"Aucun regret" pour le judoka égyptien qui a préféré le fair-play à l'or olympique à Los Angeles en 1984

Mohamed Ali Rashwan

28 oct. 2020

Mohamed Ali Rashwan a remporté quelque chose de bien plus précieux que l'or aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984. En refusant de profiter de la blessure à la jambe droite de son adversaire, le judoka égyptien a certes perdu l'occasion qui lui était offerte d'être sacré champion olympique, mais il a surtout été acclamé à travers le monde pour sa décision et pour ne pas être allé à l'encontre de ses principes.


Les registres officiels présentent simplement Mohamed Ali Rashwan comme médaillé d'argent à l'épreuve de judo toutes catégories des Jeux Olympiques de Los Angeles de 1984, mais la culture sportive, elle, ne s'arrête pas à cette simple médaille. En effet, elle l'élève au rang de véritable héros du sport moderne, distinction dont le judoka se réjouit encore à ce jour.

"C'est très touchant de voir que l'on parle encore aujourd'hui d'une décision que j'ai prise en 1984. Ça me rend d'autant plus heureux et fier de l'avoir fait", explique l'athlète.

Et ce qu'il a fait mérite que l'on se penche dessus.

Mohamed Ali Rashwan est arrivé à Los Angeles en 1984 comme judoka de haut niveau qui n'avait pas encore participé aux Championnats du monde (où il remportera l'argent dans l'épreuve toutes catégories en 1985 et l'argent chez les poids lourds en 1987). Il "espérait et comptait vraiment remporter une médaille" pour ses premiers Jeux Olympiques. D'ailleurs, il était tellement confiant et concentré sur son objectif que, 36 ans plus tard, il révèle que sa "seule peur était de perdre".

Mohamed Ali Rashwan IOC

Cette peur fut rapidement mise de côté au vu des performances du n°1 égyptien lors des tours préliminaires.

"Je n'oublierai jamais le moment où j'ai gagné les demi-finales et suis allé en finale", se souvient l'athlète.

Mais alors qu'il touchait son objectif de toute une vie du bout des doigts, tous les paramètres ont subitement changé. Sans surprise, il s'apprêtait à affronter le Japonais Yasuhiro Yamashita, quatre fois champion du monde et l'un des plus grands noms du sport, pour l'or. Par contre, l'état physique de son adversaire était bien moins prévisible et bien plus troublant. En effet, le n°1 mondial s'était gravement blessé au mollet droit lors des premiers tours de la compétition, mais avait néanmoins réussi à se hisser jusqu'au combat pour l'or.

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Le destin semblait sourire à Mohamed Ali Rashwan, c'était là l'opportunité rêvée de réaliser son plus grand souhait : devenir champion olympique. Mais le jeune homme de 28 ans ne le vit pas du tout de cette façon.

"J'ai appris sa blessure après ma demi-finale et je me suis immédiatement dit que je ne l'attaquerai pas sur sa jambe droite", déclare-t-il, incapable de cacher le sourire dans sa voix, avant d'ajouter : "Même si la majorité des personnes autour de moi m'ont dit que c'était un très bon moyen de gagner."


Ses coéquipiers, ses entraîneurs, le Comité National Olympique égyptien... tout le monde avait un avis différent sur cette décision extraordinairement juste.

"Certains étaient contre ma décision, car elle signifiait tourner le dos à une très grande chance de remporter l'or, mais la plupart étaient d'accord avec moi", explique le judoka.

Lors de la finale, il a tenu parole et n'a pas une seule fois saisi l'occasion d'attaquer le côté droit, presque impuissant, de Yasuhiro Yamashita. Il s'est plutôt concentré sur le "ne-waza" (travail au sol) et, face à cet homme qui allait prendre sa retraite en avril 1985 après avoir enregistré 203 victoires consécutives, il a échoué.

"Non, je n'ai aucun regret", répond Mohamed Ali Rashwan lorsqu'on lui demande si une petite partie de lui aurait aimé qu'il fasse ce que beaucoup d'autres auraient fait.

"Ce que j'ai obtenu en retour vaut bien plus qu'une médaille d'or."

Mohamed Ali Rashwan IOC


En effet, l'Égyptien a reçu un prix du Comité International pour le Fair-Play, un prix du fair-play des Nations Unies, deux prix du fair-play directement des mains du président égyptien, ainsi qu'une place au sein du panthéon de la Fédération internationale de judo. De plus, 35 ans plus tard, l'ambassadeur japonais l'a décoré du prestigieux Ordre du Soleil levant lors d'une cérémonie émouvante au Caire.

"Je suis vraiment heureux d'avoir reçu de telles récompenses pour la décision que j'ai prise. Les prix du fair-play valent bien plus à mes yeux qu'une médaille d'or", affirme-t-il.

Cet événement à l'autre bout du monde a donné naissance à un lien avec le Japon qui n'a fait que se renforcer depuis toutes ces années. Ainsi, Mohamed Ali Rashwan est non seulement souvent cité dans les salles de classe japonaises comme un parfait exemple de comportement honorable et régulièrement invité comme intervenant au sein des écoles et des entreprises, mais il entretient également des liens bien plus étroits avec le pays du soleil levant :

IOC

"Ma femme est japonaise et j'ai deux fils et une fille, dit-il en riant. Maintenant, lorsque je me rends au Japon, tout le monde sait qui je suis et m'accueille avec beaucoup d'hospitalité."

Quant à Yasuhiro Yamashita, les deux athlètes n'ont pas encore eu l'occasion de discuter en tête-à-tête de cette journée symbolique à Los Angeles, mais on peut imaginer que cette discussion serait ponctuée de sourires, et peut-être même de larmes.

"Nous en avons parlé par médias interposés, explique l'Égyptien. Il a dit qu'il ne savait pas, au moment de l'épreuve, que je ne voulais pas tirer avantage de sa blessure et qu'il en était très reconnaissant."

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