La jeune leader du CIO Christel Saneh aspire à une représentation équilibrée des athlètes dans les médias

Alors que le Comité International Olympique (CIO) continue de célébrer l'égalité des genres tout au long du mois de mars, nous avons rencontré la spécialiste libanaise du saut en longueur et jeune leader du CIO Christel Saneh, qui entend mettre ses compétences de journaliste, photographe et illustratrice au service d'une meilleure représentation des sportives dans les médias.

Christel Saneh se souvient parfaitement du moment où elle a découvert le saut en longueur. C'était pendant un cours d'éducation physique dans son école à Dik El Mehdi, une ville située au nord de Beyrouth. Un saut de 1,90 m pour sa première tentative à l'âge de sept ans. Son enseignante, qui se trouvait être Arda Kalpaklian, la première Libanaise à avoir participé aux Jeux Olympiques en athlétisme, à Munich en 1972, l'a immédiatement emmenée sur le terrain de basket – le sport vedette de l'établissement scolaire. Quelques tentatives de tir plus tard, Christel Saneh rejoignait, sans la moindre hésitation, l'équipe de basket de l'école. À première vue, demander à une élève douée pour le saut en longueur de renoncer à ce sport pour faire du basket pouvait sembler étrange, mais Christel a vite compris pourquoi.

"Je sais pourquoi elle a fait ça", explique la jeune femme. "Elle estimait que pour faire de l'athlétisme, il fallait être un peu plus âgé. Assez curieusement, elle savait que je finirais par y revenir grâce au basket."

Après avoir pratiqué une multitude de sports, dont le basket et le futsal, Christel Saneh a donné raison à son enseignante, se tournant à nouveau vers l'athlétisme, et plus particulièrement les épreuves de vitesse et le saut en longueur. Elle a néanmoins rapidement compris que le saut était la discipline pour laquelle elle était véritablement douée.

"J'ai franchi la marque des cinq mètres en saut en longueur alors que je n'avais que 12 ans ; j'ai alors décidé de me consacrer uniquement à l'athlétisme", explique-t-elle. "Pour être tout à fait honnête, je continuais à jouer au basket en cachette avec l'équipe, à l'insu de mon entraîneur."

La jeune athlète de talent qu'elle était a rapidement découvert que, contrairement au basket dont il était difficile de résister à l'attrait, même pour elle, les épreuves d'athlétisme auxquelles elle participait ne suscitaient pas le même intérêt. Alors qu'elle grandissait, cette tendance s'est confirmée et le manque d'attention et de couverture médiatique accordée à son sport et aux autres concurrentes est devenu impossible à supporter. Plutôt que d'accepter la situation telle qu'elle était, Christel Saneh a décidé d'agir.

"À 16 ans, j'ai commencé à couvrir le sport que je pratiquais parce que personne ne le faisait", confie-t-elle. "Et encore maintenant, dix ans plus tard, personne ne le fait. Si je ne suis pas là, personne ne fait de reportage. C'est du reste ce qui m'a ouvert les portes du programme des jeunes reporters du CIO. J'avais 19 ans et les responsables de cette initiative m'ont vue moi, une athlète du Moyen-Orient qui prenait les choses en main, alors ils m'ont choisie. Ce fut un véritable tremplin qui m'a ouvert de nombreuses portes par la suite, comme le programme des jeunes leaders du CIO."

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Voir les Jeux sous un autre angle

L'action menée par Christel Saneh dans le cadre du programme des jeunes reporters du CIO s'est révélée extrêmement utile, non seulement parce que de nouvelles opportunités se sont présentées à elle, mais aussi parce qu'elle a pu réfléchir plus sérieusement à ce qu'elle voulait faire de sa vie en dehors du sport.

Ayant excellé au saut en longueur durant toute sa jeunesse, Christel Saneh s'est mise à caresser le rêve de participer aux Jeux Olympiques. Malheureusement, bien que détentrice du record du Liban en saut en longueur, elle n'a pas pu réaliser ce rêve. Elle a par contre assouvi ses ambitions olympiques en tant que journaliste, d'abord dans le cadre du programme des jeunes reporters du CIO aux Jeux Olympiques de la Jeunesse de Nanjing 2014, puis à Rio, Buenos Aires, Lausanne et Tokyo.

Alors qu'elle parlait avec un collègue de sa déception de ne pas pouvoir réaliser son rêve en saut en longueur, elle s'est rendu compte que le plus important était d'être là, que ce soit en tant qu'athlète ou journaliste, et qu'elle allait néanmoins vivre une merveilleuse expérience olympique. C'est une pensée qui n'a jamais quitté Christel Saneh, qui a vu dans les journalistes et toutes celles et ceux qui sont présents aux Jeux les mêmes valeurs olympiques que celles prônées par les athlètes.

Autre élément essentiel dont elle a été le témoin aux Jeux Olympiques : le pouvoir des médias. Elle a vu, dans les articles ou sur les photos, les mêmes idées sur le genre et le sport reprises encore et toujours. En effet, selon elle, il ne s'agit pas seulement de montrer ou non une personne sur une photo. On peut suggérer tellement de choses à travers les techniques photographiques (cadrage, mise au point, etc.) que l'opinion du lecteur sur le sujet peut s'en trouver influencée.

