5 choses à savoir sur Julia Chanourdie

Ne demandez pas à Julia Chanourdie de choisir entre la salle et la falaise. La réponse sera les deux ! Après avoir grimpé Eagle-4, de cotation 9b, la grimpeuse de Haute-Savoie va faire son entrée dans la compétition ce mercredi 4 août aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Photo de Photo de Rémi Fabregue

En se classant deuxième du Tournoi de qualification olympique d’escalade qui se déroulait à Tournefeuille, en France, en décembre 2019, Julia Chanourdie est devenue la toute première grimpeuse française de l’histoire à se qualifier pour les Jeux Olympiques.

Avec l’arrivée de la discipline au programme des Jeux de Tokyo 2020, sous forme d’épreuves combinées alliant le bloc, la vitesse et la difficulté, la grimpeuse d'Annecy, plutôt spécialiste de la difficulté et du bloc, a mis les bouchées doubles pour apprivoiser la dernière épreuve et faire partie des 20 femmes qui se disputeront la toute première médaille d’or olympique d’escalade.

Au Japon, elle est accompagnée d'Anouck Jaubert et des frères Bassa et Mickael Mawem, qui constituent la première équipe de France olympique de la discipline.

Mais connaissez-vous bien Julia Chanourdie ?

Voici 5 choses à savoir sur celle qui a accompli Eagle-4, l’une des voies les plus dures du monde.

1. Son billet pour Tokyo 2020

À l’annonce de l’intégration de l’escalade au programme des Jeux Olympiques de Tokyo 2020, Julia Chanourdie a vu l’un de ses rêves devenir une possibilité.

Pourtant ce n’est qu’en 2018 qu’elle a vraiment commencé sa préparation avec pour objectif ultime, la qualification pour les Jeux.

Habituée des épreuves de blocs et de difficultés, qu’elle pratique depuis presque toujours, elle s’est concentrée sur la seule épreuve un peu étrangère pour elle, la vitesse.

Elle annonçait avant le début de sa préparation olympiques : « La vitesse, je pense que ça ira. Je suis assez explosive, il faudra juste s’y mettre et répéter, répéter, répéter. »

Pour autant, il s'agissait de ne pas lâcher les autres disciplines dans lesquelles elle brille déjà, puisque Julia a été sacrée double championne du monde universitaire de difficulté et en combiné en 2016 et vice-championne du monde universitaire en bloc. En 2019, chez les séniors, elle s’est classée 8e aux Championnats du monde de difficulté.

La grimpeuse s’est alors rendue compte de l’intensité de la préparation olympique, elle qui a dû multiplier son nombre de participations en étapes de Coupe du monde dans les trois disciplines.

Et c’est en décembre 2019 que Julia Chanourdie a accompli son premier objectif, la qualification pour Tokyo 2020.

Lors du Tournoi de qualification olympique de Tournefeuille, à côté de Toulouse, elle s’est classée 2e, décrochant le précieux sésame pour la toute première compétition d’escalade de l’histoire des Jeux Olympiques.

« Maintenant, je sais que c’est possible. Je sais que je suis capable de finir sur le podium du combiné aux côtés des meilleures grimpeuses du monde », expliquait-elle au micro de la FFME.

2. Grimper avant de marcher

Ayant grandi en Haute-Savoie, au milieu des montagnes, Julia Chanourdie a baigné dans l’escalade depuis son plus jeune âge.

Outre le décor propice à l’escalade dans lequel elle a grandi, c’est vers un an, alors qu’elle savait à peine marcher, qu’elle a agrippé ses premières prises, dans la salle d’escalade de son père, Éric Chanourdie, à Annecy.

Une passion familiale donc, qui a permis à Julia de passer une bonne partie de son enfance dans cette « salle de jeux », où elle a pris goût à la discipline.

Elle a commencé les compétitions d’escalade à huit ans et la satisfaction de la victoire a poussé la jeune Chanourdie à s’investir encore plus dans sa discipline, délaissant même son autre sport, l’athlétisme.

Voyant le niveau de Julia monter progressivement, une question à commencé à se poser pour Éric, son papa. Après un temps de concertation entre le père et sa fille, Éric a officiellement endossé le statut de coach pour Julia qui avait 12 ans à cette époque.

« On a parlé ensemble de la possibilité que je l’entraîne et cela s’est fait naturellement », expliquait Éric Chanourdie au Dauphiné Libéré.

Cela fait donc 12 années que le binôme gravit les échelons ensemble et ce système convient parfaitement à Julia.

