"On m'a transmis un flambeau que je veux passer à la prochaine génération" explique le créateur des pictogrammes de Tokyo 2020

L'invention des pictogrammes pour les Jeux Olympiques de Tokyo 1964 a été le signe annonciateur d'un changement radical dans le graphisme, ce qu'ambitionne de réaliser à son tour le créateur des pictogrammes animés de Tokyo 2020.

© Getty Images 2021

Les liens qui unissent les Jeux Olympiques de Tokyo 1964 à l'édition de 2020 sont visibles partout, à commencer par les deux séries de pictogrammes immédiatement identifiables. Ces petites illustrations, on ne peut plus précieuses, ont fait leur apparition sur la scène mondiale il y a 57 ans dans la capitale japonaise ; il n'est donc pas surprenant que les deux personnes chargées de concevoir les versions modernes de ces visuels se soient tournées vers leurs prédécesseurs.

"J'ai travaillé sur ce projet comme si l'on m'avait confié le flambeau de la tradition japonaise pour que je le passe à la génération suivante", a expliqué Kota Iguchi, le concepteur de ces pictogrammes dynamiques qui apporteront une touche de modernité au genre.

Les pictogrammes ont été inventés sous la houlette du directeur artistique de Tokyo 1964, Katsumi Masaru, et pensés comme un moyen de communication non verbal à même d'être compris par les très nombreux visiteurs étrangers attendus au Japon pour les premiers Jeux Olympiques organisés dans ce pays. Le premier visuel créé a été celui représentant les toilettes messieurs et dames ; puis, s'inspirant de photos, des silhouettes aux formes simples mais faciles à comprendre ont été utilisées pour les sports.

Tokyo 1964 pictograms

Ce fut un coup de maître ; ce concept a été repris non seulement à chaque édition des Jeux Olympiques depuis, mais aussi partout dans le monde. Kota Iguchi, spécialiste du graphisme animé, s'est pris de passion, comme chacun, pour ces symboles.

"Les pictogrammes sportifs statiques ont fait leur apparition aux Jeux de Tokyo 1964 ; ils auraient été imaginés dans le but de communiquer au moyen non pas de l'alphabet – peu utilisé au Japon à cette époque, mais d'images", explique-t-il. "Je peux tout à fait comprendre cette idée car c'est un mode de pensée typiquement japonais. Aussi, lorsque j'ai transposé ce concept dans le monde actuel, ai-je tout naturellement pensé aux pictogrammes animés."

Afin de suggérer le mouvement, Kota Iguchi avait besoin d'un dessin statique sur lequel travailler. C'est là qu'est entré en scène le designer local Masaaki Hiromura. Lui non plus n'avait pas l'intention de s'éloigner de la démarche adoptée par ses prédécesseurs en 1964.

"À travers les illustrations utilisées, j'ai ressenti un sentiment de simplicité, j'ai perçu la célébration de chaque discipline sportive et éprouvé le plaisir authentique du sport. J'ai trouvé que la simplicité et le minimalisme japonais se rapprochaient de mon travail et j'ai voulu faire mienne cette philosophie", a confié Masaaki Hiromura.

"Comme ce fut le cas en 1964, nous aussi avons eu l'idée de créer un style qui permette aux visiteurs de ressentir la joie intrinsèque du sport et l'exaltation de la compétition, plutôt que de nous contenter d'un aspect soigné et ordonné."

La principale exigence de Masaaki Hiromura était de conserver un concept unique pouvant être compris par des personnes de tous âges et de toutes nationalités, un fil conducteur qui relie non seulement les Jeux de 1964 à ceux de 2020, mais qui a également été repris pour chaque édition des Jeux depuis.

Sota Iguchi and Masaaki Hiromura ©Tokyo 2020 / Kota Iguchi and Masaaki Hiromura

La conception des pictogrammes a peu évolué entre 1964 et les années 1990, lorsque certaines composantes de l'identité nationale ont commencé à faire leur apparition. À Lillehammer en 1994, les motifs se sont inspirés de célèbres gravures rupestres représentant un skieur, vieilles de 4 000 ans, découvertes en Norvège. Ont suivi les pictogrammes des Jeux Olympiques de Sydney 2000 qui ont utilisé le boomerang, puis ceux d'Athènes 2004 qui ont puisé leur inspiration dans les Jeux Olympiques de l'Antiquité. Les Jeux de Turin 2006 et de Vancouver 2010 ont fait la part belle quant à eux aux conceptions 3D.

Il n'est guère surprenant alors que, s'imprégnant de cette longue histoire, Kota Iguchi ait pris son temps pour s'assurer que sa contribution serait la bonne.

"La première chose que j'ai faite a été de mettre en mouvement le pictogramme de l'athlétisme", a-t-il expliqué. "J'ai conçu plus de 50 prototypes et ai proposé, pour donner cette impression de mouvement, que le pictogramme statique 'apparaisse', puis 'disparaisse'."

Et de poursuivre : "J'ai ensuite regardé énormément de retransmissions vidéo de compétitions sportives et étudié les mouvements des athlètes pour les recréer. Mon travail a été passé au crible par des professionnels de chaque discipline sportive. Des ajustements ont été apportés au moindre mouvement. Finalement, il m'a fallu plus d'un an pour réaliser, seul, les 73 pictogrammes animés."

Un tel engagement semble en valoir la peine, surtout lorsque Kota Iguchi pense à l'impact que son travail pourrait avoir, à l'instar de celui laissé par ses compatriotes avant lui.



"J'espère que les équipes en charge des prochains Jeux d'été – que ce soit à Paris, à LA en 2028 ou après – reprendront l'idée des pictogrammes animés", a déclaré Kota Iguchi, avant d'ajouter : "C'est déjà le cas pour les Jeux d'hiver de Beijing 2022."

Et de conclure : "Si nous continuons de passer ainsi le flambeau, ce nouveau défi que le Japon a lancé en 2020 deviendra une tradition. Je me demande si les pictogrammes de Paris mettront l'accent sur la beauté de cette ville, comme Paris le fait toujours, et si Los Angeles proposera un concept très ludique, à l'image de notre vision de l'Amérique. J'ai hâte de le découvrir."

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