Christel Saneh Christel Saneh

"Les films ou les images que l'on voit peuvent nous apprendre beaucoup sur les différentes cultures ; il en va de même avec la couverture des sports", explique Christel Saneh. "Les aspects techniques de la photographie, par exemple, ont une énorme influence sur la façon dont le public perçoit l'image. Globalement, lorsque les médias couvrent un événement, celui-ci devient réel. S'ils ne le couvrent pas, l'événement n'a pas d'existence – c'est aussi simple que cela. Par conséquent, si vous ne parlez pas des femmes qui gagent, personne ne saura que ces femmes ont gagné. C'est là que je me suis rendu compte que les médias pouvaient être une arme et que nous devions les utiliser pour faire bouger les choses."

Cette utilisation des médias pour représenter correctement les athlètes féminines se retrouve dans le travail personnel de Christel Saneh. Lorsqu'elle a couvert les Jeux Olympiques de Rio 2016, elle a décidé d'écrire une bande dessinée qui mettrait à l'honneur les femmes arabes, lesquelles ne reçoivent peut-être pas toute l'attention qu'elles méritent en raison de leur sexe et de leurs origines. Elle s'est ainsi entretenue avec Ray Bassil, la seule tireuse de niveau olympique du Liban, Sarah Attar, l'une des deux premières femmes à avoir représenté l'Arabie saoudite à une édition des Jeux Olympiques, et Nawal El Moutawakel, la première femme arabe, africaine et musulmane à avoir remporté une médaille d'or aux Jeux – dans le 400 m haies à Los Angeles en 1984 – ouvrant ainsi la voie à de nombreuses autres sportives.

"Si j'ai décidé d'écrire une bande dessinée relatant leurs parcours, c'est parce que je couvrais leurs exploits", explique Christel Saneh. "Aujourd'hui, je prépare un master en journalisme multimédia. Je fais aussi des recherches sur la façon dont les femmes arabes sont photographiées aux Jeux Olympiques."

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Diffuser les valeurs olympiques par le jeu

Ces initiatives destinées à se servir du sport comme d'un levier au service du bien et à s'assurer que les femmes sont équitablement et correctement représentées dans les médias ont été complétées par un projet que Christel Saneh a conçu dans le cadre du programme des jeunes leaders du CIO.

"Pour ce programme, j'ai décidé de créer un jeu de société avec un autre jeune leader du CIO originaire du Liban, Tony Tarraf. 'The Torch Race' est un jeu qui s'inspire du relais de la flamme olympique, avec de nombreuses questions sur les Jeux et des défis lancés par les autres joueurs. Chaque joueur porte une torche et doit finir la course pour allumer la vasque. L'accent est mis sur la promotion, par le jeu, des valeurs olympiques, de l'Olympisme et du Mouvement olympique, qui sont, selon moi, inextricablement liés à l'égalité des genres. Nous avons pensé que ce serait une bonne idée d'attirer l'attention des jeunes athlètes par le biais d'un jeu, afin qu'ils se divertissent tout en apprenant. Le jeu est sorti il y a deux ans déjà. Nous l'avons distribué dans les salles de sport locales et aux médaillés lors des compétitions notamment."

Le fait d'avoir autant appris de sa participation au programme des jeunes leaders et d'utiliser un outil aussi concret que "The Torch Race" pour aider sa communauté et diffuser les messages positifs véhiculés par les valeurs olympiques est important pour Christel Saneh, qui estime qu'acquérir des connaissances sans les transmettre aux autres ensuite est une occasion manquée.

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"Ce programme m'a beaucoup aidée", explique-t-elle. "Grâce à sa dimension multiculturelle, j'ai pu rencontrer des personnes merveilleuses, originaires du monde entier, qui essaient de faire changer les choses dans leurs communautés. Je suis d'ailleurs toujours en contact avec elles aujourd'hui. C'est une idée formidable de mettre au service de votre communauté tout ce que vous avez appris lors des séminaires ou aux Jeux Olympiques. Je trouverais inutile d'assister à des ateliers et de faire partie de tout cela sans aider ma communauté. Donner en retour est la meilleure chose que l'on puisse faire. Et ce programme nous permet de nous impliquer réellement au sein de notre communauté."

Si le rêve de Christel Saneh de concourir aux Jeux Olympiques ne s'est pas réalisé, ses actions en faveur de la diffusion des valeurs olympiques pourraient avoir un impact tout aussi important.

Le programme des jeunes leaders du CIO

Lancé en 2016, le programme des jeunes leaders du CIO donne aux jeunes l'occasion de tirer parti du pouvoir du sport pour faire une différence au sein de leurs communautés. À ce jour, grâce au financement de départ du CIO et à un réseau de mentors, ces jeunes talents ont mené à bien plus de 116 projets dans le monde entier, utilisant le sport pour promouvoir des thèmes tels que l'éducation, l'intégration sociale, la durabilité et le bien-être. Les projets ont déjà bénéficié directement à plus de 30 000 personnes.

En tant que partenaire fondateur, Panasonic soutient le programme des jeunes leaders du CIO depuis 2017 en accordant des fonds supplémentaires, lesquels sont utilisés à titre de subventions, en fournissant du matériel audiovisuel et en produisant des films narratifs percutants afin de promouvoir le programme et les jeunes leaders eux-mêmes.

Pour en savoir plus sur le programme des jeunes leaders du CIO, cliquez ici et suivez-nous sur :

Instagram : @iocyoungleaders

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LinkedIn : IOC Young Leaders Community of Practice

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