« J’ai l’avantage d’avoir mon père comme coach, il me connaît par cœur. Il sait exactement quand je suis fatiguée ou quand je dois me reposer un peu. C’est hyper pratique, il ne m’envoie pas un papier avec le programme de la semaine, on construit le programme au jour le jour », a -t-elle déclaré dans une vidéo du Youtubeur Rudy Coia.

3. Salle d’escalade chez elle

L’un des autres avantages d’avoir une famille passionnée d’escalade est que son père a construit une salle de bloc dans le garage de la maison.

Si Julia s’entraîne principalement à Chamonix ou en falaise, cette petite caverne d’entraînement s’est révélée plus qu’utile durant le confinement lié à la pandémie de COVID-19.

« Je vis le confinement super bien. Je suis chez mes parents en pleine campagne et j’ai la chance d’avoir une salle d’escalade privée derrière la maison. J’en profite à fond, surtout en ce moment », expliquait-elle au micro de France TV.

De précieux mois d’entraînement supplémentaires avant d’entrer en scène lors de la plus grande compétition d’escalade du monde.

« [Le report des Jeux d’un an] me laisse plus de temps pour me préparer donc c’est parfait. Maintenant j’ai hâte d’y être, d’en découdre et de profité un maximum de cette expérience. »

De la préparation oui, mais un peu d’amusement aussi, à l’image de ce défi qu’elle s’est lancé lors du premier confinement : ouvrir et manger une banane, tout cela en étant en position de traction à un bras.

4. De l’hypnose pour sa préparation mentale

Julia Chanourdie a donc pu continuer d’entraîner son physique et sa technique durant l’année 2020. Mais il y a une composante que la Haut-Savoyarde n’oublie pas de préparer également : son mental.

En escalade, la dimension psychologique est plus qu’importante car le stress, la peur ou un manque de concentration peut littéralement empêcher des grimpeurs de faire certains mouvements sur le mur, comme les mouvements dynamiques par exemple, qui consistent à se jeter sur une prise. Il est donc primordial de garder la tête froide dans ce genre de discipline.

Mais ce n’est pas seulement pour maîtriser sa peur que la préparation mentale est importante. En escalade, et surtout durant l’épreuve de difficulté, les grimpeurs ne connaissent pas la voie qu’ils devront escalader. Ils ont tout de même six minutes pour observer la voie, avant de retourner dans la zone d’isolement et attendre leur tour pour tenter de venir à bout de cette palissade.

Durant ces six minutes, chaque grimpeur visualise les mouvements qu’il devra faire à chaque étape. Certaines voies peuvent atteindre plus de 50 mouvements pour arriver au sommet.

C’est là qu’entre en jeu la capacité de visualisation. Afin d’arriver sereinement au pied du mur, les sportifs font un travail de projection mentale durant laquelle ils se voient grimper chaque portion de la voie.

Pour améliorer cette compétence, Julia Chanourdie s’est tournée vers une méthode peu conventionnelle mais qui fonctionne bien pour elle : l’hypnose.

« Il y a tout un travail de mémorisation de la voie. Après les six minutes d’observation, on la connait globalement par cœur. »

« L’hypnose m’a permis de me visualiser dans la voie, de me voir faire les mouvements, c’est comme si j’apprivoisais la voie avant de la faire et quand quand j’arrive dessus, les choses sont plus naturelles. »

5. Eagle-4, par amour de la falaise

La visualisation et la faculté de surmonter sa peur et sa douleur, Julia Chanourdie les a expérimentées durant, ce qui est à ce jour, la plus grande réalisation de la grimpeuse française : Eagle-4.

Eagle-4 est une voie dont la cotation de difficulté est 9b.

En escalade chaque voie est numérotée de 1 à 9 selon son degré de complexité et chaque niveau est divisé en trois sous-catégories : a,b et c.

Cette voie, située à Saint-Léger-du-Ventoux en France, fait donc partie des voies les plus difficiles pour les grimpeurs.

Julia s’est lancée dans cette aventure en novembre 2020, soit un peu plus de deux ans après la légende vivante de l’escalade mondiale, le Tchèque Adam Ondra.

Après plusieurs jours de travail, la grimpeuse tricolore est finalement venue à bout de ce projet et en a fait une vidéo qui donne des frissons dans le dos (voir ci-dessous).

Elle est devenue la troisième femme au monde à grimper une voie de cette cotation, et la cinquième personne française à terminer Eagle-4.

Après l'ivresse des montagnes, place désormais à un nouveau sommet : les Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

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