Chères commissions des athlètes,

Je vous écris en tant qu’olympienne, athlète et présidente de la commission des athlètes pour répondre à vos préoccupations concernant la Règle 40. De nombreux articles ont récemment été publiés dans les médias occidentaux sur le caractère prétendument « injuste » de cette règle. Nous avons tenu compte des retours de nombreux membres de notre communauté d’athlètes, chez lesquels on note une grande diversité d’opinions au sujet de la Règle 40.

Nous entendons la demande des athlètes, qui réclament une augmentation du financement et des opportunités de sponsoring, davantage de sécurité financière et un soutien sur le plan personnel et sportif. Étant moi-même athlète, je m’identifie parfaitement à ce besoin. Par ailleurs, en tant qu’athlète d’un petit CNO, je pense aussi à mes coéquipiers et à mon pays. Les bourses de Solidarité Olympique m’ont permis, comme beaucoup d’athlètes de haut niveau, d’accéder aux Jeux. Après avoir remporté trois médailles aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, j’ai acquis une certaine notoriété et pu obtenir des sponsors. Cependant, certains de mes coéquipiers du Zimbabwe n’ont pas eu cette chance. Participer aux Jeux a accru ma visibilité en tant qu’athlète, et sans cette première participation, de nombreux autres athlètes n’ont aucune chance d’obtenir des sponsors.

Les Jeux Olympiques offrent aux athlètes une plateforme unique et les connectent à un public mondial. Ils leur permettent de développer leur image. Nous sommes également convaincus que c’est le caractère universel des Jeux qui en fait un événement si spécial. Toutes nations peuvent rivaliser les unes contre les autres, et les sports les moins connus se retrouvent sous le feu des projecteurs. C’est la raison de la passion qui anime les Jeux, et de l’engouement qu’ils suscitent auprès des fans et supporters. Si les athlètes s’entraînent avec tant d’acharnement, c’est parce qu’ils sont convaincus que les Jeux Olympiques représentent l’apogée de leur carrière et peut-être même de leur vie. Les Jeux mettent en valeur les talents sportifs uniques issus des quatre coins du monde.

Nous autres membres de la commission des athlètes du CIO venons d’horizons et de sports différents. Nous pensons collectivement qu’en acceptant quelques légères restrictions sur les activités commerciales se déroulant pendant les Jeux Olympiques, le nombre limité d’athlètes qui bénéficient personnellement de sponsors contribue au financement de toutes les équipes de tous les Comités Nationaux Olympiques, pour le bénéfice de tous les athlètes.

Nous souhaiterions clarifier quelques éléments concernant la Règle 40. La Règle 40 :

  • n’empêche pas les olympiens d’obtenir des sponsors personnels. En effet, la participation aux Jeux Olympiques augmente généralement les chances d’un athlète de dégager des revenus commerciaux pendant le reste de sa carrière ;
  • permet aux athlètes de remercier leurs sponsors personnels qui les ont soutenus dans leur parcours vers les Jeux Olympiques ;
  • autorise les athlètes à s’impliquer dans des campagnes de sponsoring personnel pendant les Jeux Olympiques, à condition que la campagne ne s’appuie pas ou ne se réfère pas aux Jeux Olympiques ; et
  • s’applique pendant 29 jours sur un cycle de quatre ans. Grâce à une planification et une communication préalable avec les sponsors actuels, les athlètes peuvent faire fonctionner leurs partenariats pendant cette période ainsi qu’en dehors de celle-ci.

Qu’est-ce qui a changé ?

Au cours des 18 derniers mois, le CIO a permis de nombreuses évolutions positives qui permettent aux athlètes olympiques d’utiliser leur image autour des Jeux.

Les athlètes olympiques peuvent désormais s’impliquer dans les campagnes de leurs sponsors personnels (y compris de sponsors qui ne font pas partie du programme de parrainage du CIO ou des CNO) pendant les Jeux Olympiques, d’une manière qui maintient également le financement de la participation mondiale des athlètes et de l’organisation des Jeux Olympiques sur la base du principe de solidarité. Ce cadre soutient les athlètes du monde entier, et pas seulement ceux des pays riches ou pratiquant des disciplines sportives qui connaissent un succès commercial.

Approche des CNO

Les approches adoptées par les CNO pour la mise en œuvre de la Règle 40 au niveau local font suite à la publication par le CIO de son nouveau cadre pour Tokyo 2020. Les CNO doivent tenir compte de leurs législations locales et de leurs situations nationales, et nous encourageons toutes les commissions d’athlètes à adopter une approche constructive à l’égard de ces discussions avec leurs CNO. Il n’existe pas de solution clé en main pour chacun des 206 CNO. Environ 100 des 206 CNO dépendent du financement du CIO et des sponsors des CNO pour au moins la moitié de leurs revenus. Et presque 50 CNO dépendent de ces sources de financement olympique pour plus de 80 pour cent de leurs revenus. Ces CNO dépendent fortement du financement du CIO et des sponsors locaux pour l’accès de leurs athlètes aux Jeux Olympiques. Cela signifie que sans ce financement, ces pays ne pourraient pas envoyer d’équipe et que, potentiellement, les Jeux pourraient très bien ne pas avoir lieu.

Que se passerait-il si la Règle 40 était supprimée ?

La commission des athlètes du CIO a entendu les appels de la communauté sportive réclamant un assouplissement supplémentaire de la Règle 40, ou une application de l’approche allemande à d’autres pays, qui favorise les possibilités pour les athlètes olympiques d’exploiter leur image. Ces arguments sont basés sur des motifs purement économiques. Si cette demande aboutissait, la structure de financement olympique s’en trouverait amputée sur le long terme. Un assouplissement global ne serait pas favorablement accueilli par les partenaires olympiques, tant au niveau mondial que local, et discréditerait l’attrait du parrainage olympique et le principe de solidarité. Cela aurait pour conséquence de :

  • nuire aux sources de revenus qui permettent aux athlètes du monde entier de participer aux Jeux Olympiques,
  • saper la diversité des disciplines sportives présentes aux Jeux Olympiques,
  • potentiellement affecter l’expérience des athlètes pendant les Jeux et
  • mettre en péril la tenue des Jeux Olympiques futurs.

Le Mouvement olympique vise à assurer la participation aux compétitions des équipes de tous les CNO éligibles, indépendamment des moyens financiers et du soutien gouvernemental du pays d’origine de l’équipe. L’objectif ultime est le développement du sport au niveau local en reconnaissance de l’importance du sport dans la société. L’alternative est la maximisation des bénéfices et la promotion des athlètes de haut niveau, perçus comme des vedettes commerciales. Seule une petite partie des équipes et des athlètes correctement financés sont alors en mesure de concourir.

Au nom de la commission des athlètes du CIO, je demande aux autres commissions des athlètes d’examiner la situation de leur pays et de vérifier si la Règle 40 a permis à leur CNO d’envoyer une équipe aux Jeux ou si elle a — comme certains l’ont prétendu — pénalisé les athlètes dans leur ensemble.

Sportivement,

Kirsty Coventry

Présidente de la commission des athlètes du CIO

Les Jeux Olympiques offrent aux athlètes une plateforme unique et les connectent à un public mondial. Ils leur permettent de développer leur image. Nous sommes également convaincus que c’est le caractère universel des Jeux qui en fait un événement si spécial. Toutes nations peuvent rivaliser les unes contre les autres, et les sports les moins connus se retrouvent sous le feu des projecteurs.

 

KIRSTY COVENTRY