Audinet/Delapierre : cap sur Tokyo 2020 en seulement deux ans

L’équipage Manon Audinet et Quentin Delapierre est le duo français de Nacra 17 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Formé en 2018, le binôme connait une ascension fulgurante : il est actuellement 2e au classement mondial. Si le plan initial était les JO de Paris 2024, c’est bien à Tokyo que les deux marins disputent leur première régate olympique.

Photo de Photo de Jesus Renedo / Sailing Energy

« Tokyo 2020, c’était loin », explique Quentin.

Lorsque Manon Audinet a appelé Quentin Delapierre en 2018 pour lui proposer de former un binôme en Nacra 17, une catégorie de catamaran présente aux Jeux Olympiques depuis Rio 2016 et qui a la particularité d’avoir des foils (des sortes d’ailerons sous le bateau qui lui donne l'impression de voler) cette année à Tokyo 2020, il n’imaginait pas se qualifier dès l’année suivante pour les Jeux Olympiques.

« C’est ce qui est drôle. Pour moi, Toyko 2020 était l’objectif alors que Quentin se disait pourquoi pas, et pensait plus à Paris 2024 », poursuit Manon lors d'une interview exclusive avec Tokyo 2020.

Manon Audinet connaissait déjà bien le Nacra 17. À l’annonce de l’intégration de la discipline aux Jeux Olympiques de Rio 2016, elle a entamé une première préparation olympique avec son binôme de l’époque, Moana Vaireaux, avec qui elle a d’ailleurs remporté le titre de championne d’Europe en 2013 sur le lac de Côme, en Italie.

Elle fût finalement remplaçante à Rio, laissant la place au duo phare de Nacra 17, Billy Besson et Marie Riou, quadruples champions du monde de la discipline de 2013 à 2016, et 6e à Rio.

Mais la navigatrice originaire de La Rochelle ne voulait pas laisser sa place pour les prochains Jeux Olympiques et lorsque son association avec Vaireaux s’est terminée, elle a cherché un nouveau partenaire pour poursuivre son rêve olympique.

« Quentin était le premier sur la liste », expliquait-elle. « Dès la première semaine ça se passait bien, il avait l’air d’aimer le bateau. On s’est dit : "pourquoi ne pas tenter l’expérience ?" »

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Des résultats rapides

C’est donc en 2018, deux années avant l’échéance officielle des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, que Manon et Quentin se sont lancés dans cette nouvelle aventure olympique.

En août 2019, ils se sont rendus sur le plan d’eau d’Enoshima, au Japon, celui qui accueille les régates olympiques des Jeux de Tokyo, pour l'épreuve test Ready Steady Tokyo.

Une régate frustrante pour les Français qui ont terminé 9e. Mais cette expérience n’aura pas été vaine, loin de là.

Après avoir analysé leurs courses, ils pointent un certain nombre d’axes de travail pour continuer de gagner des places au classement. Notamment les départs.

« Du fait de notre inexpérience à deux sur ce bateau, on prenait des départs assez mauvais », confie Quentin, avant d’ajouter : « On a donc développé un point fort, qui est de remonter sur nos adversaires, mais ça nous coûtait physiquement. Il fallait vraiment qu’on améliore nos départs. »

Et, seulement deux semaines après l'épreuve test, les deux Français de 29 ans ont eu la possibilité de s’exprimer de nouveau sur le même plan d’eau lors de la première étape de la Coupe du monde 2019.

« Ce n’est pas bien de dire cela, mais l'épreuve test nous a presque servi d’entraînement. On avait fait toutes nos boulettes, donc on n’avait plus qu’à ne pas les reproduire, même si on aurait préféré faire une performance sur la première régate », avoue Manon.

Manon et Quentin ont franchi la ligne d’arrivée de la Medal Race en deuxième position et ne savaient pas encore qu’ils avaient gagné leur première du Coupe du monde.

« On se disait qu’on aurait peut-être une petite breloque et là notre coach nous dit : "Non mais vous avez gagné en fait". Ah bon ! Ça nous a fait un petit ascenseur émotionnel », expliquait Manon en riant.

Ce jeune équipage, qui avait à peine deux ans d’expérience ensemble en Nacra 17, a donc surpris tout le monde, à commencer par eux-même, en remportant cette médaille d’or et en envoyant un message fort à la concurrence sur le plan d’eau des Jeux Olympiques.

La qualification pour Tokyo 2020

Avec leur progression rapide et cette victoire à Enoshima, Tokyo 2020 semblait se rapprocher du duo français de Nacra 17.

En novembre 2020, ils sont partis en Nouvelle Zélande pour les Championnats du monde, une régate qualificative pour les JO.

Une compétition une nouvelle fois frustrante pour le binôme qui n’est arrivé « que » 10e.

« Le sentiment de ces Championnats du monde a été plutôt mitigé », avoue Quentin. « On a fait un championnat correct mais on n’est pas très content du résultat en tant que tel. On a fait beaucoup d’erreurs. Mais on a validé l’essentiel, qui était le top 10. »

C'est à ce moment que le binôme français a validé un quota pour la France aux JO de Tokyo, en Nacra 17.

Mais la confirmation de leur sélection s’est faite attendre.

Et ce n’est qu’un mois et demi plus tard que le Commission consultative de sélection olympique (CCSO) du Comité National Olympique et Sportif français (CNOSF) ne validera officiellement la présence des deux français à Tokyo.

