière épreuve du 1 000 m, qu’il a bouclé en 2 min 45 s 72, Kévin Mayer savait que le titre était déjà acquis. Il a préféré ne pas forcer et s'assurer le titre, même si sa performance globale ne l'a pas vraiment satisfait.

« C'est vraiment un heptathlon pas terrible », a-t-il déclaré avant de se débarrasser de ses frustrations et d’ajouter : « Mais si je ne profite pas de cette médaille, alors je ne profite plus de rien. »

Une marseillaise pour Kévin Mayer, cela faisait longtemps qu’il l’attendait. Depuis son record du monde à Talence en 2018, le décathlonien avait dû faire face à de nombreuses difficultés. Blessé au tendon d’Achille, le vice-champion olympique avait enchaîné deux années difficiles pendant lesquelles finir une épreuve combinée était un challenge en soi. Ce n'est d’ailleurs que très récemment, lors du meeting de la Réunion en décembre 2020, que Mayer a pu aller au bout de sa compétition.

Un soulagement pour le combinard qui s’était par la même occasion offert son billet pour Tokyo 2020. Il confiait d’ailleurs lors d’une interview exclusive avec Tokyo 2020 : « Terminer le décathlon a été une énorme libération. J’ai retrouvé toute ma confiance. »

La route vers Tokyo se dégage donc un peu plus pour le médaillé d'argent des Jeux de Rio 2016.

Belocian en patron sur le 60 m haies

Wilhem Belocian a remporté son premier titre européen sur 60 m haies en 7 s 42. Le hurdleur guadeloupéen de 25 ans s’est imposé devant le champion du monde 2018 britannique Andy Pozzi (7 s 43) et l'Italien Paolo Dal Molin (7 s 56).

« Je ne sais pas comment ça s'est passé ! », a-t-il déclaré en riant. « Je crois qu'à un moment j'étais derrière, je n'ai pas lâché, je me suis focalisé sur ma technique et mes qualités et je suis allé chercher la ligne d'arrivée. Quand j'ai cassé, j'ai vu que j'étais devant lui, j'étais champion d’Europe. »

Après son titre de champion de France en salle (7 s 46) et une première place au meeting de Karlsruhe, en Allemagne, fin janvier, le Français poursuit sa progression en cette année olympique. Mais en plus de ce titre, il a amélioré son record personnel de trois centièmes et signé la deuxième meilleure performance française de tous les temps, juste derrière le record de France de Dimitri Bascou (7 s 41 à Berlin en 2016).

« Dans un Championnat, le chrono, c'est vraiment secondaire. Mais là, il s'ajoute au titre. C'est dommage, je ne suis qu'à un centième du record de France », regrette-t-il.

Dommage, mais très encourageant en vue de la saison estivale et des Jeux Olympiques de Tokyo à venir.

Alice Finot crée la surprise

Alice Finot a su tirer le meilleur de son passage en Pologne. Pour sa première sélection en équipe de France, la Française de 30 ans a décroché la médaille d’argent sur 3 000 m et pulvérisé son record personnel.

Plutôt en retrait sur le début de course, Finot a trouvé une ouverture après la chute de la Néerlandaise Maureen Koster à 350 mètres de l’arrivée. Replacée juste derrière les Britanniques Amy-Eloise Markov et Verity Ockenden, elle a tenu bon jusqu’à arracher la deuxième place sur la ligne d’arrivée devant Ockenden en 8 min 46 s 54.

« J'ai regardé les bilans européens et j'ai vu que c'était faisable, qu'il n'y avait pas de fille vraiment au dessus. D'autres filles ont lancé la course, je n'ai pas voulu me mettre devant. [...] Et une deuxième place ! Les Anglaises étaient costaudes et c'est une fierté de me battre avec elles. Mais c'est vrai que la chute de Koster a un peu redistribué les cartes. J'y suis allée au mental », a-t-elle analysé après course.

