Photo de © UNHCR/Benjamin Loyseau

Rencontre avec Aker Al Obaidi, le lutteur réfugié qui a trouvé la paix dans les montagnes d'Autriche

Découvrez comment ce détenteur de la Bourse pour les Athlètes-Réfugiés du CIO a fui l’État Islamique en Irak et s'est servi de la lutte pour entamer une nouvelle vie en Europe.
Par Andrew Binner
Wrestling Greco-Roman

Quand Aker Al Obaidi découvre la lutte, il n’a que six ans et aucune idée qu’un jour, ce sport lui offrira un billet pour une nouvelle vie.

Le jeune Irakien fait de la compétition par pur plaisir, ce qui ne l’empêche pas d’exprimer tout son potentiel. Obaidi commence ainsi à gagner des tournois et à devenir une cible de choix pour les autres nations, qui rêvent de le recruter. Mais quand il atteint ses 14 ans, le plaisir s’arrête brusquement.

Un groupe se faisant appeler l’État Islamique prend le contrôle de sa ville natale, Mossoul, en Irak, et commence à recruter de jeunes garçons de son âge. Il décide alors de fuir le pays.

"Je ne voulais pas partir, mais je le devais", raconte Obaidi, aujourd’hui âgé de 21 ans. "C’était une expérience vraiment effrayante. Je ne savais pas où j’allais ni où j’allais arriver. J’étais séparé de ma famille et je suivais un groupe d’autres personnes. J’étais effrayé à l’idée que ma famille ne survive pas à la guerre. Je devais me débrouiller seul."

"Tout cette situation a été très dure, psychologiquement, et j’ai dû aller consulter des médecins pour savoir ce qui m’était arrivé".

Aker Al Obadidi

Obaidi prend la route de l’Europe et se retrouve finalement en Autriche, où il obtient l’asile.

"Ce n’était pas prévu d’arriver en Autriche", poursuit-il. "Je n’en avais jamais entendu parler. C’est juste là où j’ai atterri, car nous ne pouvions plus partir".

L’adolescent est alors inscrit dans un collège de sa nouvelle patrie, où il apprend les bases de l’allemand. Mais sans famille pour le guider, Obaidi connait des difficultés pour se forger une nouvelle vie.

"Il y a des choses bien difficiles quand on est un réfugié", explique Obaidi. "Remplir des formulaires et des demandes de visa, aller voir les autorités pour prouver que vous pouvez rester dans le pays. Tout cela est difficile, surtout quand ce n’est pas dans votre langue maternelle".

"Mon talent m’a ouvert beaucoup de portes et je me suis fait beaucoup d’amis grâce à la lutte".

À la recherche du bonheur, Obaidi retrouve les tapis de la lutte et découvre qu’il s’épanouit bien plus dans cet environnement qui lui est familier.

Le lutteur gréco-romain poursuit ses entraînements lorsque son travail de peintre lui laisse du temps libre. Après deux années, Benedikt "Mo" Ernst to le persuade de déménager dans la petite ville montagneuse d’Inzing pour continuer à s’entraîner.

Ce changement de culture est radical pour le jeune Irakien, bien plus habitué à l’agitation des grandes villes.

Ernst loue ainsi un appartement pour que son protégé puisse y vivre. Rapidement, le talent d’Obaidi est reconnu par les clubs locaux, ce qui permet au natif de Mossoul de s’adapter rapidement à son nouvel habitat. Cinq ans plus tard, il parle un allemand parfait.

"Je me suis fait des amis autrichiens qui m’ont beaucoup aidé", raconte-t-il. "J’aime l’Autriche, c’est un pays vraiment magnifique. La nourriture est excellent et j’adore les montagnes. Je me sens comme chez moi maintenant. Le fait de pratiquer un sport et d’être un sportif m’a aidé à m’installer. Mon talent m’a ouvert beaucoup de portes et je me suis fait beaucoup d’amis grâce à la lutte".

Learning German helped Aker make friends and also become a wrestling coach.
Photo de © UNHCR/Benjamin Loyseau

Le rêve des Jeux de Tokyo

Après quelques performances impressionnantes sur la scène internationale chez les juniors, il est invité au camp d’entraînement du champion olympique serbe des 66kg, Davor Stefanek.

"Je me suis bien senti contre lui", développe Obaidi. "C’est là que je me suis dit ‘j’ai le niveau pour gagner une médaille à Tokyo 2020’".

De fait, il peint les cinq anneaux olympiques sur l’un des murs de sa maison, qui lui rappellent chaque jour son ambition: prendre part aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Et puis, un jour de 2019, son rêve fait un grand pas en avant, puisqu’il obtient une Bourse pour les Athlètes Réfugiés remise par le Comité International Olympique. Autrement dit, il bénéficiera d’un financement supplémentaire et d’un soutien à l’entraînement dans sa quête de participer aux Jeux Olympiques.

"Je suis très heureux d’avoir eu cette Bourse pour les Athlètes Réfugiés", révèle-t-il. "Je n’ai pas encore de nationalité pour le moment, ce serait superbe de montrer que les réfugiés peuvent être compétitifs et réussir, eux aussi".

Le lutteur garde le contact avec sa famille qui, il le sait, est fière de lui. Mais si son rêve de participer aux Jeux Olympiques devient réalité, il le fera pour chaque personne déplacée sur la planète.

"J’essaie de nous donner une voix, de montrer que les réfugiés ne sont pas de mauvaises personnes. Nous ne devrions pas toujours être vus comme les méchants et associés à des choses négatives. Nous voulons montrer que les personnes étrangères peuvent faire de belles choses, être bonnes en sport, décrocher des médailles".