« Je me souviens très bien du moment où on nous a annoncé que nous étions sélectionnés », raconte Quentin avant que Manon ne continue : « Nous étions en stage au Portugal et le directeur des équipes nationales nous a appelés pour nous annoncer la nouvelle. Sur le coup je n’ai pas trop réalisé. C'est en appelant ma famille et en entendant leur réaction que je me suis dit que nous étions en train de faire quelque chose d’un peu extraordinaire. »

« J’étais comme un fou », rajoute Quentin. « Pour moi, je réalisais un rêve en très peu de temps, mais quand je vois la réaction de Manon, qui a vraiment bossé dur pour cela, c’était génial à voir. »

Être plus heureux pour son partenaire que pour soi-même, avoir de l’empathie, être à l’écoute et surtout se faire plaisir, et si c’était cela la clé de la réussite éclair de cet équipage ?

Communiquer, la clé en Nacra 17

« Je ne sais pas si on gère un bateau à foils ou si c’est lui qui nous gère », se questionne Manon en souriant.

Individuellement, les deux marins sont très bons mais en Nacra 17, cela ne suffit pas. Surtout quand le bateau est équipé de foils.

L’ajout de ces deux appendices en forme d’ailes sur le bateau lui permet, grâce à la force qu’ils exercent sur l’eau, de faire décoller le catamaran et donc de réduire les frottements. La conséquence ? Le bateau avance plus vite.

Il serait logique de penser qu’aller plus vite est le but principal lors d’une course, et c’est en partie vrai. Mais lorsque la mer est un peu agitée, le bateau se heurte aux vagues à une très grande vitesse et ce crash entraîne une perte de vitesse considérable.

« L’ingénieur de l’équipe de France a fait des mesures pour déterminer les pertes après un crash, et au début on crashait beaucoup donc il y avait beaucoup de mesures », ironise Quentin. « C’est un bateau où, quand on fait une erreur, on peut perdre jusqu’à 100 m. »

Les deux marins l’ont expérimenté durement à Enoshima lors de l'épreuve test.

« Au Japon, il y a beaucoup de mer [mer agitée] et on a halluciné avec Manon. On n’avait jamais autant crashé de notre vie en vent arrière [allure d'un voilier qui avance avec un vent soufflant par l’arrière] c’était incroyable. On faisait des survitesses et on crashait. »

« En fait tu as l’impression d’aller vite quand tu ne prends en compte que les moments où tu voles, mais le moment où tu crash, la perte est démente », continuait Quentin.

Il faut donc constamment jauger les risques à prendre pour éviter ces survitesses et se battre pour garder le contrôle de son bateau.

Et à deux, la tâche est encore plus complexe.

Dans le Nacra 17 tricolore, Quentin Delapierre se charge de la grand-voile et Manon Audinet de la voile avant. Chacun a aussi le contrôle d’un foil. La communication doit donc être constante et claire entre les deux marins pour ne pas effectuer des réglages qui s’opposeraient l’un à l’autre.

« Dès le début, on a travaillé avec François Le Castrec, notre préparateur mental, qui nous a appris à comprendre comment l’autre fonctionnait et à parler le même langage. Cela nous a vraiment aidé à construire une base solide et une compréhension la plus solide possible », continuait Manon.

Cette compréhension mutuelle les aide énormément sur le bateau. La bonne humeur et le recul de Manon aide Quentin à moins « râler » et réciproquement, lorsqu’elle perd un peu en concentration car son poste peut être extrêmement dur et physique, Quentin est là pour la remettre dans un état de concentration et de communication sur le bateau.

« Il n’y a jamais trop de communication sur un bateau comme celui-là. Je dirais même qu’il y a trop souvent pas assez de communication », ajoute Quentin, qui avoue être celui qui parle le plus.

« Il faut la jouer »

Ils se complètent et se tirent vers le haut, mais s’il y a bien une chose qu’ils ont en commun, c’est l’esprit de compétition.

« Les courses à enjeu, c’est quelque chose qu’on aime bien. On se dit souvent : "il faut la jouer". Et quand on joue, généralement on est dans le bon rythme et on s’exprime bien », poursuit Quentin.

Avec le report des Jeux Olympiques d’un an, le jeune équipage a continué de s’entraîner. Il a pu se tester lors des quelques régates maintenues. Ils ont d’ailleurs remporté la médaille d’argent lors des Championnats d’Europe 2020 et une très belle troisième place lors de la régate internationale de Lanzarote, les classant ainsi deuxièmes au classement mondial de leur catégorie.

À Tokyo 2020, ils naviguent contre certaines des plus grandes légendes de la voile, comme l’argentin Santiago Lange, qui participe à ses septièmes JO cet été.

« C’est un véritable métronome, il ne fait quasiment pas d’erreurs, donc quand on le voit à côté de nous sur le plan d’eau, c’est rassurant, on se dit qu’on n’a pas dû faire trop d’erreurs », explique Manon.

Mais la concurrence ne les empêchera pas de savourer chaque instant de cette régate olympique, durant laquelle ils prévoient de tout donner.

« Les Jeux, cela n’arrivera peut-être qu’une fois dans notre vie, je suis persuadé qu’on va se ruiner, et c’est cool d’y aller comme cela », affirme Quentin.

« On poussera peut-être jusqu’à Paris si on sent qu’on est encore capable de tout donner. Et puis bon, c’était quand même le plan A donc cela serait bien de s’y tenir », conclut-t-il, le sourire aux lèvres.

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