Spécialiste du 3 000 m steeple en plein air, Alice Finot se tourne désormais vers sa préparation estivale et les Jeux de Tokyo 2020.

« Maintenant, je vais me reposer et, après ce soir, je vais penser sérieusement au 3000 m steeple pour les Jeux. Un chrono de 8 min 46 s sur 3000 m plat en salle, ça laisse imaginer de belles choses pour la suite… »

Valentin Lavillenie, vice-champion d’Europe

Les larmes des frères Lavillenie ne peuvent pas laisser indifférent. Juste après le dernier essai manqué de Valentin à 5,85 m, les deux frangins se sont enlacés avec les larmes aux yeux en bord de piste.

Le champion olympique de Londres 2012 Renaud Lavillenie a dû renoncer aux Championnats d’Europe, victime d’une blessure au mollet droit. Son petit frère Valentin était donc le seul à représenter la famille à Toruń.

Deux semaines après son premier sacre de champion de France indoor à Miramas, Valentin s’est offert la médaille d’argent européenne. Après avoir difficilement passé 5,70 m à son troisième essai, le Clermontois a effacé 5,80 m du premier coup. Il s'est alors assuré une place sur le podium avant de s’attaquer à 5,85 m. Il ne franchira pas cette dernière hauteur mais il est tout de même reparti avec une première médaille de grand championnat.

« J’ai bien bossé pour aller chercher ce podium. En plus, ça a été difficile. Parfait, c’est ce que j’aime quand c'est dur », expliquait Valentin après son concours.

Devant lui, Armand « Mondo » Duplantis, le recordman du monde de la perche, s’est logiquement imposé avec une barre à 6,05 m. Seul dans le concours, il demandait une barre à 6,19 m pour tenter de battre son propre record du monde, mais en vain. Le Polonais Piotr Lisek, troisième aux Championnats du monde de Doha en 2019, a complété ce podium (5,80 m).

Avec le très bon début de saison de Renaud et la montée en puissance de Valentin, la France pourra compter sur la fratrie Lavillenie pour espérer une (ou plusieurs) médailles à Tokyo 2020.

Les autres résultats de ces Championnats d’Europe

Qualifié après les séries, Pierre-Ambroise Bosse a terminé dernier de la finale du 800 m en 1 min 50 s 13. Une course remportée par le Polonais Patryk Dobek en 1 min 46 s 81.

« Je me suis senti fatigué relativement vite », confiait le champion du monde 2017. « C’est comme dans un combat de boxe, à un moment, tu prends des coups. Je lâche prise complètement quand je sens que le podium n’est plus jouable. »

Hugo Hay et Jimmy Gressier étaient très attendus sur le 3 000 mètres. Ils ont terminé respectivement sixième (7 min 51 s 82) et huitièmes (7 min 52 s 43) de cette finale de haut niveau.

« Il ne me manque pas grand-chose, sans doute de l’expérience et de la vitesse, analysait Hay. Il y avait une opportunité, c’est bien dommage. J’étais là pour la médaille, donc c’est forcément frustrant. Même si sixième, ça n’est pas [trop mal]. »

La course a été remportée par le Norvégien Jakob Ingebrigtsen en 7 min 48 s 20, qui a réalisé le doublé sur 1 500 m et sur 3 000 m. Le double champion d'Europe du 1500 m/5000 m en 2018, cadet de la fratrie scandinave (Filip Ingebrigtsen est champion d'Europe 2016 du 1500 m et Henrik est champion d'Europe 2012 du 1500 m) confirme qu'il sera l'une des probables sensations lors des Jeux de Tokyo à l'été 2021.

La Belgique a également brillé lors de ces Championnats d’Europe grâce notamment à la championne olympique Nafissatou Thiam qui s’est largement imposée sur le pentathlon avec un total de 4 904 points. Sa compatriote Noor Vidts (4 791 points) et la Hongroise Xenia Kriszan (4 644 points) complètent ce podium. Sur le 1500 m féminin, la jeune Élise Vanderelst (23 ans) a remporté la médaille d'or.

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