Ahmed Hafnaoui : « J’adore ma vie et nager me rend heureux chaque jour »

Le Tunisien Ahmed Hafnaoui s’est confié à Olympics.com après être devenu champion olympique du 400 m nage libre à Tokyo 2020. Le nageur de 18 ans, surpris d’avoir été sacré, révèle sa joie de vivre : « Mon plaisir, c’est de nager ».

Photo de Photo d’Al Bello/Getty Images

À 18 ans, le Tunisien Ahmed Hafnaoui est champion olympique.

Sur le 400 m nage libre, il a devancé de 16 centièmes l'Australien Jack Mcloughlin et de 58 centièmes l'Américain Kieran Smith pour décrocher la médaille d'or olympique. Et ce moment, une fois la perplexité passée, il n’est pas prêt d’oublier.

« Quand j’ai sorti ma tête de l’eau et que j’ai vu le tableau, au début je n’y ai pas cru », raconte le jeune Tunisien dans un entretien exclusif avec Olympics.com. « J’étais surpris parce que même si j’avais confiance au départ, je ne pensais pas pouvoir gagner l’or. » Une fois sorti du bassin, l’incrédulité a cédé sa place aux émotions brutes.

« Quand j’ai entendu l’hymne national retentir lorsque j’étais sur le podium, j’ai fondu en larmes », poursuit-il. « C’est un grand sentiment de fierté. J’étais très heureux. Offrir la première médaille d’or ici à Tokyo à mon pays… »

Un honneur précoce pour ce jeune homme, dont le plaisir favori est la vie dans l'eau. Tout simplement.

Une vie changée du jour au lendemain

Il s’agissait en effet du premier sacre olympique pour un Tunisien au Japon et pour l’instant le seul, puisque Mohamed Khalil Jendoubi a dû se contenter de l’argent en taekwondo. Et aujourd’hui, le minot sait que plus rien ne sera plus pareil pour lui dans sa vie. Il voit déjà la différence.

« Tout le monde veut me parler, je reçois des messages, tout le monde m’appelle, les gens au pays, à la maison, ma famille, mes amis. Tout le peuple tunisien est fier de moi ! J'en suis heureux et reconnaissant. Bien sûr cette médaille va changer beaucoup de choses dans ma vie, il faut juste que je m’y prépare. »

Surtout qu’avant ce fameux 25 juillet, le fils du basketteur international tunisien Mohamed Hafnaoui vivait une vie insouciante dans son pays, cultivant son amour pour la nage. « Je vis avec ma famille en Tunisie, je n’ai jamais quitté ma maison, je suis né et j’ai été élevé en Tunisie », dit-il avant d’expliquer la chose simple qui lui procure de la joie au quotidien : « J’adore ma vie et nager me rend heureux chaque jour. Mon plaisir c’est de nager, d’entrer dans l’eau et de nager. Je donne tout et je nage pour le plaisir. Nager c’est ma vie, j’adore tout donner à chaque compétition. »

L’eau libre pour s’entraîner

Cette insouciance alliée à de l’innocence sont peut-être la clé du succès pour Hafnaoui qui a accédé in extremis pour la finale du 400 m, en signant le dernier temps qualificatif des séries. Il n’a d’ailleurs pas réussi à en faire de même sur le 800 m dans lequel il était engagé. Là, il aurait pu nager aux côtés du champion olympique italien de Rio 2016 sur 1 500 m nage libre Gregorio Paltrinieri, qui a fini par décrocher l’argent sur 800 m à Tokyo, la toute nouvelle épreuve olympique pour les hommes.

Une expérience qui n'aurait pas été anodine pour le jeune Tunisien.

« Mon modèle, c’est Gregorio Paltrinieri, j’adore le regarder nager », explique Hafnaoui, admiratif. « Il semble tout donner quand il est en course et j’aime ça chez les athlètes. » S’il aime ce profil, c’est sans doute aussi parce qu’au cours de l’année qui vient de passer, ponctuée par les problèmes liés au COVID, il a lui-même tout donné et s’est entraîné différemment, faute d'accès à une piscine, pour se préparer au mieux pour ses premiers Jeux Olympiques séniors, lui qui avait déjà disputé les Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2018 à Buenos Aires.

« Pendant le confinement je me suis entraîné dans la mer, c’était la seule chose que je pouvais faire », se souvient le nageur. « Je nageais une heure ou une heure et demie dans la mer, peut-être sept kilomètres, ce n’était pas grand-chose. Ensuite ils ont réouvert les piscines donc j’y suis retourné. »

« Je ne sais pas si nager en mer c’est le secret, tous les nageurs ont eu leur propre manière de garder leurs forces pendant le confinement, moi c’était sans doute ma façon de faire ! »

Une méthode qui rappelle celle d'un autre champion olympique de natation tunisien, Oussama Mellouli, qui a remporté l'or sur 10 km en eau libre à Londres 2008. Quatre ans plus tôt, il décrochait la première médaille d'or du pays en natation à Beijing 2008, sur 1 500 m nage libre.

Partir à la poursuite de Mellouli, le pionnier conseiller

Le jeune vainqueur sur 400 m a d’ailleurs bénéficié des conseils de son illustre compatriote. « Il m’a dit de me concentrer sur mon événement et de toujours donner le meilleur de moi », explique-t-il. « Il est un excellent conseiller ! C’est quelqu’un qui n’abandonnait jamais. Il s’entraînait dur. Il se fichait de ce que les autres disaient. C’est un champion. »

Entre champions, on sait se reconnaître. Et aujourd’hui, le néo-champion s’est fixé un objectif pour Paris 2024, Los Angeles 2028, voire plus loin. « L’un de mes rêves est de battre le record de médailles d’Oussama », annonce-t-il à propos de celui qui a aussi été médaillé de bronze à Londres 2012 sur 1500 m nage libre.

« Je n’ai que 18 ans donc j’ai peut-être encore deux ou trois Jeux Olympiques devant moi. Et c’est un tel sentiment de remporter l’or que je veux revivre ça ! »

C’est tout ce que le peuple tunisien lui souhaite.